Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Saint Sébastien / Sankt Sebastian

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Il est debout comme un qui gît ; totalement
soutenu par l’étai de l’immense vouloir.
Distant, lointain, comme les mères qui allaitent,
et serré sur lui-même ainsi qu’une couronne ;

Maintenant, maintenant, voici venir les flèches,
que l’on croirait sortir tout droit de son échine,
et c’est du fer qui tremble et les pointes sont libres.
Mais qu’importe, il sourit sombrement, reste indemne.

Sa peine se fait grande une fois seulement,
ses yeux se couchent nus avec une amertume,
puis renient quelque chose, une insignifiance,
comme s’ils délaissaient, tout emplis de mépris,
les exterminateurs de quelque jolie chose.


Wie ein Liegender so steht er; ganz
hingehalten von dem großen Willen.
Weitentrückt wie Mütter, wenn sie stillen,
und in sich gebunden wie ein Kranz.

Und die Pfeile kommen: jetzt und jetzt
und als sprängen sie aus seinen Lenden,
eisern bebend mit den freien Enden.
Doch er lächelt dunkel, unverletzt.

Einmal nur wird seine Trauer groß,
und die Augen liegen schmerzlich bloß,
bis sie etwas leugnen, wie Geringes,
und als ließen sie verächtlich los
die Vernichter eines schönen Dinges.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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