Marion Poschmann (née en 1969) : Bâtard / Bastard

Qui est Marion Poschmann ?


Terrains marécageux. Quelqu’un étend des semelles de feutre
sur le fil sur son balcon vitré. De la laine s’égoutte.
Du linge fane au vent. Quelqu’un coupe du lilas couleur lilas
dans le parc municipal et l’emporte au bus. Jeu utopique.
Les habits du logos sont jetés et les sièges des bus ont désormais
un excellent capitonnage.

Modèles logistiques, tissus tsaristes, monde en dés.
Bille. Bloc. Deux hommes font des grillades en bordure de parking,
la poste vend de la soupe en sachet, des graines de légumes, tout cela
est vrai. Mesures de confiance : les jardins sont
entourés de cordelette. Le Café Marzipan
n’existe plus.

Sable. Brique. Ville nivelée. Grilles peintes en rose
et couleur lilas, rayons métalliques de ce soleil d’est
qui persiste à se lever. Paysage, ô panorama de langage
du logos créateur. Paysage, deux moitiés, devant, derrière.
Comment l’espace cède et attire les choses : forêt permanente. Espaces ouverts.
Avant et maintenant.


Sumpfländereien. Jemand hängt filzene Einlegesohlen
in seinem verglasten Balkon an die Leine. Wolle tropft.
Wäsche verblüht im Wind. Jemand bricht fliederfarbenen Flieder
im Stadtpark und trägt ihn zum Bus. Ein utopisches Spiel.
Die Gewänder des Logos sind abgeworfen, und Buspolster jetzt
am besten gekleidet.

Logistische Muster, zaristische Stoffe, gewürfelte Welt.
Klotz. Block. Zwei Männer grillen am Parkplatzrand,
die Post verkauft Tütensuppen, Gemüsesamen, das alles
ist wahr. Vertrauensbildende Maßnahmen: Vorgärten werden
mit Bindfaden eingefaßt. Das Café Marzipan
gibt es nicht mehr.

Sand. Backstein. Eingeebnete Stadt. Rosa und fliederfarben
gestrichene Gittertore, Metallstrahlen jener Sonne des Ostens,
die immerzu aufgeht. Landschaft, o Sprachpanorama
des Logos creator. Landschaft, halbierte, in Vorder- und Rückseite.
Wie der Raum nachgibt und Dinge hervorlockt: Dauerwald. Freiflächen.
Vormals und jetzt.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Kathrin Bach (née en 1988) : Ruisselets / Rinnsale

Qui est Kathrin Bach ?


Traduction :

La décision de regarder à droite ou à gauche
opter pour cygnes ou maisonnettes maisons terrains inoccupés
un lac et quel pourcentage de ce lac
voir passer dans sa tête les images la moitié de ta tête
opter pour mur ou fenêtre pour rideaux ouverts ou tirés
le train qui localement partage le paysage les champs
se tenir sur la gauche près de toi
opter pour ta main gauche
un demi-paquet de farine qui se répand dans ma main
se penser entrant dans ce lit dans ta tête
parler avec la moitié de ta langue son roulis
la moitié de ta tête ta jambe unique ton bras
une ligne qui commence à s’incurver
opter pour rivière pour une partie de la rivière
pour une calme étendue que je contemple de tous côtés
tes deux moitiés sous la couverture
et le point où elles mènent ensemble.

Transposition¹ :

Choisir : à droite à gauche où porter le regard
faire choix de jars ou maisonnettes maisons terres vagues
un lac et quelle proportion de ce lac
voir passer dans sa tête les images la moitié de ta tête
faire choix de mur ou de fenêtre ouvrir ou faire écran
le train qui localement tranche le paysage les champs
se tenir sur la gauche près de toi
faire choix de ta main gauche
la moitié d’un paquet de farine me coulant sur la main
s’imaginer entrant dans ce lit dans ta tête
parler à la moitié de ta langue son roulis
la moitié de ta tête ta jambe unique ton bras
une ligne qui se met à s’incurver
faire choix de fleuve d’une partie de fleuve
d’une plaine placide que je contemple de toutes parts
tes deux moitiés sous la couverture
et leur point d’assemblage

¹ : J’appelle transposition une traduction visant à conserver  les procédés créatifs tels que les effets de rythmes et de sonorités sous-tendant le poème, quitte à prendre un peu sur le sens originel de ce dernier. 

