Horace (65-8 av. J.-C.) : Amours impossibles (Odes I 33)


GrottesCoteOuestPaxos


Point d’excès de douleur, Albius, repensant
À Douce l’insensible, et n’écris d’élégie
Où chanter ton malheur qu’un jeunet ne t’éclipse
____Et n’outrage la foi donnée.

Lycoris au front court ‒ qui la pare en beauté ‒
S’enflamme pour Cyrus, et Cyrus lui préfère
La froide Pholoé : mais aux loups d’Apulie
____S’uniront les chevreuils avant

Que Pholoé ne sombre en affreux adultère.
Ce sont là les désirs de Vénus qui se plaît
À subjuguer corps, cœurs à l’impossible accord
____‒ Jeu cruel ‒ sous l’airain d’un joug.

Vénus m’y invitant ‒ plus tendre à mon encontre ‒,
J’eus moi-même plaisir aux chaînes de Myrtale,
Plus rageuse affranchie que n’est l’Adriatique
____Creusant les golfes de Calabre.


Albi, ne doleas plus nimio memor
inmitis Glycerae neu miserabilis
decantes elegos, cur tibi iunior
___laesa praeniteat fide.

Insignem tenui fronte Lycorida 
Cyri torret amor, Cyrus in asperam
declinat Pholoen: sed prius Apulis
___iungentur capreae lupis

quam turpi Pholoe peccet adultero.
Sic visum Veneri, cui placet imparis
formas atque animos sub iuga aenea
___saevo mittere cum ioco.

Ipsum me melior cum peteret Venus,
grata detinuit compede Myrtale
libertina, fretis acrior Hadriae
___curuantis Calabros sinus.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Horace : A Vénus (O Venus regina Cnidi Paphique, in Odes, I, 30)

Sandro Boticelli, Vénus et les trois Grâces

Sandro Boticelli, Vénus et les trois Grâces


Reine de Cnide et de Paphos, ô Vénus
laisse Chypre à ton cœur chère et te transporte
chez Glycère qui t’appelle et qui t’encense
______dans son temple beau.

Que Fervent Enfant, Grâces en robe lâche,
Nymphes, t’accompagnant, fassent diligence,
et Jeunesse sans toi trop peu souriante
______ainsi que Mercure.


O Venus regina Cnidi Paphique,
sperne dilectam Cypron et vocantis
ture te multo Glycerae decoram
_____transfer in aedem.

Fervidus tecum puer et solutis
Gratiae zonis properentque Nymphae
et parum comis sine te Iuventas
_____Mercuriusque.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Horace : Chantons Mercure (Mercuri, facunde nepos Atlantis, in Odes, I, 10)

Mercure éloquent petit-fils d’Atlas,
toi qui sus polir les façons brutales
des premiers humains par la voix et bel
___us de la palestre,

je vais te chanter, héraut des dieux et
du grand Jupiter, père de la lyre
courbe, et receleur de ce qui te plaît
___en gaie volerie.

Tu celas, petit, par ruse ses bœufs :
« Rends-les-moi ! » – sa voix t’en sommait, terrible :
Apollon, cherchant en vain son carquois,
___éclata de rire.

L’opulent Priam, que tu conduisais,
quittant Ilion, put tromper l’orgueil
atride, les feux thessaliens et
___l’ennemi de Troie.

En l’heureux séjour tu mènes les âmes
pieuses, contiens de ta verge d’or
la troupe sans corps, cher aux dieux d’en haut
___comme à ceux d’en bas.


Mercuri, facunde nepos Atlantis,
qui feros cultus hominum recentum
voce formasti catus et decorae
___more palaestrae,

te canam, magni Iovis et deorum
nuntium curvaeque lyrae parentem,
callidum quicquid placuit iocoso
___condere furto.

Te, boves olim nisi reddidisses
per dolum amotas, puerum minaci
voce dum terret, viduus pharetra
___risit Apollo.

Quin et Atridas duce te superbos
Ilio dives Priamus relicto
Thessalosque ignis et iniqua Troiae
___castra fefellit.

Tu pias laetis animas reponis
sedibus virgaque levem coerces
aurea turbam, superis deorum
___gratus et imis.


