Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Une Sibylle / Eine Sibylle

georges-rouault-la-sibylle-de-cumes


Elle fut autrefois dite vieille,
Mais resta, poursuivant même route
Chaque jour. On changea les mesures,
La compta, comme on fait des forêts,

Par siècles. Mais elle se tenait
Chaque soir à l’endroit de la veille,
Noire ainsi qu’une vieille acropole
Haute et creuse et brûlée

Par ces mots non contraints dont le nombre
Croissait en elle contre son gré,
L’entourant constamment de cris, d’ailes,
Ceux déjà de retour au bercail
Se tenant sombrement sous son front
Assis, prêts pour la nuit.


Einst, vor Zeiten, nannte man sie alt.
Doch sie blieb und kam dieselbe Straße
täglich. Und man änderte die Maße,
und man zählte sie wie einen Wald

nach Jahrhunderten. Sie aber stand
jeden Abend auf derselben Stelle,
schwarz wie eine alte Citadelle
hoch und hohl und ausgebrannt;

von den Worten, die sich unbewacht
wider ihren Willen in ihr mehrten,
immerfort umschrieen und umflogen,
während die schon wieder heimgekehrten
dunkel unter ihren Augenbogen
saßen, fertig für die Nacht.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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