Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Pavot / Schlaf-Mohn

pavot-botanique


À l’écart, au jardin, le funeste sommeil
est en fleur, où ceux-là qui s’en sont en secret
pénétrés ont trouvé l’attrait de frais mirages
foncièrement ouverts, dociles et concaves,

et des rêves, porteurs de masques excités,
juchés sur le cothurne à leur entrée en scène ‒ :
tout cela se condense au bout de cette tige
amorphe et molle qui, haussant l’urne à semence,

(après longtemps avoir, les bourgeons s’affaissant,
failli faner), la tient vigoureusement close :
calices effrangés, qui vont en s’écartant,
cernant fébrilement le pollen de pavot.


Abseits im Garten blüht der böse Schlaf,
in welchem die, die heimlich eingedrungen,
die Liebe fanden junger Spiegelungen,
die willig waren, offen und konkav,

und Träume, die mit aufgeregten Masken
auftraten, riesiger durch die Kothurne –:
das alles stockt in diesen oben flasken
weichlichen Stengeln, die die Samenurne

(nachdem sie lang, die Knospe abwärts tragend,
zu welken meinten) festverschlossen heben:
gefranste Kelche auseinanderschlagend,
die fieberhaft das Mohngefäß umgeben.

(in Der neuen Gedichte anderer Teil, 1908)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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