Hugo von Hofmannsthal (1874-1929) : Eux deux / Die Beiden

Qui est Hugo von Hofmannsthal ?

Elle portait le verre en main –
Bouche et menton comme lui pleins –
Si sûr et si léger son pas :
Le verre ne débordait pas.

À lui légère et forte main :
Il chevauchait une pouliche,
À qui il fit, comme on s’en fiche,
Stopper, pantelante, son train.

Mais, comme il devait de sa main
S’approprier le léger verre :
Ce fut pour eux par trop pesant.
Car tous les deux, ils tremblaient tant
Qu’à l’autre main nulle ne vint :
Et le vin noir roula par terre.


Sie trug den Becher in der Hand –
Ihr Kinn und Mund glich seinem Rand –,
So leicht und sicher war ihr Gang,
Kein Tropfen aus dem Becher sprang.

So leicht und fest war seine Hand:
Er ritt auf einem jungen Pferde,
Und mit nachlässiger Gebärde
Erzwang er, daß es zitternd stand.

Jedoch, wenn er aus ihrer Hand
Den leichten Becher nehmen sollte,
So war es beiden allzu schwer:
Denn beide bebten sie so sehr,
Daß keine Hand die andre fand
Und dunkler Wein am Boden rollte.

(in Die Gedichte [1924])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Hugo von Hofmannsthal (1874-1929) : Tercets / Terzinen

Qui est Hugo von Hofmannsthal ?

Je le ressens encor, leur souffle sur mes joues :
Ces jours proches, comment ont-ils pu disparaître,
Disparaître à jamais, s’en aller tout entiers ?

C’est une chose à quoi nul ne songe vraiment,
Et qui fait trop horreur pour qu’on vienne à s’en plaindre :
Qu’il n’est rien qui ne glisse et ne coule et ne passe.

Et que mon propre Moi, sans rien qui l’en empêche,
Soit en glissant passé de la petite enfance
À moi, comme un chien laid, muet et étranger.

Et puis : que je vivais déjà voilà cent ans,
Et que dans leur linceul mes ancêtres me sont
Aussi apparentés que mes propres cheveux,

Me sont aussi liés que mes propres cheveux.


Les heures ! quand fixant sur la clarté du bleu
De la mer le regard nous comprenons la mort,
Si légers, solennels, sans éprouver d’horreur,

Des fillettes semblant, d’apparence très pâle,
Et qui ont de grands yeux, et qui ont toujours froid,
Qui sans mot dire, un soir, regardent devant elles,

Et savent que la vie à présent sort de leurs
Membres saouls de sommeil et s’écoule en silence
Dans l’arbre et l’herbe, et souriant, se parent, lasses,

Comme une sainte fait, laissant couler son sang.


Nous sommes de ce bois dont les rêves sont faits,
Eux qui ouvrent les yeux de la même façon
Que les petits enfants dessous des cerisiers

À la cime desquels la pleine lune entame
Sa course d’or pâli parmi la grande nuit.
Ce n’est pas autrement que nos rêves émergent,

Qu’ils vivent, qu’ils sont là comme un enfant qui rit
Et sans être moins grands – qu’ils volent haut ou bas –
Qu’une lune en éveil, pleine, au sommet d’un arbre.

Les tréfonds sont ouverts à leurs travaux de trame ;
Comme les mains d’esprits dans un espace clos
Ainsi sont-ils en nous et sont toujours en vie.

Et homme, chose, rêve : à trois forment un seul.



Noch spür ich ihren Atem auf den Wangen:
Wie kann das sein, daß diese nahen Tage
Fort sind, für immer fort, und ganz vergangen?

Dies ist ein Ding, das keiner voll aussinnt,
Und viel zu grauenvoll, als daß man klage:
Daß alles gleitet und vorüberrinnt.

Und daß mein eignes Ich, durch nichts gehemmt,
Herüberglitt aus einem kleinen Kind
Mir wie ein Hund unheimlich stumm und fremd.

Dann: daß ich auch vor hundert Jahren war
Und meine Ahnen, die im Totenhemd,
Mit mir verwandt sind wie mein eignes Haar,

So eins mit mir als wie mein eignes Haar.


