Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Le Jugement dernier / Das jüngste Gericht

jugement-dernier


Effrayés d’un effroi qu’ils n’ont jamais connu,
en désordre, percés souvent de trous, branlants,
ils vont à croupetons dans l’ocre disloquée
de leur arpent, rétifs à rejeter leur drap

auquel ils ont voué toute une affection.
Mais voici tout-à-coup que des anges s’avancent
pour instiller de l’huile en leurs rouages secs
et pour à chacun d’eux, dans le creux de l’aisselle,

déposer la teneur de ce que, dans leur vie
bruyante de jadis, ils n’ont point profané ;
car il s’y trouve encore un peu d’une chaleur,

et la main du Seigneur ne s’enfroidira pas
là-haut, les agrippant tout doux des deux côtés
afin que d’éprouver s’ils ont quelque valeur.


So erschrocken, wie sie nie erschraken
ohne Ordnung, oft durchlocht und locker,
hocken sie in dem geborstnen Ocker
ihres Ackers, nicht von ihren Laken

abzubringen, die sie liebgewannen.
Aber Engel kommen an, um Öle
einzuträufeln in die trocknen Pfannen
und um jedem in die Achselhöhle

das zu legen, was er in dem Lärme
damals seines Lebens nicht entweihte;
denn dort hat es noch ein wenig Wärme,

dass es nicht des Herren Hand erkälte
oben, wenn er es aus jeder Seite
leise greift, zu fühlen, ob es gälte.

(in Der neuen Gedichte anderer Teil, 1908)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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