Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Le Luth / Die Laute

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Je suis le luth. Veux-tu décrire
mon corps, mes lignes au beau galbe,
parle du galbe d’une figue
mûre, accentue

l’obscur qu’en moi tu vois. Cétait
l’obscur de Tullia. Son sexe
n’en avait tant, ses cheveux clairs
étaient d’un clair de salle. Quand,

portant à son visage un son
pris à ma table, elle chantait,
je me tendais sur sa faiblesse,
enfin tréfonds dans ses tréfonds.


Ich bin die Laute. Willst du meinen Leib
beschreiben, seine schön gewölbten Streifen:
sprich so, als sprächest du von einer reifen
gewölbten Feige. Übertreib

das Dunkel, das du in mir siehst. Es war
Tullias Dunkelheit. In ihrer Scham
war nicht so viel, und ihr erhelltes Haar
war wie ein heller Saal. Zuweilen nahm

sie etwas Klang von meiner Oberfläche
in ihr Gesicht und sang zu mir.
Dann spannte ich mich gegen ihre Schwäche,
und endlich war mein Inneres in ihr.

(in Der neuen Gedichte anderer Teil, 1908)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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