Die Stunden! wo wir auf das helle Blauen
Des Meeres starren und den Tod verstehn,
So leicht und feierlich und ohne Grauen,

Wie kleine Mädchen, die sehr blaß aussehn,
Mit großen Augen, und die immer frieren,
An einem Abend stumm vor sich hinsehn

Und wissen, daß das Leben jetzt aus ihren
Schlaftrunknen Gliedern still hinüberfließt
In Bäum’ und Gras, und sich matt lächelnd zieren

Wie eine Heilige, die ihr Blut vergießt.


Wir sind aus solchem Zeug, wie das zu Träumen,
Und Träume schlagen so die Augen auf
Wie kleine Kinder unter Kirschenbäumen,

Aus deren Krone den blaßgoldnen Lauf
Der Vollmond anhebt durch die große Nacht.
… Nicht anders tauchen unsre Träume auf,

Sind da und leben wie ein Kind, das lacht,
Nicht minder groß im Auf- und Niederschweben
Als Vollmond, aus Baumkronen aufgewacht.

Das Innerste ist offen ihrem Weben;
Wie Geisterhände in versperrtem Raum
Sind sie in uns und haben immer Leben.

Und drei sind Eins: ein Mensch, ein Ding, ein Traum.

(in Die Gedichte: Ausgabe 1924 [1924])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Hermann Hesse (1877-1962) : Vie d’une fleur / Leben einer Blume

Qui est Hermann Hesse ?

Hors du vert verticille, enfantine, angoissée,
regardant autour d’elle, elle ose à peine voir,
et sent une clarté l’accueillir, enjouée,
et jour, été, bleuir – sans en rien concevoir.

La flattent la clarté, le vent, le papillon,
en son premier sourire elle ouvre à l’existence
son cœur craintif, apprend à livrer sa présence
aux rêves successifs de sa courte saison.
Désormais, son teint brûle, elle rit pleinement,
et le pollen doré gonfle ses étamines,
elle s’instruit du feu des midis étouffants,
puis épuisée, au soir, vers les feuilles s’incline.

Sa corolle ressemble à la bouche ridée
qui tremble de vieillir des femmes d’âge mûr ;
son rire chaud s’évase, au fond duquel l’idée
se devine déjà d’excès, de dépôt sur.
Maintenant desséchés, pendent, s’effilochant
les pétales lassés au-dessus du carpelle.
Spectrales, les couleurs s’affadissent : le grand
secret tient la mourante et se presse contre elle.


Aus grünem Blattkreis kinderhaft beklommen
blickt sie um sich und wagt es kaum zu schauen,
fühlt sich von Wogen Lichtes aufgenommen,
spürt Tag und Sommer unbegreiflich blauen.

Es wirbt um sie das Licht, der Wind, der Falter,
im ersten Lächeln öffnet sie dem Leben
ihr banges Herz und lernt, sich hinzugeben
der Träumefolge kurzer Lebensalter.
Jetzt lacht sie voll, und ihre Farben brennen,
an den Gefäßen schwillt der goldne Staub,
sie lernt den Brand des schwülen Mittags kennen
und neigt am Abend sich erschöpft ins Laub.

Es gleicht ihr Rand dem reifen Frauenmunde,
um dessen Linien Altersahnung zittert;
heiß blüht ihr Lachen auf, an dessen Grunde
schon Sättingung und bittre Neige wittert.
Nun schrumpfen auch, nun fasern sich und hangen
die Blättchen müde überm Samenschoße.
Die Farben bleichen geisterhaft: das große
Geheimnis hält die Sterbende umfangen.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Un poème de jeunesse de Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Avent / Advent

Qui est Rainer Maria Rilke ?

L’hiver dans les bois le vent soufflant mène,
Pâtre, les troupeaux que font les flocons.
Maint sapin se voit dans quelques semaines
En sainte ferveur sous les lumignons.
Et prêtant l’oreille au dehors : de tendre
Aux chemins blanchis ses branches – paré,
D’éviter le vent, croissant pour se rendre
À l’unique nuit de la Majesté.


