Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Soir / Abend

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Le soir avec lenteur change de vêtements
‒ ils lui sont présentés par un rang de vieux arbres ;
tu regardes : de toi, les pays se séparent,
un premier monte au ciel tandis qu’un autre tombe ;

et te laissent, qui n’es tout à fait à aucun,
ni tout à fait si noir qu’est la maison sans voix,
ni tout à fait si sûr d’adjurer l’éternel
comme ce qui, de nuit, devient étoile et monte ‒

et te laissent (les mots ne pouvant l’éclaircir)
ta vie pusillanime, immense et mûrissante,
pour, tantôt limitée et tantôt englobante,
qu’elle devienne en toi tour à tour pierre, étoile.


Der Abend wechselt langsam die Gewänder,
die ihm ein Rand von alten Bäumen hält;
du schaust: und von dir scheiden sich die Länder,
ein himmelfahrendes und eins, das fällt;

und lassen dich, zu keinem ganz gehörend,
nicht ganz so dunkel wie das Haus, das schweigt,
nicht ganz so sicher Ewiges beschwörend
wie das, was Stern wird jede Nacht und steigt –

und lassen dir (unsäglich zu entwirrn)
dein Leben bang und riesenhaft und reifend,
so daß es, bald begrenzt und bald begreifend,
abwechselnd Stein in dir wird und Gestirn.

(in Das Buch der Bilder, 1902)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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