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Horace : Le bateau de Virgile (Sic te diva potens Cypri, in Odes, I, 3)

____Déesse qui règnes sur Chypre,
et vous, frères d’Hélène, astres étincelants,
____guidez – et toi, père des vents,
seul soufflant l’Iapyx, les autres à l’attache –
____ce navire : il nous doit Virgile
qui lui fut confié. Qu’à la terre d’Attique
____il le remette sain de corps
et me conserve, à moi, la moitié de mon âme.
____Trois épaisseurs de chêne et bronze
lui entouraient le cœur, au premier qui risqua
____sur la mer violente un frêle
esquif, sans redouter ni fougueux Africus
____livrant bataille aux Aquilons,
ni Hyades bourrues, ni Notus en courroux
____– ce maître de l’Adriatique
qui soulève à sa guise et repose les flots ;
____ne redouta la mort en marche,
celui qui put, l’œil sec, voir les monstres nageants,
____la mer tumultueuse et les
par trop fameux écueils d’Acrocéraunia.
____En vain fut mis entre les terres
par un dieu perspicace un océan distinct,
____si malgré tout d’impies esquifs
franchissent, bondissants, les flots inviolables.
____Dans son audace à tout souffrir,
l’humaine race fond sur l’outrage interdit.
____Dans son audace, Prométhée,
par sa rouerie coupable, aux gens donna le feu ;
____feu pris aux demeures du ciel,
s’en vinrent, s’étendant sur la terre, langueur
____et fièvres en nouveau cortège,
et la mort obligée, jusqu’alors paresseuse
____et reculée, força le pas.
Dédale se risqua dans l’air vide, affublé
____de plumes refusées à l’homme ;
forcer l’Achéron fut l’un des travaux d’Hercule.
____Rien n’est trop haut pour les mortels ;
nous visons jusqu’au ciel, en notre déraison,
____– et criminels, ne supportons
que jette Jupiter ses foudres irrités.


___Sic te diva potens Cypri,
sic fratres Helenae, lucida sidera,
___ventorumque regat pater
obstrictis aliis praeter Iapyga,
___navis, quae tibi creditum
debes Vergilium; finibus Atticis
___reddas incolumem precor
et serves animae dimidium meae.
___Illi robur et aes triplex
circa pectus erat, qui fragilem truci
___commisit pelago ratem
primus, nec timuit praecipitem Africum
___decertantem Aquilonibus
nec tristis Hyadas nec rabiem Noti,
___quo non arbiter Hadriae
maior, tollere seu ponere volt freta.
___Quem mortis timuit gradum
qui siccis oculis monstra natantia,
___qui vidit mare turbidum et
infamis scopulos Acroceraunia?
___Nequicquam deus abscidit
prudens Oceano dissociabili
___terras, si tamen impiae
non tangenda rates transiliunt vada.
___Audax omnia perpeti
gens humana ruit per vetitum nefas;
___audax Iapeti genus
ignem fraude mala gentibus intulit;
___post ignem aetheria domo
subductum macies et nova febrium
___terris incubuit cohors
semotique prius tarda necessitas
___leti corripuit gradum.
Expertus vacuum Daedalus aera
___pennis non homini datis;
perrupit Acheronta Herculeus labor.
___Nil mortalibus ardui est;
caelum ipsum petimus stultitia neque
___per nostrum patimur scelus
iracunda Iovem ponere fulmina.


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Horace : Supplique à Mercure (Mercuri nam te docilis magistro, in Odes, III, 11)

Mercure instructeur d’Amphion, l’élève
qui sut par ses chants remuer les pierres,
et toi, tortue creuse, apte à résonner
____au septain des cordes

autrefois sans voix ni charme, et qu’on aime
aux tables du riche, au temple, aujourd’hui :
modulez vos sons, que Lydé leur prête
____sa rétive oreille,

la jeune cavale en la vaste plaine
qui, jouant, gambade et craint qu’on la touche,
libre d’alliance et point mûre encore
____pour l’époux sans tact.

Tu peux entraîner le tigre à ta suite,
les forêts, freiner les ruisseaux rapides ;
à tes chatteries céda le portier
____du palais cruel

Cerbère ; et pourtant, comme les Furies,
il a sur la tête  un cent de serpents ;
répugnante haleine et sang croupi sourdent
____de sa gueule triple.