Es treibt der Wind im Winterwalde
die Flockenherde wie ein Hirt
und manche Tanne ahnt wie balde
sie fromm und lichterheilig wird;
und lauscht hinaus. Den weissen Wegen
streckt sie die Zweige hin – bereit
und wehrt dem Wind und wächst entgegen
der einen Nacht der Herrlichkeit.

(in Advent [1897])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Hermann Hesse (1877-1962) : Le Noël du vieil homme / Weihnachten des Alten

Qui est Hermann Hesse ?


Lorsque j’étais enfant, dans le temps de Noël,
Quel immense bonheur et jamais assouvi,
Dans l’odeur des bougies, au-dessous du sapin,
J’avais à m’amuser avec mes jouets neufs :
Livre illustré, cheval, petit train, violon !
Et même si bientôt tout jouet pâlissait
Et se banalisait, tout arbre de Noël
Était chaque fois neuf, était fête et merveille,
Me prenait chaque fois dans son cercle magique.

À présent, je ne joue à aucun nouveau jeu,
J’ai épuisé envie, éclat, j’ai accompli
Mon long cheminement plein de jouets cassés
Dont tintent les débris. Pourtant la nostalgie
Pour mes yeux peint encore une ultime et très haute
Merveille aux coloris charmants : l’ultime fête,
Sortir de l’univers de l’enfance et du jeu,
Entrer dans le suivant, puissamment désiré.

À toi je pense, quand le monde désempli
Tremblote à mon entour avec ses débris peints,
À toi je pense, ultime jeu, mort bien-aimée !
Encore vont briller les envies de l’enfance,
Encore va verdir l’arbre sec de Noël,
La merveille briller, pour qu’au fond du puits sombre
De mon cœur apeuré sourde à nouveau la joie.
Et entre les bougies et l’odeur de sapin
Et l’amoncellement de jouets démolis,
Viendra, sortant du noir empli de volupté,
Pour m’appeler : la voix lointaine de ma mère.


Als ich ein Knabe war, in Weihnachtszeiten,
Wie war ich selig da und unersättlich,
Im Duft der Kerzen mit dem neuen Spielzeug
Zu spielen unterm Tannenbaum: dem Ross,
Dem Bilderbuch, der Eisenbahn, der Violine!
Und wenn auch jedes Spielzeug bald erlosch
Und Alltag wurde, jeder Weihnachtsbaum
War wieder neu, war Fest und Wunder,
Umfing mich wieder mit dem Zaubernetz.

Heut weiß ich keine neuen Spiele mehr,
Erschöpft ist Glanz und Lust, der lange Weg
Liegt hinter mir, zerbrochenen Spielzeugs voll,
Die Scherben klirren. Doch die Sehnsucht malt
Mir einen letzten, höchsten Zauber noch
In holden Farben aus: das letzte Fest,
Den Ausgang aus der Spiel- und Kinderwelt,
Den Eingang in die nächste, tief ersehnt.

Dein denk ich, wenn die leergewordne Welt
Um mich mit ihren farbigen Scherben flirrt,
Dein denk ich, letztes Spiel, geliebter Tod!
Aufglänzen wird noch einmal Kinderlust,
Noch einmal wird der dürre Christbaum blüh´n
Und Wunder strahlen, dass im dunkeln Schacht
Das Herz von neuer Wonne bang erquillt.
Und zwischen Kerzenglanz und Tannenduft
Und all dem Wust zerbrochner Spielerei´n
Wird aus dem wonnevollen Dunkel
Die ferne Stimme meiner Mutter rufen.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Hermann Hesse (1877-1962) : Comme le vent gémissant / Wie der stöhnende Wind

Qui est Hermann Hesse ?

Comme le vent gémissant dans la nuit
Impétueux, mon désir va vers toi,
Est éveillé tout ce qui se languit –
Ô toi qui m’as à ces affres soumis,
Qu’est-ce que donc tu sais de moi !

J’éteins sans bruit mon tardif éclairage,
Veille, jouet d’une fièvre durable.
Et si la nuit a tout de ton visage
Parlant d’amour, le vent est à l’image
De ce tien rire inoubliable.


Wie der stöhnende Wind durch die Nacht
Stürmt mein Verlangen nach dir,
Jede Sehnsucht ist aufgewacht –
O du, die mich krank gemacht,
Was weißt du von mir !

