Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Tiré d’une enfance / Aus einer Kindheit

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L’obscurité semblait, dans la chambre, un trésor,
où l’enfant s’asseyait et se dissimulait.
Et la mère entrait-elle ainsi que dans un rêve,
un verre tremblotait dans l’armoire muette.
Elle sentait combien la pièce était trompeuse,
et baisait son enfant : « Est-ce que tu es là ?… »
Ils regardaient tous deux, angoissés, le piano,
car bien souvent le soir elle jouait un air
où, singulièrement, le bambin s’abîmait.

Il se tenait assis, muet, regard immense
suspendu à sa main qui, ployant sous la bague,
comme allant lourdement dans un tomber de neige,
allait dessus les touches blanches.


Das Dunkeln war wie Reichtum in dem Raume,
darin der Knabe, sehr verheimlicht, saß.
Und als die Mutter eintrat wie im Traume,
erzitterte im stillen Schrank ein Glas.
Sie fühlte, wie das Zimmer sie verriet,
und küßte ihren Knaben: Bist du hier?…
Dann schauten beide bang nach dem Klavier,
denn manchen Abend hatte sie ein Lied,
darin das Kind sich seltsam tief verfing.

Es saß sehr still. Sein großes Schauen hing
an ihrer Hand, die ganz gebeugt vom Ringe,
als ob sie schwer in Schneewehn ginge,
über die weißen Tasten ging.

(in Das Buch der Bilder, 1902)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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