L’herbe de la pampa (inédit)


Geyser ? jet d’eau ? mais pour eau des couteaux.
____La bise y perd de sa matière :
lisse au visage on conçoit que son fer
s’enfonce plus fluide au cou des animaux
____que l’on immole dans les fermes
____ensanglantées durant l’hiver :

rien qu’une herbe pourtant mais le monde
____à son contact se fait plus tendre
____s’ébarbe se polit se monde
arrondit l’âpreté de décembre
____à nos doigts doux comme une amande.

(© LEM 02 10 2018)

La tomate (inédit)


Cœur de bœuf à l’étal : mais vivant d’une vie
___végétale & sans bœuf & sans sang ‒
seul un jus contenu sous la peau consenti
___par la sève ; un dehors saisissant
qui rappelle ce cœur obsédant nos poitrines :

tomate très-humaine oh ! plus que très-bovine
___ici pend notre cœur sauf à croire
que bat une tomate au sein de nos poumons
notre sang n’étant rien qu’une ondée d’arrosoir
___& notre chair qu’une illusion.


(© LEM 29 09 2018)

Le cyprès (inédit)


Proche de qui ? de nous qui te touchons
manipulons tes fruits tes branches
pour imprégner nos paumes de résine

repousser l’étourneau quand nous quittons
____le soir l’effroi de nos habits
____(de jour miroitants de lumière)
____dans une chambre froide & triste
loin pourtant de l’ossuaire et des sommeils de suie ?

____tandis que tu confortes ton silence
____tendant de nuit pain noir & vin
____aux morts sous terre au ciel aux anges. 

(© LEM 25 09 2018)

La groseille (inédit)


___Tenant le grain fragile & minuscule
_______entre la pince de tes doigts 
___répète maintes fois le mot « groseille »
_______selon divers effets de voix
pour te l’incorporer : jusqu’à ce qu’il éveille
___en toi cette impression de plénitude
qu’on éprouve à la vue d’une mer sans écueils ‒
___puis à l’issue de ta métamorphose
___regarde en un froncer de tes sourcils
cet « œil » 
qu’en majorant le tien de ton oreille
_______le mot « groseille » te dispose
à percevoir en ses syllabes translucides.

(© LEM 20 09 2018)

Le lilas (inédit)


Illusion que la grappe habillant le lilas
d’une robe à paniers falbalas fanfreluches :
que le regard enfin rincé de métaphores
____n’y voie que la métamorphose
____de la peluche appelée « Petit Chat »
____participant aussi des roses
mise en terre à son pied quand l’eut prise la mort
& que l’on imagine un peu griffant la sève
____crachant parmi l’aubier sa peur
____en sa montée vers la fleur & le ciel
pareille à sa frayeur en haut du marronnier.

(© LEM 14 09 2018)

La coriandre (inédit)


Il nous faut prononcer « co-ri-andre »
pour prendre au sérieux ta féminité
______glisser l’on ne sait quoi
‒ cheveu blond ? tendre voix ? souffle d’ange ? ‒
___d’une diérèse sur la langue
pour allonger ton nom dans sa fluidité :

« andre » sentant trop l’homme & le cor chassant l’ure
dans d’obscures forêts pénétrées de fureurs

avec muscles & musc en cuirasse
___brousaille hirsute sous le casque
___reflets de cuivre & de ferraille.
______

(© LEM 11 09 2018)

Ciboulette (inédit)


À la salade, à l’omelette !
Chantons la ciboulette, apéritive
dans sa jeunesse svelte ‒
adulte, elle arbore une tête
de loup sommant sa tige :

& sèche avec on époussette
sa maison de poupées
en fillette inspectant vétilleuse
d’un doigt menu sur le bahut
si le plumail a chahuté
___chatouilleux
le mutacisme des objets.

(© LEM 01 09 2018)

Le genévrier rampant (inédit)


Il dressera son corps un jour
de plantigrade & dansera
balourd peu stable quelques pas
de ce que peut danser un ours :

& ce sera résurrection
d’entre les morts, le bleu debout
contre le ciel, exaltation
d’arbre qui rampe et tout à coup

troque un regard horizontal
contre une étoile ‒ & s’il a peur
nous le prendrons tout contre nous
comme un qui meurt.

(© LEM 21 08 2018)

Les giroflées (inédit)


___Elle est, la multitude hirsute,
issue d’un seul organe actif sous les lilas :
___cœur ni poumon, mais foie, mais rate,
___on sent quelque densité rude
à l’œuvre dans la terre ‒ au-dessous des lilas ‒,
___qui pousse & voudrait mordre aux thyrses
___de ses multiples mufles d’hydre
___et tend ses mufles vers l’arbuste ‒
___mais l’arbre se rétracte et fane
la grappe ultime et drue soustraite encore aux drames
___d’un printemps primitif.

(© LEM 14 08 2018)

Le datura (inédit)


Ton baume sucré ne berne personne :
tu n’as de désir qu’abaissant tes lèvres
d’embrasser le sol afin d’y boire ivre
le prétendu sang de la terre molle ‒

en baiser de feu : tant & tant de bouches
tendues vers l’humus ! mais son amertume
déçoit tout bécot, trop de feuilles sèches
pour la motte acerbe, on croirait la mâche
d’âcre brou de noix, langue qui se couvre ‒

& les mots qu’on dit sont d’un noir obscur
sans rien qui l’épure ou la pluie d’aurore
laveuse de nuit comme on l’est de morts.

(© LEM 02 08 2018)

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