Leise lösch ich mein spätes Licht,
fiebernde Stunden zu wachen,
Und die Nacht hat dein Angesicht,
und der Wind, der von Liebe spricht,
Hat dein unvergeßliches Lachen !


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Hermann Hesse (1877-1962) : Parce que je t’aime / Weil ich dich liebe

Qui est Hermann Hesse ?

Je me suis de nuit, parce que je t’aime,
Chuchotant rendu, farouche, chez toi,
Et pour empêcher que tu ne m’oublies,
J’ai, m’en revenant, emporté ton âme.

Elle est près de moi, m’appartenant toute,
Fût-ce dans le mal comme dans le bien ;
Et de mon amour brûlant et farouche
Nul ange n’est apte à te libérer.

NB : On peut entendre ici le poème, mis en musique et interprété par Schné Ensemble.

Weil ich dich liebe, bin ich des Nachts
So wild und flüsternd zu dir gekommen,
Und dass du mich nimmer vergessen kannst,
Hab ich deine Seele mitgenommen.

Sie ist nun bei mir und gehört mir ganz
Im Guten und auch im Bösen;
Von meiner wilden, brennenden Liebe
Kann dich kein Engel erlösen.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Hermann Hesse (1877-1962) : Au moment d’aller dormir / Beim Schlafengehen

Qui est Hermann Hesse ?

Las à présent de ma journée,
J’accueille, en mon désir ardent,
En ami la nuit constellée,
Pareil au las petit enfant.

Mains, délaissez ce que vous faites,
Cervelle, cesse de penser :
Tous mes sens à présent souhaitent
Dans le sommeil de se plonger.

Et l’âme ainsi qui se délivre,
À tire d’aile, librement,
Part dans la nuit magique vivre
Mille fois plus et pleinement.

NB : Il s’agit d’un des trois poèmes de Hermann Hesse mis en musique par Richard Strauss dans ses Vier letzte Lieder, ici par exemple dans l’interprétation de Renée Fleming et Claudio Abado).

Nun der Tag mich müd gemacht,
Soll mein sehnliches Verlangen
Freundlich die gestirnte Nacht
Wie ein müdes Kind empfangen.

Hände, lasst von allem Tun,
Stirn, vergiss du alles Denken,
Alle meine Sinne nun
Wollen sich in Schlummer senken.

Und die Seele, unbewacht,
Will in freien Flügen schweben,
Um im Zauberkreis der Nacht
Tief und tausendfach zu leben.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Métamorphose du mal / Verwandlung des Bösen

Qui est Georg Trakl ?

Automne : marche noire à l’orée du bois ; minute d’une destruction muette ; aux aguets le front du lépreux sous l’arbre nu. Soir d’un lointain passé, qui s’abîme à présent sur les degrés de mousse ; novembre. Une cloche sonne et le berger pousse au village un troupeau de chevaux noirs et roux. Sous la coudraie le chasseur vert étripe sa prise. Ses mains fument de sang et l’ombre de la bête soupire dans la ramure au-dessus des yeux de l’homme, brune et taciturne ; le bois. Des corneilles qui se dispersent ; trois. Leur vol pareil à une sonate, comble d’accords pâlis et de mélancolie virile ; un nuage doré se dissipe sans bruit. Près du moulin, de jeunes gars font un feu. Flamme : frère du plus pâle d’entre eux, riant enfoui sous ses cheveux de pourpre ; ou c’est un lieu du crime, où mène, y passant, un chemin de pierre. L’épine-vinette a disparu, l’année durant cela rêve dans l’air de plomb sous les pins sylvestres ; angoisse, verte obscurité, les gargouillis d’un qui se noie : de l’étang aux étoiles le pêcheur retire un grand, un noir poisson, face emplie de cruauté et de démence. Voix de roseaux, d’hommes en querelle dans son dos : ce qu’il berce dans sa barque rouge sur l’eau froidissante d’automne, vivant dans le dire sombre de sa race, les yeux ouverts, pierreux, sur nuits et terreurs virginales. Le mal.