Mieux : Ixion même et Tityos ont
ri à contre-cœur, l’urne est restée sèche
l’instant que ton chant délectable fut
____baume aux Danaïdes.

Chante pour Lydé le crime des vierges,
leur fameux supplice et le tonneau vide
d’une eau qui se perd par le trou du fond,
____les arrêts tardifs

guettant le délit même où règne Orcus.
Les impies – de pis, qu’auraient-elles fait ? –,
les impies ont mis, d’un fer inflexible,
____ leurs maris à mort.

Une seule en tout, digne des flambeaux
de son mariage, a fait à son père
parjure un mensonge insigne et sera
____célèbre à jamais :

« Lève-toi », dit-elle, à son jeune époux,
« lève-toi, qu’un long sommeil ne te vienne
d’où tu ne crains pas. Trompe ton beau-père,
____des sœurs criminelles

qui sèment la mort, telles des lionnes
chacune à son veau. Moi, plus tendre qu’elles,
je ne te tuerai ni ne te tiendrai
____sous aucun verrou.

Mon père peut bien m’accabler de chaînes
– j’ai sauvé, clémente, un malheureux homme ! –
ou bien m’embarquant me reléguer loin
____dans la Numidie.

Va par terre et mer, Vénus et Nuit sont
pour toi, va, bon vent ! et, sur mon tombeau,
grave quelque plainte où mon souvenir
____se verra gardé. »


Mercuri, – nam te docilis magistro
movit Amphion lapides canendo, –
tuque testudo resonare septem
____callida nervis,

nec loquax olim neque grata, nunc et
divitum mensis et amica templis,
dic modos, Lyde quibus obstinatas
____applicet auris,

quae velut latis equa trima campis
ludit exultim metuitque tangi,
nuptiarum expers et adhuc protervo
____cruda marito.

Tu potes tigris comitesque silvas
ducere et rivos celeres morari;
cessit inmanis tibi blandienti
____ianitor aulae

Cerberus, quamvis furiale centum
muniant angues caput eius atque
spiritus taeter saniesque manet
____ore trilingui.

Quin et Ixion Tityosque voltu
risit invito, stetit urna paulum
sicca, dum grato Danai puellas
____carmine mulces.

Audiat Lyde scelus atque notas
virginum poenas et inane lymphae
dolium fundo pereuntis imo
____seraque fata,

quae manent culpas etiam sub Orco.
Impiae (nam quid potuere maius?)
impiae sponsos potuere duro
____perdere ferro.

Una de multis face nuptiali
digna periurum fuit in parentem
splendide mendax et in omne virgo
____nobilis aevom,

« Surge », quae dixit iuveni marito,
« surge, ne longus tibi somnus, unde
non times, detur; socerum et scelestas
____falle sorores,

quae velut nactae vitulos leaenae
singulos eheu lacerant. Ego illis
mollior nec te feriam neque intra
____claustra tenebo.

Me pater saevis oneret catenis,
quod viro clemens misero peperci,
me vel extremos Numidarum in agros
____classe releget.

I, pedes quo te rapiunt et aurae,
dum favet Nox et Venus, i secundo
omine et nostri memorem sepulcro
____scalpe querellam. »


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Horace : Le retour de l’ami (O saepe mecum tempus in ultimum, in Odes, II, 7)

Nous avons frôlé bien souvent la mort
quand nous servions tous deux sous Brutus :
qui donc t’a rendu, citoyen de Rome,
au ciel d’Italie, aux dieux de nos pères,

Pompée, le meilleur de mes camarades ?
– qu’avons-nous souvent tué le temps long
buvant du vin pur, couronnes en tête
et les cheveux oints d’huile de Syrie !

Nous avons vécu Philippes, la prompte
fuite où j’ai, piteux, jeté ma rondache,
quand, bravoure à bas, nos fiers combattants
mordirent un sol ignominieux.

Mercure eut tôt fait de m’ôter, tremblant,
me couvrant de brume, à nos ennemis ;
mais toi, te plongeant dans la guerre encore,
l’onde t’emporta sur ses flots houleux.

Rends à Jupiter l’agape promise ;
viens t’étendre, las d’un si long service,
dessous mon laurier ; vide sans compter
les cruchons de vin que je te destine.

