Rainer Maria Rilke (1875-1926) : La Tour / Der Turm

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Tour Saint-Nicolas, Furnes

La terre en ses dedans. Comme si c’était, où
tu montes sans rien voir, la surface d’abord
de la terre vers quoi tu montes dans le lit
pentu des rus, qui ont, de la chercheuse source

de l’obscur, lents, jailli, où ta face se fraie
comme ressuscitant, traversant, un chemin,
et que soudain tu vois, comme s’il descendait
de haut de cet abîme apendu sur ta tête

et dont tu reconnais la vastitude quand
il s’écroule sur toi dans les chaises ombreuses,
effrayé, apeuré, en tout ce que tu sens :
ô quand il monte ainsi, chargé comme un taureau ‒ :

Mais venant de l’étroite issue un jour venteux
te saisit. Volant presque, ici tu vois les cieux
de nouveau, ébloui, ébloui derechef,
et là-bas les tréfonds, en éveil et mouvants,

et de petites vies, comme chez Patenier,
simultanées, une heure en côtoyant une autre,

que traversent des ponts sautant comme les chiens,
sur la piste toujours du chemin lumineux

que seules quelquefois cachent des maisons frustes,
avant que parvenu, calme, en arrière-plan,
il ne taille à travers broussailles et campagne.


Tour St.-Nicolas, Furnes

Erd-Inneres. Als wäre dort, wohin
du blindlings steigst, erst Erdenoberfläche,
zu der du steigst im schrägen Bett der Bäche,
die langsam aus dem suchenden Gerinn

der Dunkelheit entsprungen sind, durch die
sich dein Gesicht, wie auferstehend, drängt
und die du plötzlich siehst, als fiele sie
aus diesem Abgrund, der dich überhängt

und den du, wie es riesig über dir
sich umstürzt in dem dämmernden Gestühle,
erkennst, erschreckt und fürchtend, im Gefühle:
o wenn er steigt, behangen wie ein Stier -:

Da aber nimmt dich aus der engen Endung
windiges Licht. Fast fliegend siehst du hier
die Himmel wieder, Blendung über Blendung,
und dort die Tiefen, wach und voll Verwendung,

und kleine Tage wie bei Patenier,
gleichzeitige, mit Stunde neben Stunde,
durch die Brücken springen wie die Hunde,
dem hellen Wege immer auf der Spur,

den unbeholfne Häuser manchmal nur
verbergen, bis er ganz im Hintergrunde
beruhigt geht durch Buschwerk und Natur.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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