Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Chant d’amour / Liebeslied

archet et cordes


Comment puis-je tenir mon âme à seule fin
Qu’elle ne remue point la tienne ? Et comment puis-je
Faire que t’enjambant, elle aille à d’autres choses ?
Ah, que j’aimerais donc de la voir hébergée
Parmi n’importe quoi de perdu dans le noir
En un endroit tranquille et étranger, lequel
Ne vibre point aussi quand vibrent tes tréfonds !
Tout ce qui, cependant, nous remue, toi et moi,
Nous réunit ainsi qu’un frottement d’archet
Ne tirant qu’une voix du toucher de deux cordes.
Quel est donc l’instrument où nous sommes tendus ?
Et quel violoniste en sa paume nous tient ?
Ô douceur de ce chant !


Wie soll ich meine Seele halten, daß
sie nicht an deine rührt? Wie soll ich sie
hinheben über dich zu andern Dingen?
Ach gerne möchte ich sie bei irgendetwas
Verlorenem im Dunkel unterbringen
an einer fremden stillen Stelle, die
nicht weiterschwingt, wenn diene Tiefen schwingen.
Doch alles, was uns anrührt, dich und mich,
nimmt uns zusammen wie ein Bogenstrich,
die aus zwei Saiten eine Stimme zieht.
Auf welches Instrument sind wir gespannt?
Und welcher Geiger hat uns in der Hand?
O süßes Lied.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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