Rainer Maria Rilke (1875-1926) : L’Aveugle / Der Blinde

aveugles-jean-martin-1937


Paris

Regarde-le qui marche et fend la ville en deux
‒ elle n’existe pas là où il est obscur ‒
de la même façon qu’une obscure fêlure
fend l’éclat d’une tasse. Et, comme fait la feuille,

il porte le dessin des choses reflétées,
sans être pénétré de leur miroitement.
Il n’est que son toucher qui bouge, comme s’il
saisissait l’univers par vagues minuscules :

une absence de bruit, une résilience ‒,
et son attente alors semble choisir quelqu’un :
après s’être donné, il lève la main presque
en un geste festif, comme à son mariage.


Paris

Sieh, er geht und unterbricht die Stadt,
die nicht ist auf seiner dunklen Stelle,
wie ein dunkler Sprung durch eine helle
Tasse geht. Und wie auf einem Blatt

ist auf ihm der Widerschein der Dinge
aufgemalt; er nimmt ihn nicht hinein.
Nur sein Fühlen rührt sich, so als finge
es die Welt in kleinen Wellen ein:

eine Stille, einen Widerstand -,
und dann scheint er wartend wen zu wählen:
hingegeben hebt er seine Hand,
festlich fast, wie um sich zu vermählen.

(in Der neuen Gedichte anderer Teil, 1908)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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