Die Entscheidung nach rechts oder links zu schauen
sich für Schwäne entscheiden oder Häuschen Häuser Leerstand
ein See und wie viel Prozent von diesem See
die Bilder im Kopf vorbeiziehen sehen dein halber Kopf
sich für Wand entscheiden oder Fenster für Gardine auf oder zu
der Zug der die Landschaft teilt die Äcker von hier aus
sich links neben dich stellen
sich für deine linke Hand entscheiden
ein halbes Paket Mehl das sich in meiner Hand löst
sich in dieses Bett denken in deinen Kopf
mit deiner halben Zunge sprechen ihr Schlingern
dein halber Kopf dein eines Bein dein Arm
eine Linie die sich zu krümmen beginnt
sich für Fluss entscheiden für ein Stück von dem Fluss
für eine still gelegte Fläche die ich von allen Seiten betrachte
deine zwei Hälften unter der Decke
und der Punkt an dem sie zusammenführen


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : Dolny

Qui est Kathrin Bach ?


c’est de toi que proviennent les bruits que j’entends
tu te grattes le ventre tu tousses courtement
tu déplaces du milieu de la pièce dehors le hamac
tu te verses un verre d’eau tu bois

tu décales un peu la chaise vers la gauche
tu te racles la gorge vas dans la salle de bains
dis un mot un deuxième, ris

les bruits me guident à travers la bâtisse comme à travers une ville
tu me montres l’eau, le lit, les quelques marches

et quand la maison craque toutes les deux trois heures
au rythme conjoint des pommes qui tombent
c’est aussitôt vers toi que je regarde


die Geräusche die ich höre kommen von dir
du kratzt dich am Bauch du hustet kurz
du bewegst die Hängematte aus der Mitte heraus
du schüttest Wasser in dein Glas du trinkst

du versetzt den Stuhl einen Tick nach links
du räusperst dich gehst ins Bad
sagst ein Wort ein zweites lachst

die Geräusche führen mich durch die Hütte wie durch eine Stadt
du zeigst mir Wasser, Bett, die wenigen Treppenstufen

und wenn das Haus alle paar Stunden knackt
parallel zum Rhythmus der runterfallenden Äpfel
schaue ich sofort zu dir


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : Ocre / Ocker

Qui est Kathrin Bach ?


un champ
encore un champ, du foin
des balles de foin
comme si on eût
lancé d’en haut des boules de pétanque

le tracteur qui va toujours rapetissant
scarabée rampant quêtant de l’eau gourd de chaleur,
seul point noir dans une ocre gigantesque
sort rampant du tableau

un jour si sec
que les oiseaux tombent effrités

mon regard
qui clôture reclôture le terrain

rien d’autre qui remue


ein Feld
noch ein Feld, Heu
Heuballen
als hätte jemand
von oben Boulekugeln geworfen

der Traktor der immer kleiner wird
ein nach Wasser kriechender Käfer, hitzestarr,
der einzige schwarze Punk in einem riesigen Ocker
kriecht aus dem Bild

ein Tag so trocken
dass Vögel aus der Luft bröckeln

mein Blick
der das Gelände immer wieder umzäunt

sonst bewegt sich nichts


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : 8.3

Qui est Kathrin Bach ?

Allaitement maternel


l’enfant sur mon sein droit, rêvé,
comment tout contre moi je l’ai lié, serré,
sur mon sein droit et nu
c’est mon enfant, je rêve, et c’est mon sein, je rêve
c’est un enfant qui ne crie pas, jamais, je rêve
je l’ai constamment contre moi, rêvé,
comme un deuxième sein lié à mon sein droit
et en soirée, je rêve, j’enlève couche à couche
l’étoffe qui à mon sein relie l’enfant,
il ne crie pas, jamais, devenu minuscule, l’enfant,
guère plus gros que mon sein droit,
rabougri sur mon sein, je rêve, il s’est flétri,
une couche de peau, mon enfant, vide, comme dégonflé.


das Kind an meiner rechten Brust, im Traum,
wie ich es mir umgebunden habe, ganz fest,
an meine rechte nackte Brust
es ist mein Kind, träume ich, ist meine Brust, träume ich
es ist ein Kind, das nicht schreit, nie, träume ich
ich habe es immer bei mir, im Traum,
wie eine zweite Brust auf meine Brust gebunden, rechts
und am Abend, träume ich, löse ich Schicht für Schicht
den Stoff, der das Kind an meine Brust bindet,
es schreit nicht, nie, ist winzig geworden, das Kind,
kaum größer als meine Brust, rechts,
ist an meiner Brust verschrumpelt, träume ich, verdörrt,
eine Hautschicht, mein Kind, leer, als wär die Luft raus


