Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Esther

esther_haram


(Sur l’histoire d’Esther)

Les servantes durant sept jours à coups de peigne
purgèrent ses cheveux des cendres de sa peine
et de tous résidus demeurant de sa plaie,
les portèrent à l’air, les mirent au soleil,
pour enfin les nourrir de très purs aromates
ce jour-là, puis un autre : alors était venu

pour elle le moment, sans y être invitée
ni plus attendre, à la façon de quelque morte,
de pénétrer dans le palais, béant, sinistre,
pour bientôt, s’appuyant sur ses femmes de chambre,
une fois parvenue au terme du chemin,
voir Celui devant qui l’on meurt quand on l’approche ; 

dont tel était l’éclat qu’elle sentait des flammes
embraser les rubis qu’arborait sa couronne ;
bien vite, elle s’emplit de cet air qu’il avait ;
elle était comme un vase, et déjà regorgeait,

et déjà débordait de puissance royale,
même avant de passer par la troisième salle
‒ laquelle, avec ses murs couverts de malachite,
la plongea dans le vert. Elle n’aurait pas cru
devoir aussi longtemps marcher avec ces pierres
qu’alourdissait le roi par son rayonnement
et que glaçait sa peur. Elle allait, elle allait ‒

et lorsqu’elle le vit, enfin, presque de près,
reposant sur le trône orné de tourmaline,
se dresser, aussi vrai que peut l’être une chose :

la femme qu’elle avait à droite la retint,
défaillante, et l’aida à s’approcher du siège.
Il la toucha, avec la pointe de son sceptre :
… et là, elle comprit, inerte, en elle-même.


Die Dienerinnen kämmten sieben Tage
die Asche ihres Grams und ihrer Plage
Neige und Niederschlag aus ihrem Haar,
und trugen es und sonnten es im Freien
und speisten es mit reinen Spezereien
noch diesen Tag und den: dann aber war

die Zeit gekommen, da sie, ungeboten,
zu keiner Frist, wie eine von den Toten
den drohend offenen Palast betrat,
um gleich, gelegt auf ihre Kammerfrauen,
am Ende ihres Weges Den zu schauen,
an dem man stirbt, wenn man ihm naht.

Er glänzte so, daß sie die Kronrubine
aufflammen fühlte, die sie an sich trug;
sie füllte sich ganz rasch mit seiner Miene
wie ein Gefäß und war schon voll genug

und floß schon über von des Königs Macht,
bevor sie noch den dritten Saal durchschritt,
der sie mit seiner Wände Malachit
grün überlief. Sie hatte nicht gedacht,
so langen Gang zu tun mit allen Steinen,
die schwerer wurden von des Königs Scheinen
und kalt von ihrer Angst. Sie ging und ging –

Und als sie endlich, fast von nahe, ihn,
aufruhend auf dem Thron von Turmalin,
sich türmen sah, so wirklich wie ein Ding:

empfing die rechte von den Dienerinnen
die Schwindende und hielt sie zu dem Sitze.
Er rührte sie mit seines Szepters Spitze:
… und sie begriff es ohne Sinne, innen.

(in Der neuen Gedichte anderer Teil, 1908)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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