Georg Trakl : Occident (4ème version) / Abendland (4. Fassung)

           – I –

Lune, comme si sortait du mort
D’une caverne bleue,
Et des fleurs, il en tombe
Maintes sur le sentier rocheux.
Argentin pleure le morbide,
Près de l’étang du soir,
Dans une barque noire
Sont passés outre des amants.
Ou bien retentissent les pas
D’Elis à travers bois
Couleur d’hyacinthe,
De nouveau mourant sous des chênes.
Ô de l’enfant la forme
Pétrie de larmes cristallines,
D’ombres nocturnes.
Des éclairs tords illuminent les tempes
Éternellement froides,
Quand sur la hauteur verdoyante
L’orage de printemps résonne.

           – II –

Si douces sont les forêts vertes
De notre petit monde,
La vague cristalline
Mourant contre le mur en ruine
Et nous avons en dormant  geint ;
Marchent à pas mal assurés
Longeant la bouchure d’épine
Des chanteurs dans l’été du soir,
Dans le calme sacré
Des vignes pâlissant au loin ;
Or : ombres au cœur froid
De la nuit, deuil des aigles.
Si doux ! ferme un rayon de lune
Les plaies pourpres de la tristesse.

           – III –

Vous grandes villes
Bâties pierreuses
Parmi la plaine !
Sans un mot suit
Le sans-patrie
Front assombri le vent,
Les arbres nus sur la colline.
Vous là-bas fleuves ténébreux !
Puissants d’angoisse,
Rouges pluvieux du soir
En nues d’orage.
Vous peuples qui mourez,
Vague blafarde
Brisant aux grèves de la nuit,
Tombée d’étoiles.

***

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

***

Abendland (4. Fassung)

           – I –

Mond, als träte ein Totes
Aus blauer Höhle,
Und es fallen der Blüten
Viele über den Felsenpfad.
Silbern weint ein Krankes
Am Abendweiher,
Auf schwarzem Kahn
Hinüberstarben Liebende.
Oder es läuten die Schritte
Elis’ durch den Hain
Den hyazinthenen
Wieder verhallend unter Eichen.
O des Knaben Gestalt
Geformt aus kristallenen Tränen,
Nächtigen Schatten.
Zackige Blitze erhellen die Schläfe
Die immerkühle,
Wenn am grünenden Hügel
Frühlingsgewitter ertönt.

           – II –

So leise sind die grünen Wälder
Unsrer Heimat,
Die kristallne Woge
Hinsterbend an verfallner Mauer
Und wir haben im Schlaf geweint;
Wandern mit zögernden Schritten
An der dornigen Hecke hin
Singende im Abendsommer,
In heiliger Ruh
Des fern verstrahlenden Weinbergs;
Schatten nun im kühlen Schoß
Der Nacht, trauernde Adler.
So leise schließt ein mondener Strahl
Die purpurnen Male der Schwermut.

           – III –

Ihr großen Städte
Steinern aufgebaut
In der Ebene!
So sprachlos folgt
Der Heimatlose
Mit dunkler Stirne dem Wind,
Kahlen Bäumen am Hügel.
Ihr weithin dämmernden Ströme!
Gewaltig ängstet
Schaurige Abendröte
Im Sturmgewölk.
Ihr sterbenden Völker!
Bleiche Woge
Zerschellend am Strande der Nacht,
Fallende Sterne.

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