Prochaine publication (mi-juillet 2026)

Nathan Chytraeus (né Nathan Kochnafe) (1543-1598) : La violence de Violette

Qui est Nathan Chytraeus ?

Je croyais ton beau nom tiré de « violette »
Violette, le jour où mes yeux t’ont perçue.
Mais devant ton esprit, la beauté de ton dire,
L’ardeur de ton regard, tes mains vénusiennes :
« Violette » ? ai-je dit, « Non, le feu violent
Qui m’ard ne peut venir de fleurs, de violettes.
Trop vive est ta vigueur, sans rapport à la mienne :
Violence tu es, point Violette : adieu ! »


Nobile de violis te nomen habere putabam,
___Cognita quando oculis es, Violetta, meis.
Sed postquam ingenium sensi fandique leporem,
___Ardentes oculos, Cyprigenasque manus
Cedite iam violae dixi: violentius uror,
___Quam violae aut florum germina ferre queant.
Vis tibi maior inest et nostris viribus impar
___Sic violenta mihi, non Violetta, vale.


NB : L’épigramme développe une série de jeux de mots sur violette et violence (et d’autres termes commençant par vi-). C’est un sujet assez fréquent en poésie néo-latine. On le retrouve par exemple chez Nicolas Bourbon (1503-1550) en ces termes, très proches de ceux de Nathan Chytraeus :

Que veux-tu donc, par cet envoi de violettes ?
Que je brûle pour toi d’un feu plus violent ?
Faut-il, hélas, hélas ! que tu sois violente
Pour me violenter avec tes violettes !

Cur violas mittis? Nempe ut violentius urar.
Heu, violor violis, ô violenta, tuis.


Les traductions originales de ce blog, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Pline le Jeune : Amitié littéraire


Qui est Pline le Jeune ?


Mes opuscules que tu t’es empressé d’acquérir, tu me demandes de les faire relire et corriger. Je vais le faire. Est-il rien que je doive entreprendre de meilleur gré – surtout quand c’est toi qui m’y pousses ? Car lorsque un homme comme toi, des plus graves, des plus doctes, des plus diserts, de surcroît des plus occupés, bientôt gouverneur d’une grande province, accorde tant de valeur à mes écrits que de les emporter partout, combien dois-je veiller à ce que, dans ses bagages, cette part, comme inutile, ne l’embarrasse ! Je vais donc m’employer : d’abord à te faire trouver le plus grand charme à tes accompagnateurs, ensuite à te fournir à ton retour ceux que tu voudrais leur adjoindre. Car je ne prends pas à la légère qu’un lecteur de ta trempe ne m’exhortes à de nouveaux ouvrages. Bien à toi !


Petis ut libellos meos, quos studiosissime comparasti, recognoscendos emendandosque curem. Faciam. Quid enim suscipere libentius debeo, te praesertim exigente? Nam cum vir gravissimus doctissimus disertissimus, super haec occupatissimus, maximae provinciae praefuturus, tanti putes scripta nostra circumferre tecum, quanto opere mihi providendum est, ne te haec pars sarcinarum tamquam supervacua offendat! Adnitar ergo, primum ut comites istos quam commodissimos habeas, deinde ut reversus invenias, quos istis addere velis. Neque enim mediocriter me ad nova opera tu lector hortaris. Vale.

in Lettres, livre IV, 26


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Martial : Il y a vice et vice…

Qui est Martial ?



¹ : Il s’agit soit de Caton l’ancien, soit de Caton d’Utique, tous deux réputés s’adonner à la boisson, comme aussi Antoine, connu pour avoir maintes fois vomi son ivresse en public.


(in Epigrammes, II, 87)

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Rainer Maria Rilke : Es-tu lasse ? / Bist du so müd?

Qui est Rainer Maria Rilke ?


Es-tu lasse ? Je veux t’enlever doucement
À ce bruit, qui aussi de longtemps me déplaît.
Nous sommes écorchés sous le joug de ces temps.
Vois : derrière le bois où nous marchons tremblants
Le soir attend déjà tel un brillant palais.

Viens avec moi. De matin, nul n’en saura rien,
Et céans, ta beauté, nul quinquet ne l’espionne…
Ton parfum printanier traverse les coussins :
Le jour a déchiré le tout des rêves miens, —
Prends-les et derechef tresse-les en couronne.


(in Avent)

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Horace : À un navire (O navis, referent in mare te novi fluctus, in Odes, I, 14)





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Horace : A Lydie (Lydia, dic, per omnis te deos oro, in Odes, I, 8)

Qui est Horace ?



¹ : Il s’agit d’une synecdoque (le tout pour la partie). La « bouche » désigne ici le cheval, d’origine gauloise, que Sybaris cherche à dompter au moyen d’un mors spécial, le frenum lupinum, équipé de « dents de loups ».

² : Il s’agit de l’huile d’olive dont s’oignaient les athlètes.


________Lydia, dic, per omnis
te deos oro, Sybarin cur properes amando
________perdere, cur apricum
oderit Campum, patiens pulveris atque solis,
________cur neque militaris
inter aequalis equitet, Gallica nec lupatis
________temperet ora frenis.
Cur timet flavum Tiberim tangere? Cur olivum
________sanguine viperino
cautius vitat neque jam livida gestat armis
________bracchia, saepe disco
saepe trans finem jaculo nobilis expedito?
________quid latet, ut marinae
filium dicunt Thetidis sub lacrimosa Troiae
________funera, ne virilis
cultus in caedem et Lycias proriperet catervas?


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Goethe : Selige Sehnsucht / Bienheureuse aspiration



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Rainer Maria Rilke : Je veux être un jardin / Ich will ein Garten sein

Qui est Rainer Maria Rilke ?


Je veux être un jardin près des sources duquel
les rêves abondants cueillent des fleurs nouvelles,
les unes se tenant retirées et songeuses,
d’autres unies en causeries silencieuses.

Et marchent-ils, je veux, au-dessus de leurs têtes
par des paroles bruire à la façon de faîtes
et se reposent-ils, je veux, par mon silence,
les entendre, engourdis, entrer en somnolence


(in Frühe Gedichte)

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Rainer Maria Rilke : Je suis si jeune / Ich bin so jung

Qui est Rainer Maria Rilke ?


Je suis si jeune. Je voudrais, à chaque son
qui bruit en me frôlant, m’offrir en un frisson,
et, asservi au vent qui plaisamment contraint,
tel la treille en surplomb de l’allée du jardin
mon désir enflammé veut mouvoir ses scions.

Et sans équipement je veux me rengorger
tant que je sentirai ma gorge se renfler.
Car il est temps de s’équiper pour les voyages
lorsque le jour, du prime froid de ces rivages
vers l’arrière-pays me fait me diriger.


Ich bin so jung. Ich möchte jedem Klange,
der mir vorüberrauscht, mich schaudernd schenken,
und willig in des Windes liebem Zwange,
wie Windendes über dem Gartengange,
will meine Sehnsucht ihre Ranken schwenken,

Und jeder Rüstung bar will ich mich brüsten,
solang ich fühle, wie die Brust sich breitet.
Denn es ist Zeit, sich reisig auszurüsten,
wenn aus der frühen Kühle dieser Küsten
der Tag mich in die Binnenlande leitet.

(in Frühe Gedichte)

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