Kerstin Preiwuß (née en 1980) : Me suis enfermée dehors / Hab mich ausgesperrt

Qui est Kerstin Preiwuß ?


Me suis enfermée dehors.
Un instant je me dis
L’hiver est à la porte.
M’y suis emmitouflée
Et n’entends plus grand-chose
Du monde.
J’y dors.
À peine si je respire.
Je mange en rêve de la bouillie sucrée.
C’est presque excessif.
Ma fourrure c’est de l’obscurité.
L’obscurité cela s’éprouve avec plaisir.
Je ne prends de l’âge qu’en hiver.


Hab mich ausgesperrt.
Für einen Moment sage ich mir
der Winter steht vor der Tür.
Hab mich eingehüllt in ihn
und hör nicht mehr viel
von der Welt.
Ich schlaf in ihr.
Atme kaum dabei.
Im Traum esse ich süßen Brei.
Das ist fast zu viel.
Mein Pelz ist aus Dunkelheit.
Dunkelheit ist ein schönes Gefühl.
Nur im Winter werde ich alt.

In Gespür für Licht (Berlin Verlag, 2016)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Kerstin Preiwuß (née en 1980) : La Tourmente dort en moi / Die Windsbraut schläft in mir

Qui est Kerstin Preiwuß ?


La Tourmente1 dort en moi.
Un embryon brimbalant dans chaque oreille.
Ses mouvements ce qu’ils m’ont apaisée.
Je suis en de bonnes mains qu’importe la rage en moi.
La Tourmente s’est couchée dans mon oreille.
C’est l’inverse pendant l’année.
Le vent dort dehors avec moi.
Le vent est dehors.
Je suis seule.
L’abandon fait ce même bruit.
Je sais que c’est un mythe.
La rage en moi c’est cela que je suis.


1 : Une étymologie populaire fait de l’allemand Windsbraut (« tourmente », « accès soudain de vent ») un personnage de légende, la « fiancée du vent ». Partagé entre le sens et le mythe, je propose de traduire cette « fiancée du vent » par « Tourmente » avec une majuscule pour personnifier.


Die Windsbraut schläft in mir.
Ein schaukelndes Embryo in jeder Ohrmuschel.
Wie beruhigt mich dass sie sich bewegt.
Ich bin gut aufgehoben egal was in mir tobt.
Die Windsbraut hat sich in mein Ohr gelegt.
Übers Jahr ist es umgekehrt.
Der Wind schläft draußen mit mir.
Der Wind ist draußen.
Ich bin allein.
So klingt Verlassenheit.
Ich weiß dass das ein Mythos ist.
Was in mir tobt bin ich.

In Gespür für Licht. Gedichte (Berlin Verlag, 2016)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

%d blogueurs aiment cette page :