D’oublieux massique emplis à ras-bord
des coupes polies, tire les parfums
des profonds écrins en forme de conque.
Qui s’empressera, tressant l’ache fraîche,

le myrte ? Et Vénus, qui nommera-t-elle
roi de ce festin ? – Je veux qu’on banquète
comme en Thrace on fait : doux m’est de fêter
jusqu’à déraison l’ami de retour.


O saepe mecum tempus in ultimum
deducte Bruto militiae duce,
__quis te redonavit Quiritem
_dis patriis Italoque caelo,

Pompei, meorum prime sodalium,
cum quo morantem saepe diem mero
__fregi, coronatus nitentis
_malobathro Syrio capillos?

Tecum Philippos et celerem fugam
sensi relicta non bene parmula,
__cum fracta virtus et minaces
_turpe solum tetigere mento;

sed me per hostis Mercurius celer
denso paventem sustulit aere,
__te rursus in bellum resorbens
_unda fretis tulit aestuosis.

Ergo obligatam redde Iovi dapem
longaque fessum militia latus
__depone sub lauru mea, nec
_parce cadis tibi destinatis.

Oblivioso levia Massico
ciboria exple, funde capacibus
__unguenta de conchis. Quis udo
_deproperare apio coronas

curatve myrto? Quem Venus arbitrum
dicet bibendi? Non ego sanius
__bacchabor Edonis: recepto
_dulce mihi furere est amico.


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Horace : Phyllis est invitée (Est mihi nonum superantis annum, in Odes, IV, 11)

J’ai chez moi un cruchon plein d’un vin d’Albe vieux
de plus de neuf années, j’ai dans mon potager
de l’ache pour, Phyllis, t’en tresser des couronnes
_____et du lierre à foison

pour, liant tes cheveux, rehausser ton éclat ;
ma maison resplendit d’argenterie, l’autel
ceint de chaste verveine aspire au sang d’agneau
_____que je vais y verser ;

en tout, la main s’empresse, et çà, et là, c’est une
mêlée de serviteurs, de servantes, qui courent
– les flammes, vacillant, font tourner sur leurs crêtes
_____une fumée noirâtre.

Que tu saches au moins pour quelle occasion
tu es priée : tu viens pour célébrer les Ides
– dont c’est le premier jour, mi-avril, mois voué
_____à Vénus la marine ;

je les fête à raison – mon propre anniversaire
ne m’est pas plus sacré –, puisque mon cher Mécène
y est venu au monde et compte depuis lors
_____de nombreuses années.

Télèphe que tu veux, ce jeune homme point fait
pour toi, est possédé par une fille riche
dont la frivolité le retient dans des chaînes
_____où il prend son bonheur.

Phaéton foudroyé s’effrayant et chassant
ses avides espoirs et Pégase l’ailé
chargé d’un cavalier mortel – Bellérophon
_____t’engagent gravement

à rechercher toujours ce qui te correspond,
et à te refuser trop différent de toi
– dis-toi que c’est néfaste. Allez, viens, toi qui mets
_____un terme à mes amours

(je ne brûlerai point après toi pour une autre),
instruis-toi de ces airs, répète-les à voix
belle ; les noirs soucis n’ont plus la même ampleur
_____devant les mélodies.


Est mihi nonum superantis annum
plenus Albani cadus, est in horto,
Phylli, nectendis apium coronis,
___est hederae vis

multa, qua crinis religata fulges,
ridet argento domus, ara castis
vincta verbenis avet immolato
___spargier agno;

cuncta festinat manus, huc et illuc
cursitant mixtae pueris puellae,
sordidum flammae trepidant rotantes
___vertice fumum.

Ut tamen noris quibus advoceris
gaudiis, Idus tibi sunt agendae,
qui dies mensem Veneris marinae
___findit Aprilem,

iure sollemnis mihi sanctiorque
paene natali proprio, quod ex hac
luce Maecenas meus affluentis
___ordinat annos.

Telephum, quem tu petis, occupavit
non tuae sortis iuvenem puella
dives et lasciva tenetque grata
___compede vinctum.

