Alexandra Bernhardt (née en 1974) : Merle / Amsel


Au petit matin : toi
ma claire beauté noire
toi l’oignant cri d’éveil
m’ôtant à ma torpeur

comme je m’émerveille
encore somnolente
de ta force

inflexible
tu me flûtes
du Magma dans l’oreille

Je deviens merle
_______________et me réveille


Frühmorgens : du
meine helle Schönschwarze
du salbender Ruf der Weckung
aus meiner Ohnmacht

Wie bewundere ich
dämmernd noch
deine Kraft

Unbeugsam
flötest du mir
Magma ins Ohr

Ich werde Amsel
_______________und bin wach

(inédit)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Alexandra Bernhardt (née en 1974) : Stances urbaines / Städtische Stanze


Le soleil est à nu, le goudron des rues fond,
Un épervier, cri creux, laisse échapper ses peines.
Dans l’été pâle et chaud, les hachements de sons
D’un marteau-burineur, tambourant ses rengaines.
Comme un affolement sur moi tout à coup fond —
L’épervier fait gonfler, les agitant, ses pennes
Et prend, silencieux, son essor, éperdu,
Comme s’il recelait ce qu’ici j’ai perdu.


Versengt der Straße Teer, die Sonne nackt,
Ein Sperber schreiet hohl sein Sehnen nieder,
Und in der sommerbleichen Hitze hackt
Ein Preßlufthammer trommelnd seine Lieder.
Wie mich mit einem Mal das Grauen packt —
Der Sperber spreizt und schüttelt sein Gefieder
Und hebet sich in stummem Gram empor,
Als bärge er, was ich gerad’ verlor.

(in Et in Arcadia ego. Klagenfurt am Wörthersee: Sisyphus, 2017)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Eva Christina Zeller (née en 1960) : Robinsonnade / Robinsonade


Källskär

si tu ne comprends pas la langue pas la langue du vent
pas celle des anges qui dans les linges sombres
vont sur le ciel pas éclairé
ce sont tes peurs sans sexe
le finnois ne connaît pas d’article

qui vienne quand soleil a plongé
nous nous tournons sur île en mer
terre pierre sans sexe
comme esprits anges et seuls serpents
serpentent pierre connaît période glaciaire
connaît flotteurs glace dessus là-dessus
qu’y a-t-il vent te pénètre
de corpuscules tu es pour être pénétré translucide
seuls pierres serpents araignées
petits bouleaux bruyère broussaille
mer frappe vent
aventure sans sexe
vent est vent
aussi mer fracas bruine
poème asexué polyglotte
pour que tu parles en langue
tu retiens dedans toi
tu manges esprits peur avec pain
tu vois drapeau dans serviette
tu capitules rends gorge de
douleurs et mot


Källskär

dass du die sprache nicht verstehst die sprache des windes nicht
nicht die der engel, die in den dunklen tüchern
über den nichterleuchteten himmel ziehen
es sind deine ängste ohne geschlecht
das finnische kennt keine artikel

kommen, wenn sonne abgetaucht ist
dabei drehen wir uns auf insel im meer
erde steine ohne geschlecht
wie geister engel und nur schlangen
schlängeln sich stein kennt eiszeit
kennt tonnen eis auf sich drauf
was ist da wind fährt durch dich
mit teilchen du bist zum durchfahren durchsichtig
nur steine schlangen spinnen
kleine birken und erika gestrüpp
meer schlägt wind auf
abenteuer ohne geschlecht
wind ist wind
auch meer getöse gischt
gedicht geschlechtslos vielsprachig
damit du sprichst in sprache
du hältst inne
du isst geister angst mit brot
du siehst handtuch als fahne
du kapitulierst du übergibst dich
ziehen und wort

(Paru dans Proviant von einer unbewohnten Insel, Eva Christina Zeller, klöpfer, narr 2020)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Nicola Quaß (née en 1974) : Silence dans la maison / Still ist es im Haus


Voix qui s’estompent.
Je n’imagine encore
les tableaux en tas, brisés,
derrière des vitres humides de pluie.
Le bois et les montagnes, parcourus
par un imperceptible
train. Demeures insensibles
au mutisme
d’autrefois. Je disais peut-être
ne vais-je pas revenir.
On est samedi, dimanche ou
un autre jour où nous
n’allons pas nous retrouver.
J’entre en des pièces coites. Manquent
vos regards en chaque angle. Le temps
s’affiche en des heures oubliées,
en des tasses poussiéreuses. J’aimais
vos vieilles mains,
croisées dans le dos.


