Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Sacrifice / Opfer

jeune femme


Oh comme est fleurissant mon corps, que chaque veine
Exhale de parfums depuis ta connaissance !
Regarde, je me tiens, marchant, plus droit, plus mince,
Et tu ne fais qu’attendre ‒ : oh, dis, qui donc es-tu ?

Regarde, je me sens comme loin de moi-même,
Comme si je perdais, feuille à feuille, mon âge.
Ton sourire, et lui seul, comme une pure étoile,
Est au-dessus de toi ‒ aussi bientôt de moi.

Tout ce qui, remontant de mes années d’enfance,
Est encore innommé, brillant comme de l’eau,
C’est ton nom que je veux lui donner sur l’autel
Qui sous ta chevelure est un embrasement,
Et porte ta poitrine en légère couronne.


O wie blüht mein Leib aus jeder Ader
duftender, seitdem ich dich erkenn;
sieh, ich gehe schlanker und gerader,
und du wartest nur -: wer bist du denn?

Sieh: ich fühle, wie ich mich entferne,
wie ich Altes, Blatt um Blatt, verlier.
Nur dein Lächeln steht wie lauter Sterne
über dir und bald auch über mir.

Alles was durch meine Kinderjahre
namenlos noch und wie Wasser glänzt,
will ich nach dir nennen am Altare,
der entzündet ist von deinem Haare
und mit deinen Brüsten leicht bekränzt.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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