Terret ambustus Phaethon avaras
spes et exemplum grave praebet ales
Pegasus terrenum equitem gravatus
___Bellerophontem,

semper ut te digna sequare et ultra
quam licet sperare nefas putando
disparem vites. Age iam, meorum
___finis amorum

(non enim posthac alia calebo
femina), condisce modos, amanda
voce quos reddas; minuentur atrae
___carmine curae.


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Horace : un flambeau qui n’est plus que cendre (Audivere, Lyce, di mea vota, in Odes, IV, 13)

Les dieux ont entendu mes vœux, Lycé, les dieux
me les ont entendus : tu deviens vieille femme
_____mais veux paraître belle,
__jouant, buvant, non sans toupet,

d’un chant tremblant, pompette, appelant Cupidon
– lequel traîne le pas, découchant chez Chio
_____aux belles joues, si fraîche,
__et si brillante citharède.

Intraitable, il traverse en sa volée les chênes
secs et te fuit : c’est que ne sont pour t’embellir
_____tes dents jaunies, tes rides,
__ni la neige de tes cheveux.

Ni la pourpre de Cos, ni les gemmes de prix
ne te ramèneront ces années reléguées
_____par le jour fugitif
__dans un passé où il les cèle.

Où donc ont fui Vénus, hélas ! carnation,
harmonieux maintien ? Qu’as-tu de celle, celle
_____qui, respirant l’amour,
__m’avait à moi-même arraché,

heureuse après Cinare – on savait les mimiques
de ton charmant minois ? Le destin a donné
_____peu d’années à Cinare,
__mais il te gardera longtemps,

Lycé, d’âge semblable à la vieille corneille,
pour que nos jeunes gars puissent voir, enjoués,
_____riant à pleine gorge,
__un flambeau qui n’est plus que cendre.


Audivere, Lyce, di mea vota, di
audivere, Lyce: fis anus, et tamen
____vis formosa videri
__ludisque et bibis impudens

et cantu tremulo pota Cupidinem
lentum sollicitas. Ille virentis et
____doctae psallere Chiae
__pulchris excubat in genis.

Importunus enim transvolat aridas
quercus et refugit te quia luridi
____dentes, te quia rugae
__turpant et capitis nives.

Nec Coae referunt iam tibi purpurae
nec cari lapides tempora, quae semel
____notis condita fastis
__inclusit volucris dies.

Quo fugit Venus, heu, quoue color, decens
quo motus? Quid habes illius, illius,
____quae spirabat amores,
__quae me surpuerat mihi,

felix post Cinaram notaque et artium
gratarum facies? Sed Cinarae brevis
____annos fata dederunt,
__servatura diu parem

cornicis vetulae temporibus Lycen,
possent ut iuvenes visere fervidi
____multo non sine risu
__dilapsam in cineres facem.


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Horace : il est doux parfois d’être fou (Iam veris comites, in Odes, IV, 12)

Compagnons du printemps, déjà les vents de Thrace
poussent les bâtiments sur la mer apaisée ;
plus de gel dans les prés ; plus de fleuves grondants,
_____gonflés de neiges hivernales.

L’hirondelle, pleurant Itys à voix contrite,
fait son nid, malheureuse, et sans cesse invective
la maison de Cécrops – s’étant vengée, cruelle,
_____des désirs barbares des rois.*

Dans le tendre gazon, les gardiens d’agneaux
dodus sur leurs pipeaux modulent des chansons,
dont le dieu se délecte à qui plaisent troupeaux,
_____noires collines d’Arcadie.

Cette saison, Virgile, nous ramène la soif,
mais si tu veux humer d’un cru que l’on pressa
à Calès : protégé de nobles jeunes gens,
_____paie de nard le prix de ton vin !**

Un petit pot de nard tirera le cruchon
des chais sulpiciens qui le gardent pour l’heure,
bon à rendre l’espoir et propre à effacer
_____les tracas et leur amertume.

Te rendant sans attendre à nos réjouissances,
apporte ton cadeau, car je n’ai pas envie
de te laisser toucher sans rien donner mes coupes
_____comme un riche à maison prospère.

Cesse d’atermoyer, laisse ton goût du lucre,
souviens-toi des feux noirs***, et tant que tu le peux,
mêle pour un moment sagesse et badinage :
_____il est doux parfois d’être fou.

