Rainer Maria Rilke (1875-1926) : La Cathédrale / Die Kathedrale

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Dans ces localités où les vieilles maisons
accroupies autour d’elle évoquent une foire
qui l’aurait tout à un coup remarquée : effarée,
elle clôt ses étals, et refermée, muette,
crieurs silencieux, tambours sans roulements,
elle dresse vers elle une oreille inquiète ‒ :
tandis qu’elle, toujours sereine dans l’antique
houppelande plissée de ses épaulements,
est là, qui ne sait rien du tout de ces maisons.

Dans ces localités, chacun peut percevoir
combien la cathédrale, auprès du voisinage,
l’emportait en hauteur. Son élévation
sur tout prédominait ‒ ainsi, vue de trop près,
notre propre existence a-t-elle constamment
raison de nos regards ; c’est comme si rien d’autre
ne pouvait arriver ; comme si le destin
sans rien qui le contienne en elle s’amassait,
et, pierre fait, s’assimilait à ce qui dure :
le destin, non cela qui courant les rues sombres
prend des noms au hasard ‒ peu importe lesquels ! ‒
et va, comme un enfant portant du vert, du rouge,
et ce que de sarraux vendent les boutiquiers.
Il allait de naissance en ces fondations,
de force et de poussée en cet élévement,
d’amour omniprésent comme le vin, le pain,
et de porches emplis de plaintes amoureuses.
La vie tergiversait lorsque sonnaient les heures,
et dans les clochers pleins de résignation,
dépourvus tout à coup d’essor ‒ était la mort.


In jenen kleinen Städten, wo herum
die alten Häuser wie ein Jahrmarkt hocken,
der sie bemerkt hat plötzlich und, erschrocken,
die Buden zumacht und, ganz zu und stumm,
die Schreier still, die Trommeln angehalten,
zu ihr hinaufhorcht aufgeregten Ohrs –:
dieweil sie ruhig immer in dem alten
Faltenmantel ihrer Contreforts
dasteht und von den Häusern gar nicht weiß:

in jenen kleinen Städten kannst du sehn,
wie sehr entwachsen ihrem Umgangskreis
die Kathedralen waren. Ihr Erstehn
ging über alles fort, so wie den Blick
des eignen Lebens viel zu große Nähe
fortwährend übersteigt, und als geschähe
nichts anderes; als wäre Das Geschick,
was sich in ihnen aufhäuft ohne Maßen,
versteinert und zum Dauernden bestimmt,
nicht Das, was unten in den dunkeln Straßen
vom Zufall irgendwelche Namen nimmt
und darin geht, wie Kinder Grün und Rot
und was der Krämer hat als Schürze tragen.
Da war Geburt in diesen Unterlagen,
und Kraft und Andrang war in diesem Ragen
und Liebe überall wie Wein und Brot,
und die Portale voller Liebesklagen.
Das Leben zögerte im Stundenschlagen,
und in den Türmen, welche voll Entsagen
auf einmal nicht mehr stiegen, war der Tod

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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