Rainer Maria Rilke (1875-1926) : L’escalier de l’Orangerie / Die Treppe der Orangerie

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Comme un roi finissant par s’avancer sans but
ou presque, seulement pour, à l’occasion,
à qui sur son chemin des deux côtés s’incline
faire sa montre en son manteau de solitude,

ainsi s’élève, seul, entre les balustrades,
qui s’inclinent depuis qu’elles furent contruites
l’escalier : lentement, par la grâce de Dieu,
il monte vers le ciel et ne va nulle part ;

comme ayant donné l’ordre à tous ceux qui le suivent
de rester en arrière, ‒ et aucun ne se risque
à marcher sur ses pas, fût-ce de loin ; jamais
personne ne pouvant porter la lourde traîne.


Wie Könige die schließlich nur noch schreiten
fast ohne Ziel, nur um von Zeit zu Zeit
sich den Verneigenden auf beiden Seiten
zu zeigen in des Mantels Einsamkeit –:

so steigt, allein zwischen den Balustraden,
die sich verneigen schon seit Anbeginn,
die Treppe: langsam und von Gottes Gnaden
und auf den Himmel zu und nirgends hin;

als ob sie allen Folgenden befahl
zurückzubleiben, – so daß sie nicht wagen
von ferne nachzugehen; nicht einmal
die schwere Schleppe durfte einer tragen.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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