Qu’est-ce qui te force à te tenir sur l’escalier croulé, dans la maison de tes pères ? Noir de plomb. Qu’est-ce que, de ta main d’argent, tu portes à hauteur d’yeux ; et tes paupières retombent comme ivres de pavot ? Mais à travers le mur de pierre tu vois le ciel, ses astres, la voie lactée, Saturne ; rouge. Frénétique, au mur de pierre l’arbre nu frappe. Toi sur les marches croulées : arbre, astre, pierre ! Toi, bête bleue, tremblant tout bas ; toi, prêtre blême, l’immolant sur l’autel noir. Ô ton sourire dans l’obscurité, triste et méchant, qu’en pâlit l’enfant qui dort. Une flamme rouge a jailli de ta main et un papillon nocturne s’y est brûlé. Ô la flûte de la lumière ; ô la flûte de la mort. Qu’est-ce qui t’a forcé à te tenir sur l’escalier croulé, dans la maison de tes pères ? En bas, de son doigt de cristal, un ange frappe à la porte.

Ô l’enfer du sommeil ; venelle obscure, brun jardinet. Tout bas résonne dans le soir bleu l’ombre de la morte. Vertes fleurettes l’entourant de volettements et elle a oublié son visage. Ou il se penche, pâli, sur le front froid du meurtrier, dans l’obscurité du couloir ; adoration, flamme pourpre de jouissance ; mourant, le dormeur tombait sur les marches noires dans l’obscurité.

Quelqu’un t’a laissé à la croix des chemins et longtemps tu regardes en arrière. Pas argentés dans l’ombre de petits pommiers rachitiques. Le fruit luit pourpre dans la ramure noire et dans l’herbe le serpent fait sa mue. Ô ! l’obscurité ; la sueur venue au front glacé, et les tristes rêves avinés, à l’auberge de village, sous les poutres enfumées de noir. Toi, terre sauvage encore, mage tirant, du nuage brun du tabac, des îles roses, et des tréfonds le cri sauvage d’un griffon, quand autour des récifs noirs il chasse en mer, tempête et glace. Toi, vert métal, avec à l’intérieur un visage enflammé, qui veut partir et de la colline aux os chanter les temps ténébreux et la chute flamboyante de l’ange. Ô ! désespoir, qui dans un cri muet tombe à genoux.

Un mort te rend visite. De ton cœur coule le sang dont il est source et dans le sourcil noir niche un indicible instant ; sombre rencontre. Toi – lune pourpre, quand il apparaît dans l’ombre verte de l’olivier. Le suit une nuit sans fin.


Herbst: schwarzes Schreiten am Waldsaum; Minute stummer Zerstörung; auflauscht die Stirne des Aussätzigen unter dem kahlen Baum. Langvergangener Abend, der nun über die Stufen von Moos sinkt; November. Eine Glocke läutet und der Hirt führt eine Herde von schwarzen und roten Pferden ins Dorf. Unter dem Haselgebüsch weidet der grüne Jäger ein Wild aus. Seine Hände rauchen von Blut und der Schatten des Tiers seufzt im Laub über den Augen des Mannes, braun und schweigsam; der Wald. Krähen, die sich zerstreuen; drei. Ihr Flug gleicht einer Sonate, voll verblichener Akkorde und männlicher Schwermut; leise löst sich eine goldene Wolke auf. Bei der Mühle zünden Knaben ein Feuer an. Flamme ist des Bleichsten Bruder und jener lacht vergraben in sein purpurnes Haar; oder es ist ein Ort des Mordes, an dem ein steiniger Weg vorbeiführt. Die Berberitzen sind verschwunden, jahrlang träumt es in bleierner Luft unter den Föhren; Angst, grünes Dunkel, das Gurgeln eines Ertrinkenden: aus dem Sternenweiher zieht der Fischer einen großen, schwarzen Fisch, Antlitz voll Grausamkeit und Irrsinn. Die Stimmen des Rohrs, hadernder Männer im Rücken schaukelt jener auf rotem Kahn über frierende Herbstwasser, lebend in dunklen Sagen seines Geschlechts und die Augen steinern über Nächte und jungfräuliche Schrecken aufgetan. Böse.

