Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Le Prisonnier / Der Gefangene

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1.

Ma main n’a plus qu’un geste,
avec, elle fait fuir ;
sur les anciennes pierres,
la roche, humide, goutte.

Je n’entends que ces coups,
et mon cœur suit l’allure
de ces gouttes qui vont
‒ pour avec disparaître.

Goutterait-ce plus vite,
Reviendrait une bête.
C’était ailleurs plus clair ‒.
Mais qu’en savons-nous donc.

2.

Imagine ce qui, pour l’heure, est ciel et vent,
haleine pour ta bouche, et pour tes yeux clarté,
fait pierre jusqu’autour de la petite place
dans laquelle se trouve avec tes mains ton cœur ;

et que ce qui, pour l’heure, en toi se dit matin,
puis, plus tard, l’an prochain, et d’autres de ces termes ‒
se transforme en blessure ‒ en toi ‒, pleine de pus,
et se gonfle en abcès qui ne perce jamais ;

et que ce qui fut vrai, cela fût erreur et
courût partout en toi, et que la chère bouche
qui ne riait jamais écume de gros rires ;

et que ce qui fut Dieu ne fût que ton gardien,
enfonçant méchamment dans le dernier des trous
l’ordure de son œil ; et que pourtant tu vives.


1.

Meine Hand hat nur noch eine
Gebärde, mit der sie verscheucht;
auf die alten Steine
fällt es aus Felsen feucht.

Ich höre nur dieses Klopfen
und mein Herz hält Schritt
mit dem Gehen der Tropfen
und vergeht damit.

Tropften sie doch schneller,
käme doch wieder ein Tier.
Irgendwo war es heller –.
Aber was wissen wir.

2.

Denk dir, das was jetzt Himmel ist und Wind,
Luft deinem Mund und deinem Auge Helle,
das würde Stein bis um die kleine Stelle
an der dein Herz und deine Hände sind.

Und was jetzt in dir morgen heißt und: dann
und: späterhin und nächstes Jahr und weiter –
das würde wund in dir und voller Eiter
und schwäre nur und bräche nicht mehr an.

Und das was war, das wäre irre und
raste in dir herum, den lieben Mund
der niemals lachte, schäumend von Gelächter.

Und das was Gott war, wäre nur dein Wächter
und stopfte boshaft in das letzte Loch
ein schmutziges Auge. Und du lebtest doch.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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