Horace : A Lydie (Lydia, dic, per omnis te deos oro, in Odes, I, 8)

Qui est Horace ?



¹ : Il s’agit d’une synecdoque (le tout pour la partie). La « bouche » désigne ici le cheval, d’origine gauloise, que Sybaris cherche à dompter au moyen d’un mors spécial, le frenum lupinum, équipé de « dents de loups ».

² : Il s’agit de l’huile d’olive dont s’oignaient les athlètes.


________Lydia, dic, per omnis
te deos oro, Sybarin cur properes amando
________perdere, cur apricum
oderit Campum, patiens pulveris atque solis,
________cur neque militaris
inter aequalis equitet, Gallica nec lupatis
________temperet ora frenis.
Cur timet flavum Tiberim tangere? Cur olivum
________sanguine viperino
cautius vitat neque jam livida gestat armis
________bracchia, saepe disco
saepe trans finem jaculo nobilis expedito?
________quid latet, ut marinae
filium dicunt Thetidis sub lacrimosa Troiae
________funera, ne virilis
cultus in caedem et Lycias proriperet catervas?


Les traductions originales de ce blog, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Goethe : Selige Sehnsucht / Bienheureuse aspiration



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Rainer Maria Rilke : Je veux être un jardin / Ich will ein Garten sein

Qui est Rainer Maria Rilke ?
Claude Monet : Au jardin, la famille de l’artiste (1875)


Je veux être un jardin près des sources duquel
les rêves abondants cueillent des fleurs nouvelles,
les unes se tenant retirées et songeuses,
d’autres unies en causeries silencieuses.

Et marchent-ils, je veux, au-dessus de leurs têtes
par des paroles bruire à la façon de faîtes
et se reposent-ils, je veux, par mon silence,
les entendre, engourdis, entrer en somnolence


(in Frühe Gedichte)

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Rainer Maria Rilke : Je suis si jeune / Ich bin so jung

Qui est Rainer Maria Rilke ?


Je suis si jeune. Je voudrais, à chaque son
qui bruit en me frôlant, m’offrir en un frisson,
et, asservi au vent qui plaisamment contraint,
tel la treille en surplomb de l’allée du jardin
mon désir enflammé veut mouvoir ses scions.

Et sans équipement je veux me rengorger
tant que je sentirai ma gorge se renfler.
Car il est temps de s’équiper pour les voyages
lorsque le jour, du prime froid de ces rivages
vers l’arrière-pays me fait me diriger.


Ich bin so jung. Ich möchte jedem Klange,
der mir vorüberrauscht, mich schaudernd schenken,
und willig in des Windes liebem Zwange,
wie Windendes über dem Gartengange,
will meine Sehnsucht ihre Ranken schwenken,

Und jeder Rüstung bar will ich mich brüsten,
solang ich fühle, wie die Brust sich breitet.
Denn es ist Zeit, sich reisig auszurüsten,
wenn aus der frühen Kühle dieser Küsten
der Tag mich in die Binnenlande leitet.

(in Frühe Gedichte)

Les traductions originales de ce blog, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Horace : Aimer la vie simple (Persicos odi puer)

Qui est Horace ?

L’ode en latin :

Les fastes d’Orient, mon garçon, je les hais
Et boude le tilleul que l’on tresse en couronne.
Cesse de t’enquérir en quels endroits pourrait
___S’attarder quelque rose d’automne.

Le myrte naturel, ne lui ajoute rien
Par zèle, je le veux : il n’est, le myrte, indigne
Ni de toi qui me sers ni de moi qui me tiens
___–Y buvant– sous le dais de ma vigne¹.

¹ : Dans l’Antiquité, la vigne se cultivait « en hautain » : on l’unissait à certains arbres, dans les branches desquels on la laissait se développer. L’ensemble, après taille, formait une tonnelle, comme dans l’illustration ci-dessus.

Persicos odi, puer, apparatus,
displicent nexae philyra coronae,
mitte sectari, rosa quo locorum
_____sera moretur.

Simplici myrto nihil adlabores
sedulus, curo: neque te ministrum
dedecet myrtus neque me sub arta
_____vite bibentem.