*

* : Allusion à la légende de Philomèle et Procné ;  ** : les vins de Calès jouissaient d’une excellente réputation ; le sens global, à prendre sur le ton de la plaisanterie, est que Virgile, s’il veut boire en compagnie d’Horace à l’occasion du retour du printemps, doit payer son écot sous forme d’un petit pot de nard (en onyx, précise le texte latin – il s’agit d’un lieu commun de la poésie badine de cette époque, cf. Catulle Canabis bene apud me. *** : les feux noirs des bûchers funéraires.


Iam veris comites, quae mare temperant,
impellunt animae lintea Thraciae,
iam nec prata rigent, nec fluvii strepunt
____hiberna nive turgidi.

Nidum ponit, Ityn flebiliter gemens,
infelix avis et Cecropiae domus
aeternum obprobrium, quod male barbaras
____regum est ulta libidines.

Dicunt in tenero gramine pinguium
custodes ovium carmina fistula
delectantque deum, cui pecus et nigri
____colles Arcadiae placent.

Adduxere sitim tempora, Vergili;
sed pressum Calibus ducere Liberum
si gestis, iuvenum nobilium cliens,
____nardo vina merebere.

Nardi parvus onyx eliciet cadum,
qui nunc Sulpiciis accubat horreis,
spes donare novas largus amaraque
____curarum eluere efficax.

Ad quae si properas gaudia, cum tua
velox merce veni; non ego te meis
inmunem meditor tinguere poculis,
____plena dives ut in domo.

Verum pone moras et studium lucri,
nigrorumque memor, dum licet, ignium
misce stultitiam consiliis brevem:
____dulce est desipere in loco.


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Horace : « N’attends rien d’immortel » (Diffugere nives, in Odes, IV, 7)

Les neiges sont allées _voici qu’aux champs l’herbe repousse,
_____comme aux arbres les feuilles ;
la terre fait peau neuve _et en décrue les fleuves coulent
_____le long de leurs rivages ;
la Grâce et ses deux sœurs _en compagnie des Nymphes osent
_____conduire nues leurs chœurs.
« N’attends rien d’immortel » _prêche l’année comme le jour
_____clément que l’heure emporte.
Le zéphyr adoucit _les froids ; printemps foulé, l’été
_____mourra dès qu’à l’automne
fructifère afflueront _les récoltes, l’hiver inerte
_____va bientôt revenir.
Mais les dégâts du ciel _les lunes vite les réparent :
_____nous, lorsque nous tombons
où sont le vieil Énée _et le riche Tullus, Ancus,
_____sommes ombre et poussière.
Les dieux d’en haut _qui sait s’ils vont grossir de lendemains
_____la somme d’aujourd’hui ?
Un avide héritier _va saisir tout ce qu’en ami
_____tu te seras donné.
Lorsque tu seras mort _et que Minos t’aura rendu
_____sa sentence éclatante,
ni race, Torquatus _éloquence ni piété
_____ne te feront revivre ;
des enfers ténébreux _Diane ne libère point
_____le pudique Hyppolyte,
Thésée ne peut briser _les fers qui tiennent au Léthé
_____son cher Pirithoüs.


Diffugere nives, redeunt iam gramina campis
_____arboribusque comae;
mutat terra vices et decrescentia ripas
_____flumina praetereunt;
Gratia cum Nymphis geminisque sororibus audet
_____ducere nuda chorus.
Inmortalia ne speres, monet annus et almum
_____quae rapit hora diem.
Frigora mitescunt Zephyris, ver proterit aestas,
_____interitura simul
pomifer autumnus fruges effuderit, et mox
_____bruma recurrit iners.
Damna tamen celeres reparant caelestia lunae:
_____nos ubi decidimus
quo pater Aeneas, quo dives Tullus et Ancus,
_____puluis et umbra sumus.
Quis scit an adiciant hodiernae crastina summae
_____tempora di superi?
Cuncta manus avidas fugient heredis, amico
_____quae dederis animo.
Cum semel occideris et de te splendida Minos
_____fecerit arbitria,
non, Torquate, genus, non te facundia, non te
_____restituet pietas;
infernis neque enim tenebris Diana pudicum
_____liberat Hippolytum,
nec Lethaea valet Theseus abrumpere caro
_____vincula Pirithoo.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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