Rainer Maria Rilke (1875-1926) : La Panthère du Jardin des Plantes / Der Panther


Les barreaux passent et repassent : son regard
en est tellement las qu’il ne retient plus rien.
Il lui semble y avoir des milliers de barreaux,
derrière ces milliers de barreaux : point de monde.

La démarche amortie aux pas souplement forts
qui tourne sur soi-même en un tout petit cercle,
est comme danse de puissance autour d’un centre
où se tient, hébétée, une volonté grande.

À peine quelquefois le rideau des pupilles
sans bruit se lève-t-il : une image y pénètre,
traverse le silence en tension des membres,
et dans le cœur s’arrête d’être.


Sein Blick ist vom Vorübergehn der Stäbe
so müd geworden, dass er nichts mehr hält.
Ihm ist, als ob es tausend Stäbe gäbe
und hinter tausend Stäben keine Welt.

Der weiche Gang geschmeidig starker Schritte,
der sich im allerkleinsten Kreise dreht,
ist wie ein Tanz von Kraft um eine Mitte,
in der betäubt ein großer Wille steht.

Nur manchmal schiebt der Vorhang der Pupille
sich lautlos auf -. Dann geht ein Bild hinein,
geht durch der Glieder angespannte Stille –
und hört im Herzen auf zu sein.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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