(in Odes, I, 38)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Catulle (84 av. J.-C. – vers 54 av. J.-C.) : Poème pour Ipsitille



Note sur cette traduction :

1. Cette traduction versifiée et rimée prend quelques licences par rapport à l’original. Celle en prose de Maurice Rat (éditions Garnier, 1931, pp. 49-51) est sans aucun doute plus fidèle (ne serait-elle pas aussi plus plate ?) : « Au nom de l’amour, ma douce Ipsithille, mes délices, charme de ma vie, invite-moi à venir chez toi l’après-midi. Y consens-tu ? Une grâce encore ! que ta porte ne soit pas fermée d’un verrou ; et ne va pas t’aviser de sortir : reste au logis, et prépare-toi à faire l’amour neuf fois de suite. Mais si tu dis oui, invite-moi aussitôt, car, étendu sur mon lit, après un bon dîner et couché sur le dos, je transperce et ma tunique et mon manteau. » Celle de  Charles Héguin de Guerle, pudiquement édulcorée, prête quant à elle à sourire.

2. Il n’est pas certain qu’Ipsitille soit, comme le pensent certains commentateurs, une prude jeune fille dont Catulle se fût épris. Il s’agit plutôt semble-t-il d’une courtisane, d’une « beauté complaisante », selon l’expression de l’excellent François Noël, fréquentée à l’occasion par le poète, le vocabulaire très cru employé vers la fin du poème (fututiones, pertundo) n’étant guère de mise à l’adresse d’une amoureuse tendrement chérie…


Les traductions originales de ce blog, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Tiburtinus (1er siècle après J.-C.) : Epigramme amoureuse (les feux de l’amour)



Note sur cette traduction :

Cette épigramme a été retrouvée à Pompéi, sur un des murs du « Petit théâtre ». Son auteur, qui la signe d’un « Tiburtinus epoese ( = ἐποίησε) », ne nous est pas autrement connu. Les premières syllabes de la partie gauche du texte sont partiellement effacées et ont été diversement reconstituées par les érudits. J’en ai gardé ce qui me semble le plus vraisemblable dans la logique poétique de l’opposition eau (larmes) / feu (amour).


Les traductions originales de ce blog, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Comme l’antique (à propos de Rien, le ciel peut-être, de Paloma Hermine Hidalgo, aux éditions Sans escale)

à la lune, dès l’aube, tu ordonnes, et elle obtempère.


Inédit : Rabouilleur

Qui est


Rabouillant dru pour l’écrevisse
au débouché de l’abattoir –
la buse abouche à la rivière
le sang des bêtes qu’on égorge –

appréhendant non loin des berges
les creux profonds gobeurs de cuisses :

pour la proie maigre au bout du compte
que l’on relâche : & l’orteil fixe
on scrute un vol de choucas gris
qu’on sait nicher au clocher proche
qu’un glas chahute.


Ce poème original, dû à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de le diffuser, à la condition expresse que le nom de l’auteur soit clairement indiqué.

Mark Strand (1934-2014) : La fin / The end

Qui est Mark Strand ?


Il n’est guère d’homme qui sache ce qu’il chantera, venue la fin,
Regardant, le navire s’éloignant, la jetée ni comment cela sera
Quand il sera tenu par la mer rugissante, immobile, là-bas, venue la fin,
Ni ce qu’il espèrera face à la certitude du retour impossible.

Quand est passé le temps de la taille des rosiers ou des caresses au chat,
Quand le couchant incendiant la pelouse, la pleine lune qui la givre,
Ont cessé de paraître, il n’est guère d’homme qui sache ce qu’à leur place il va trouver.
Quand le poids du passé ne prend appui sur rien, que le ciel

N’est plus qu’une lumière que l’on se remémore, que les histoires de cirrus
Et cumulus touchent à leur terme et que tous les oiseaux sont suspendus en vol,
Il n’est guère d’homme qui sache ce qui l’attend ni ce qu’il chantera
Quand le navire où il sera glissera parmi l’obscurité, là-bas, venue la fin.


Not every man knows what he shall sing at the end,
Watching the pier as the ship sails away, or what it will seem like
When he’s held by the sea’s roar, motionless, there at the end,
Or what he shall hope for once it is clear that he’ll never go back.

When the time has passed to prune the rose or caress the cat,
When the sunset torching the lawn and the full moon icing it down
No longer appear, not every man knows what he’ll discover instead.
When the weight of the past leans against nothing, and the sky

Is no more than remembered light, and the stories of cirrus
And cumulus come to a close, and all the birds are suspended in flight,
Not every man knows what is waiting for him, or what he shall sing
When the ship he is on slips into darkness, there at the end.

(in The Continuous Life: Poems [Alfred A. Knopf, 1990])

Les traductions originales de ce blog, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.