Stimmen verschwimmen.
Noch ahne ich nicht
den Haufen zerbrochener Bilder
hinter regennassen Scheiben.
Der Wald und die Berge, durchfahren
von einem unsichtbaren
Zug. Häuser haben kein Gefühl
für vergangenes
Schweigen. Ich sagte, vielleicht
komme ich nicht wieder zurück.
Es ist Samstag oder Sonntag oder
ein anderer Tag, an dem wir
einander nicht begegnen.
Ich betrete ruhige Zimmer. Es fehlt
in jedem Winkel euer Blick. Die Zeit
zeigt sich in vergessenen Stunden,
in Tassen voller Staub. Ich mochte
eure alten Hände,
über den Rücken gekreuzt.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Benedikt Steiner (né en 1990) : tiré des sons / aus den Klängen


profondément rêvent
pierre devenues
baignées constamment
d’eaux de monts lointains
croissant de source ainsi
que les plus lents des rythmes
jamais ne trompent
désormais vivent
autres les villes qui demeurent
sans au-dessus plus de fumée
et de la brume fine
entre les maisons
tisse une nuit toute première  


träumen tief
zu Stein gewordene
stets umflossen
vom Gewässer ferner Berge
in Quellgebieten wachsend als
langsamste Rhythmen
täuschen nie
leben von nun an
anders gebliebene Städte
über denen kein Rauch mehr steht
und feiner Nebel
zwischen den Häusern
eine allererste Nacht webt


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Joscha Röhrkasse (né en 1994) : raie 14.03.2019 / rochen 14.03.2019


dans ta salle de bain c’est
toujours novembre
partout ailleurs on est en mars
la raie au-dessus de la porte
sur la page novembre
de ton calendrier de salle de bain
reflète avec la tache
blanche sur son ventre
le bleu de l’océan
où elle nage
et là on dirait
que ce n’est pas une zone
blanche reflétant du bleu
mais un trou dans son
corps avec l’océan
nageant à travers.
et la raie de dire :
au juste qui nage ici
à travers qui ?
et moi de dire :
max, il n’y a plus de papier
toilette dans votre salle
de bain.
et lui :
va donc aux WC
chez ton thérapeute.
là on est en mars,
je pense.


in deinem badezimmer ist
immer noch november
überall sonst ist es märz
der rochen über der tür
auf dem novemberblatt
deines badezimmerkalenders
reflektiert mit dem weißen
fleck auf seiner brust
das blau des ozeans
in dem er schwimmt
und jetzt sieht es aus
als wäre das keine weiße
stelle, die blau reflektiert,
sondern ein loch in seinem
rumpf, durch das der ozean
schwimmt.
und der rochen so:
wer schwimmt hier eigentlich
durch wen?
und ich so:
max, da ist kein toiletten-
papier mehr in eurem bade-
zimmer.
und er sagt:
geh halt bei deinem
therapeuten aufs klo.
da ist es märz,
denke ich.

(in Sandhunde in Fußgängerzonen [verschlag verlag, 2020])

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Elke Engelhardt (née en 1966) : Pour que les jours commencent convenablement / Die Tage mit Anstand beginnen lassen


Faire le poirier
pour, les bougeant, mettre en lumière les choses
(question de perspective).
Juste encore quelques pages d’un livre ouvert :
la certitude alors disparaîtra,
et avec la certitude la seconde peau faite de mauvaises réponses.
Les questions qui se poseront alors sur la peau à vif et qui feront mal,
les supporter jusqu’à pouvoir admettre :
c’est là la réponse.


