Giorgio Anselmo (1459 ?-1528) : L’anti-Narcisse

Qui est Giogio Anselmo ?


Évite la fontaine, au vu de ta figure,
Linus, et les sommets d’où découle une eau pure.
Tel Narcisse jadis – lui par amour de soi –,
T’y mirant tu mourrais – toi par haine de toi.


Cum tu facie tali, Line, ne pete fontem,
_Neu juga qua nitida defluit amnis aqua.
Adspiciens ne te (nimio Narcissus amore
_Ut quondam) ipse odio sic moriare tui.

(in Carmina selecta ex illustribus poetis saeculi decimiquinti et decimisexti [1732] p. 332) 

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Giulio Roscio (1550-1591) : Reflets sur l’eau d’une fontaine

Qui est Giulio Roscio ?

Ici repose au sûr, près de chutes chantantes,
La nymphe de ces lieux sous de souples rameaux.
Un roc saille, luisant, des cristallines eaux,
La vasque resplendit de nuances changeantes.
La source s’enrichit grandement du riant,
Charmant reflet que fait sur l’onde la déesse.
Un berger ébahi les contemple en détresse,
Oubliant d’apaiser sa soif dans le courant :
Tant ce cave reflet l’émeut, tant le fascine
Taillée en marbre dur, la figure divine.


NB1 : Je ne peux guère, sur Internet, renvoyer à une biographie de Giulio Roscio : je m’en tiendrai à ce que dit de lui Charles Nodier, qui le qualifie de « bon critique, élégant prosateur, et poète distingué ».
NB2 : Le thème de la fontaine est très fréquent en poésie néo-latine : une recherche sur ce blog en fera trouver de nombreuses occurrences. Celui du reflet ne l’est pas moins en poésie d’inspiration baroque (cf. ce qu’en dit Jean Rousset).

Hic molli indulgens tamno secura quiescit
__Nympha loci ad murmur dulce cadentis aquae.
Eminet in uitreo pellucens amne lapillus,
__Et concha e uario tincta colore micat.
Additur et fonti decus ingens : ipsa sub undis
__Pulchrior arridens reddit imago Deam.
Hic amens, stupidusque haerens miratur utramque
__Oblitus pastor fonte leuare sitim.
Tantum forma mouet uana sub imagine; tantum
__Excisa in duro marmore Diua potest.

(in Lusus pastorales)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Francesco Forzoni Accolti (1674-1708) : Scènes de vendanges

[…] L’Automne sort du sol sa tête porte-grappes
Et Pomone, prodigue, épanche sa puissance.
Déjà, le raisin doux pend aux pampres des vignes,
– Tes dons radient, Bacchus, en leur maturité.

Sans attendre, déjà bons gars et demoiselles,
Les mères et les brus, formant joyeuse troupe,
Retranchent à l’envi les raisins du bois tendre,
Les paniers peints chatoient des fruits de Bromius*.

L’un s’est coiffé de lierre, un autre de corymbes,
On plaisante, joyeux, on se parle à mots lestes ;
Le bel Amyntas mime un ballet de satyres ;
Damètre aux cheveux blonds les mêle de raisin.

Tityre et Lycidas, des tambourins en paume,
Courent partout ; la flûte et l’airain creux résonnent,
Tandis que la vendange écume à pleines lèvres,
Et que d’un pied vaillant Mopse presse le moût. […]

* : Il s’agit d’un des très nombreux surnoms de Bacchus.

[…] Uviferum Pater Autumnus caput exerit arvis,
Et pomona suas prodiga fundit opes.
Pampineis pendent jam dulces vitibus uvae,
Et matura nitent munera, Bacche, tua.
Haud mora : jam faciles pueri, innuptaeque puellae,
Matresque, et passim laeta caterva nurus,
Certatim e teneris decerpunt vitibus uvas,
Fructibus et Bromii picta canistra nitent.
Ille hedera crines praecingitur, ille corymbis,
Hic fundit laetis libera verba jocis,
Saltantes Satyros imitatur pulcher Amyntas,
Dametrae fulvas implicat uva comas.
Tityrus et Lycidas subductis tympana palmis
Percurrunt ; calamis, concavaque aera sonant.
Ergo dum plenis spumat vindemia labris,
Et Mopsus forti cum pede musta premit. […]

(in Carmina illustrium poetarum italorum, tome 4  [1719] pages 446-7)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Andrea Navagero (1483-1529) : Rocco Siffredi n’a qu’à bien se tenir…

Que fuis-tu donc, oui quoi, saloperie ?
Crains-tu le poids de mon artillerie ?
– Ou me crois-tu, plutôt, trop mal monté,
Trop chichement, pour toi, enquéquetté ?
Non, non, la miss, ne prends pas la tangente,
Car cet engin, à tes yeux maigre rente,
Mou, qui pendouille – un grenier à poussière ! –
Tripote-le de la bonne manière :
Il surgira, crête en chef, de son froc,
Et prendra telle ampleur – raide et duroc
Conjointement – que tu ne croiras pas
Que de moi c’est un bout, mais penseras
Que moi, plutôt, je suis un bout de lui.


Quid nam, pessima, quid fugis puella ?
Nostrae pondera num times columnae ?
An credor potius parum paratus
et parum tibi mentulatus esse.
Ne recte fuge, ne puella, ne ne !
Namque hic, qui tibi tantulus videtur
languens, pendulus atque araneosus,
idem, si digitis parum titilles,
cristatum caput exeret cucullo
tamque amplo pariter tumore crescet,
rectus turgidulusque ut esse nostri
jam pars non videatur hic, sed hujus
me possis potius putare partem.

(in Lusus, LXVI, in Carmina quinque illustrium poetarum [1548])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres textes d'Andrea
Navagero sur ce blog :
D'autres épigrammes obscènes
d'expression latine
de la Renaissance et de l'Antiquité sur ce blog :
%d blogueurs aiment cette page :