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : printemps (en français dans le texte)

Qui est Kathrin Bach ?


comme nous aimons la mer
nous nous faisons des minivagues

je recueille tes cils
comme des dents de lait

spleen en standby / la lune idoine
question couleur, une paupière

04 heures 50 : le soir qui tombe

& là jardin d’hiver en tête
nous faisons ça printemps senti

crocus fichés en bouche
nous mâchons trois minutes


weil wir das meer lieben
machen wir uns wellen ins haar

ich sammle deine wimpern
wie milchzähne

die sehnsucht auf standby / der mond
farblich passend, ein augenlid

04:50 uhr: dämmerung

& dann wintergarten im kopf
wir machen so auf frühlingsgefühl

stecken uns krokusse in den mund
u. kauen 3 minuten


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : bêtes d’orage / gewittertiere

Qui est Kathrin Bach ?


excluant à pleins muscles
& ligaments le monde
jusqu’aux éclairs
nous demeurons au sec assis

moi orvet
toi rongeur & pâtée sèche
l’attente sacs de sable en bordure d’Oder

enfin la pluie popcorn
sur vitre éclatement de maïs
déglutir point, je puis juste mâcher

l’après-midi TV clignant écran
pas de fleur à arroser
plus tard présentateur
& au jardin plantation de tomates


eskapismus in den muskeln
& sehnen
bis es blitzt
sitzen wir im trockenen

ich blindschleiche,
du nagetier & trockenfutter
das warten sandsäcke an der oder

der regen schließlich popcorn
auf glas platzender mais
schlucken nicht, bloß kauen kann ich

der nachmittag flimmerndes fernsehbild
keine blumen zu gießen
später nachrichtensprecher
& im garten tomatenpflanzen


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : KOOG

Qui est Kathrin Bach ?


ces jours-ci tu n’arrêtes pas
comme il n’y a plus de rues
tu dois en faire une autre
sacs de sable devenus bêtes
phoques nombreux bien nourris
je me mets à essorer contre peau
tu trimes de jour de nuit l’eau coule
fouille les maisons cherche des nageurs
j’apprends dehors à me servir
de ma langue comme chauffe-liquide
pour qu’ait chaud le frai tu
dois derechef t’attaquer au sec


in diesen tagen setzt du nicht ab
es gibt keine straßen mehr
also musst du eine neue bauen
die sandsäcke sind tiere geworden
gut genährte seehunde zuhauf
ich fange an die haut zu wringen
du arbeitest tags nachts fließt wasser
durchsucht die häuser nach schwimmern
draußen lerne ich meine zunge
als tauchsieder zu benutzen
damit der laich es warm hat du
musst erneut mit dem trocknen beginnen


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : vert / grün

Qui est Kathrin Bach ?


par millions des lapins verts et
leur poil empreint comme selle au dos du sol
la terre sellée de poil vert
contraints près à près à faire pré.
entre œil gauche et droit
s’étend verte la teinte qui teint
le blé grimpe au pavot
puis à la mâche des vaches
l’auge à mon visage est pleine de vert
et ce que je perçois clapote
ou gratte de soif.


millionen grüne Kaninchen und
ihre felle wie sattel auf den erdrücken gedrückt
den boden gesattelt mit grünem fell
eins ans andere gezwängt zu feld.
zwischen linkem und rechtem auge
liegt die farbe grün und färbt ab
den weizen hinauf den mohn
bald die klauen der kühe
der trog in meinem gesicht ist grün gefüllt
und was ich vernehme schwappt
oder scharrt durstig


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : Pain / Brot

Qui est Kathrin Bach ?


par bouts jetés par les fenêtres
tentant des mouettes mes cheveux pour leur bec
vitrine et voilà derrière toi les bêtes
leur forme blanche le verre maint oiseau d’envergure
éparpillé sur la pelouse tournant son vol
vers du pain de Hollande émietté par ta main
si je fais de ta lèvre une croûte de pain la croûte
d’une fraîche tranche de pain bis elle mènera vers ma bouche
jusqu’au pain mou sans croûte mâché par une mouette


in stücken aus den fenstern geworfen
die möwen gelockt mein haar ihnen zum fraß
schaufenster und die tiere da hinter dir
ihre weiße fassung das glas mehrere schultern breit
vögel auf dem rasen verteilt richten ihren flug
nach holländischem brot von deiner hand zerbröckelt
mach ich deine lippe zu brotkruste zur kruste
einer frischen scheibe graubrot führ sie mir zum mund
bis das brot ohne kruste ist weich von einer möwe gekaut


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

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