Einen Kopfstand machen,
um die Dinge ins rechte Licht zu rücken
(eine Frage der Perspektive).
Nur noch wenige Seiten eines offenen Buches,
dann wird die Gewissheit verschwinden,
und mit der Gewissheit die zweite Haut aus falschen Antworten.
Die Fragen, die sich dann schmerzhaft auf die rohe Haut legen
aushalten, bis man zugeben kann:
das ist die Antwort.

(Publié ce jour [16 mai 2020] dans Fixpoetry)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Christine Rainer (née en 1970) : mots pommes / apfelwörter


manger une pomme tous les jours de l’année
déposer avec soin les pépins dans un verre
avec ça leur donner des mots d’amour
lumière et eau de terre
leur donner un petit savoir
ils dormiront l’hiver durant
ils rêveront des mots
aspirés en leurs tréfonds
au printemps lentement éveillés
lumière et eau les feront croître
dans le pépin les mots minimes
s’en vont mûrir gagnant la cime
le bout des feuilles les bourgeons tendres
les abeilles en feront la récolte et
les dissémineront entends-tu leur bourdon
elles œuvrent à des histoires
multicolores et multiformes
le vent prête curieux l’oreille
les emporte au loin loin loin

übers jahr jeden tag einen apfel essen
die kerne sorgsam ins glas legen
lieblingswörter dazu geben
die von erde wasser und licht
eine kleine ahnung geben
sie werden den winter verschlafen
von den wörtern träumen
sie aufsaugen ins innerste
im frühling langsam erwachen
wasser und licht ziehen sie groß
die winzigen wörter im kern
werden reifen bis in die krone
die blätterspitzen die weichen blüten
die bienen werden sie ernten und
verteilen hörst du sie summen
sie arbeiten an den geschichten
in tausend farben und formen
der wind lauscht neugierig
trägt sie weit und weiter

(publié ce jour [14 mai 2020] dans Fixpoetry)

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Angela Lohausen (née en 1979) : grand-père / opa


l’été c’était wdr4 ambre solaire
ta barbe tendrement m’égratignait la joue
nous dansions kalinka au travers du salon
jusqu’à ce que grand-mère appelle pour la messe

tes cris nuptiaux troublaient les chevêches, les chauves-souris
se taisaient tout-à-coup
dissimulés dans des tranchées des trous d’obus
nous nous terrions devant l’invisible ennemi

dans l’automnal petit bois de l’Eifel
je respirais feuillage et mousse
goûtais à la paix d’un terroir


der sommer war wdr 4 und tiroler nussöl
wenn dein bart mein wange zärtlich kratzte
tanzten wir kalinka durch die gute stube
bis oma zum kirchgang rief

deine balzrufe verwirrten käuzchen und fledermäuse
verstummten jäh
in schützengräben bombenlöchern hinterhalten
wenn wir vor dem unsichtbaren feind uns duckten

im herbstlichen eifelwäldchen
war mein atem laub und moos
schmeckte ich erdigen frieden


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Lisbeth Eisner (1867-1949) : Je vais t’abattre / Ich will dich erschlagen


« Je vais t’abattre !

Moi ! Penthésilée »

Et de piquer des deux.

En bond de mort se dresse
sabot luisant un destrier.
Achille frémit : son trait se teinte
d’un sang bouillant coulant de cœur.
Deux bras à nu,
parés d’armilles,
choient près de lui –
plus jamais ne montera,
plus jamais ne se battra
Penthésilée.

Achille se terra dans sa tente
trois jours durant.
Son cœur fut à jamais souffrant.
C’est ainsi qu’abattit le héros
Penthésilée.

 


« Ich will dich erschlagen!

Ich! Pentesilea! »

Sie sprengt heran.

Im Todessprung steigt
hufblitzend ein Roß.
Achilles schaudert: sein Geschoß
färbt sich in heißem Herzblut.
Zwei nackte Arme,
ringgeschmückt,
fallen zur Seite –
Nie wieder reitet,
nie wieder streitet
Pentesilea.

Achilles barg sich in seinem Zelt
drei Tage lang.
Sein Herz blieb ihm für immer krank.
So schlug den Helden
Pentesilea.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

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