Was zwingt dich still zu stehen auf der verfallenen Stiege, im Haus deiner Väter? Bleierne Schwärze. Was hebst du mit silberner Hand an die Augen; und die Lider sinken wie trunken von Mohn? Aber durch die Mauer von Stein siehst du den Sternenhimmel, die Milchstraße, den Saturn; rot. Rasend an die Mauer von Stein klopft der kahle Baum. Du auf verfallenen Stufen: Baum, Stern, Stein! Du, ein blaues Tier, das leise zittert; du, der bleiche Priester, der es hinschlachtet am schwarzen Altar. O dein Lächeln im Dunkel, traurig und böse, daß ein Kind im Schlaf erbleicht. Eine rote Flamme sprang aus deiner Hand und ein Nachtfalter verbrannte daran. O die Flöte des Lichts; o die Flöte des Tods. Was zwang dich still zu stehen auf verfallener Stiege, im Haus deiner Väter? Drunten ans Tor klopft ein Engel mit kristallnem Finger.

O die Hölle des Schlafs; dunkle Gasse, braunes Gärtchen. Leise läutet im blauen Abend der Toten Gestalt. Grüne Blümchen umgaukeln sie und ihr Antlitz hat sie verlassen. Oder es neigt sich verblichen über die kalte Stirne des Mörders im Dunkel des Hausflurs; Anbetung, purpurne Flamme der Wollust; hinsterbend stürzte über schwarze Stufen der Schläfer ins Dunkel.

Jemand verließ dich am Kreuzweg und du schaust lange zurück. Silberner Schritt im Schatten verkrüppelter Apfelbäumchen. Purpurn leuchtet die Frucht im schwarzen Geäst und im Gras häutet sich die Schlange. O! das Dunkel; der Schweiß, der auf die eisige Stirne tritt und die traurigen Träume im Wein, in der Dorfschenke unter schwarzverrauchtem Gebälk. Du, noch Wildnis, die rosige Inseln zaubert aus dem braunen Tabaksgewölk und aus dem Innern den wilden Schrei eines Greifen holt, wenn er um schwarze Klippen jagt in Meer, Sturm und Eis. Du, ein grünes Metall und innen ein feuriges Gesicht, das hingehen will und singen vom Beinerhügel finstere Zeiten und den flammenden Sturz des Engels. O! Verzweiflung, die mit stummem Schrei ins Knie bricht.

Ein Toter besucht dich. Aus dem Herzen rinnt das selbstvergossene Blut und in schwarzer Braue nistet unsäglicher Augenblick; dunkle Begegnung. Du – ein purpurner Mond, da jener im grünen Schatten des Ölbaums erscheint. Dem folgt unvergängliche Nacht

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Au Mönchsberg / Am Mönchsberg

Qui est Georg Trakl ?

Où dans l’ombre des ormes automnaux la sente à l’abandon s’enfonce,
Loin des huttes feuillues, des bergers endormis,
Toujours succède au promeneur l’obscur aspect de la fraîcheur

Sur un sentier¹ ossu, la voix d’hyacinthe du garçon
Chuchotant, oubliée, la légende du bois,
Avec plus de douceur, maladive, à présent : la plainte farouche du frère².

Donc : un vert épars touche  au genou l’étranger,
Sa peau devenue pierre ;
Plus près, la source bleue bruit³ la plainte des femmes.


¹ : On peut aussi traduire Steg par passerelle, petit pont.
² : La syntaxe adoptée ici par Trakl est assez floue pour permettre plusieurs interprétations.

³ : Le verbe employé par Trakl (rauschen) est normalement en allemand aussi intransitif que l’est bruire en français. 

Wo im Schatten herbstlicher Ulmen der verfallene Pfad hinabsinkt,
Ferne den Hütten von Laub, schlafenden Hirten,
Immer folgt dem Wandrer die dunkle Gestalt der Kühle

Über knöchernen Steg, die hyazinthene Stimme des Knaben,
Leise sagend die vergessene Legende des Walds,
Sanfter ein Krankes nun die wilde Klage des Bruders.

Also rührt ein spärliches Grün das Knie des Fremdlings,
Das versteinerte Haupt;
Näher rauscht der blaue Quell die Klage der Frauen.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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