Rainer Maria Rilke (1875-1926) : La Tentation / Die Versuchung

st_antoine2


Non, cela n’aidait pas, de se frapper la chair
concupiscente à coups cuisants de discipline ;
tous ses sens étaient gros et lançaient à la ronde,
____parmi la braille du travail,

des visages d’enfants mis au monde avant terme,
torves, et qui louchaient, qui rampaient, qui volaient,
et des néants, contre lui seul coalisés,
avides et méchants, qui se jouaient de lui.

Et voici que ses sens avaient des rejetons ;
car la canaille était terrible dans la nuit
et toujours plus tigrée, augmentant sa palette,
s’agitait en tous sens et se multipliait.

De toute cette foule il se fit un breuvage :
ses mains ne saisissaient rien d’autre que des anses
et l’ombre ainsi s’ouvrait que font des cuisses chaudes
et qui dans leur éveil attendent une étreinte.

C’est alors qu’il cria pour l’ange, qu’il cria :
et l’ange s’avança dans toute la lumière
____et il fut là qui repoussa
de nouveau dans le saint les apparitions

pour que ce fût en lui qu’avec diables et bêtes
comme depuis toujours il poursuivît la lutte
et qu’il distillât Dieu, qui n’était guère pur,
de ce qui fermentait au fond de ses entrailles.


Nein, es half nicht, daß er sich die scharfen
Stacheln einhieb in das geile Fleisch;
alle seine trächtigen Sinne warfen
unter kreißendem Gekreisch

Frühgeburten schiefe, hingeschielte
kriechende und fliegende Gesichte,
Nichte, deren nur auf ihn erpichte
Bosheit sich verband und mit ihm spielte.

Und schon hatten seine Sinne Enkel;
denn das Pack war fruchtbar in der Nacht
und in immer bunterem Gesprenkel
hingehudelt und verhundertfacht.

Aus dem Ganzen ward ein Trank gemacht:
seine Hände griffen lauter Henkel,
und der Schatten schob sich auf wie Schenkel
warm und zu Umarmungen erwacht -.

Und da schrie er nach dem Engel, schrie:
Und der Engel kam in seinem Schein
und war da: und jagte sie
wieder in den Heiligen hinein,

daß er mit Geteufel und Getier
in sich weiterringe wie seit Jahren
und sich Gott, den lange noch nicht klaren,
innen aus dem Jäsen destillier.

(in Der neuen Gedichte anderer Teil, 1908)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :