Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Sarcophages romains / Römische Sarkophage

arles-sarcophages-des-alyscamps


Mais qu’est-ce qui s’oppose à ce que nous croyions
(puisque ainsi sommes-nous déposés, répartis)
que ne dure qu’un temps ce qui s’attarde en nous
de pression, de haine et de confusion

comme jadis au creux du sarcophage orné,
parmi bagues, statues de dieux, verreries, ganses,
en vêtements qui lentement se consumaient
gisait un corps qui lentement s’était dissous ‒

avant que d’être bu par des bouches insues
qui ne parlent jamais. (Où donc existe-t-il
un cerveau qui, pensant, pût en avoir usage ?)

On a là-bas tiré des anciens aqueducs
pour l’y conduire une eau qui jamais ne tarit,
elle y miroite et coule, y brille désormais.


Was aber hindert uns zu glauben, daß
(so wie wir hingestellt sind und verteilt)
nicht eine kleine Zeit nur Drang und Haß
und dies Verwirrende in uns verweilt,

wie einst in dem verzierten Sarkophag
bei Ringen, Götterbildern, Gläsern, Bändern,
in langsam sich verzehrenden Gewändern
ein langsam Aufgelöstes lag –

bis es die unbekannten Munde schluckten,
die niemals reden. (Wo besteht und denkt
ein Hirn, um ihrer einst sich zu bedienen?)

Da wurde von den alten Aquädukten
ewiges Wasser in sie eingelenkt –:
das spiegelt jetzt und geht und glänzt in ihnen.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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