Reiner Maria Rilke (1875-1926) : Ce que les femmes chantent au poète / Gesang der Frauen an den Dichter

La Lecture (Henri Fantin-Latour, 1877)


Vois comme tout s’ouvre : ainsi sommes-nous
‒ Nous ne sommes rien que félicité.
Ce qui dans la bête était sang et ombre,
A poussé chez nous en âme et le cri

D’âme va plus loin. Cela crie vers toi,
Qui ne le saisis que dans ton visage,
Doucement, sans faim, comme un paysage.
Aussi pensons-nous que ce n’est pas toi

Vers qui cela crie. Mais n’es-tu pas l’homme
En qui pleinement nous pourrions nous perdre ?
Devenons-nous plus en quiconque d’autre ?

Ce qui n’a de fin s’écoule avec nous.
Toi, la bouche, sois : nous pourrons l’entendre.
Toi, toi qui de nous parles, oui, toi : sois.


Sieh, wie sich alles auftut: so sind wir;
denn wir sind nichts als solche Seligkeit.
Was Blut und Dunkel war in einem Tier,
das wuchs in uns zur Seele an und schreit

als Seele weiter. Und es schreit nach dir.
Du freilich nimmst es nur in dein Gesicht
als sei es Landschaft: sanft und ohne Gier.
Und darum meinen wir, du bist es nicht,

nach dem es schreit. Und doch, bist du nicht der,
an den wir uns ganz ohne Rest verlören?
Und werden wir in irgend einem mehr?

Mit uns geht das Unendliche vorbei.
Du aber sei, du Mund, daß wir es hören,
du aber, du Uns-Sagender: du sei.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Reiner Maria Rilke (1875-1926) : Aubade orientale / Östliches Taglied

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Ne ressemble-t-il pas, ce lit, à une côte,
à juste un bout de côte, où nous sommes couchés ?
Il n’est rien de certain ‒ que ta haute poitrine
qui vers mon ressenti monte dans un vertige.

Car cette nuit qu’il fut si vastement crié,
où le règne animal s’appelle et se déchire,
n’est-elle pas pour nous horrible, étrangère ? ‒ Et :
ce qui dehors se lève avec lenteur ‒ le « jour » ‒,
est-il pour nous plus qu’elle aisé de le comprendre ?

L’on devrait s’imbriquer l’un dans l’autre à l’image
des pétales de fleurs autour des étamines ;
tant abonde partout ce qui n’a de mesure,
tant cela s’accumule et vient fondre sur nous.

Mais tandis que tous deux nous nous serrons l’un l’autre
afin de ne pas voir le si proche alentour,
il se peut que de toi ou de moi cela sorte :
nos âmes en effet vivent de trahison.


Ist dieses Bette nicht wie eine Küste,
ein Küstenstreifen nur, darauf wir liegen?
Nichts ist gewiß als deine hohen Brüste,
die mein Gefühl in Schwindeln überstiegen.

Denn diese Nacht, in der so vieles schrie,
in der sich Tiere rufen und zerreißen,
ist sie uns nicht entsetzlich fremd? Und wie:
was draußen langsam anhebt, Tag geheißen,
ist das uns denn verständlicher als sie?

Man müßte so sich ineinanderlegen
wie Blütenblätter um die Staubgefäße:
so sehr ist überall das Ungemäße
und häuft sich an und stürzt sich uns entgegen.

Doch während wir uns aneinander drücken,
um nicht zu sehen, wie es ringsum naht,
kann es aus dir, kann es aus mir sich zücken:
denn unsre Seelen leben von Verrat.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Reiner Maria Rilke (1875-1926) : Sacrifice / Opfer

jeune femme


Oh comme est fleurissant mon corps, que chaque veine
Exhale de parfums depuis ta connaissance !
Regarde, je me tiens, marchant, plus droit, plus mince,
Et tu ne fais qu’attendre ‒ : oh, dis, qui donc es-tu ?

Regarde, je me sens comme loin de moi-même,
Comme si je perdais, feuille à feuille, mon âge.
Ton sourire, et lui seul, comme une pure étoile,
Est au-dessus de toi ‒ aussi bientôt de moi.

Tout ce qui, remontant de mes années d’enfance,
Est encore innommé, brillant comme de l’eau,
C’est ton nom que je veux lui donner sur l’autel
Qui sous ta chevelure est un embrasement,
Et porte ta poitrine en légère couronne.


O wie blüht mein Leib aus jeder Ader
duftender, seitdem ich dich erkenn;
sieh, ich gehe schlanker und gerader,
und du wartest nur -: wer bist du denn?

Sieh: ich fühle, wie ich mich entferne,
wie ich Altes, Blatt um Blatt, verlier.
Nur dein Lächeln steht wie lauter Sterne
über dir und bald auch über mir.

Alles was durch meine Kinderjahre
namenlos noch und wie Wasser glänzt,
will ich nach dir nennen am Altare,
der entzündet ist von deinem Haare
und mit deinen Brüsten leicht bekränzt.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Reiner Maria Rilke (1875-1926) : L’Ange du méridien (cathédrale de Chartres)

ange du méridien


Dans la trombe assaillant la forte cathédrale
Comme un dénégateur qui pense et qui repense,
On se sent tout à coup plus tendrement guidé,
Du fait de ton sourire, en ta direction :

Toi l’ange qui souris, figure qui ressent,
Et dont la bouche unique est faite de cent bouches :
Ne remarques-tu point comment pour toi nos heures
Vont glissant tout le long du plein cadran solaire,

Où le nombre du jour se tient, entier, ensemble,
Pareillement réel, en profond équilibre,
Toute heure étant tenue, croit-on, pour mûre et riche ?

Que sais-tu, toi qui es de pierre, de notre être ?
Ton visage est peut-être encor plus radieux,
Quand entrant dans la nuit, tu montres le cadran.


Im Sturm, der um die starke Kathedrale
wie ein Verneiner stürzt der denkt und denkt,
fühlt man sich zärtlicher mit einem Male
von deinem Lächeln zu dir hingelenkt:

lächelnder Engel, fühlende Figur,
mit einem Mund, gemacht aus hundert Munden:
gewahrst du gar nicht, wie dir unsre Stunden
abgleiten von der vollen Sonnenuhr,

auf der des Tages ganze Zahl zugleich,
gleich wirklich, steht in tiefem Gleichgewichte,
als wären alle Stunden reif und reich.

Was weißt du, Steinerner, von unserm Sein?
und hältst du mit noch seligerm Gesichte
vielleicht die Tafel in die Nacht hinein?

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Reiner Maria Rilke (1875-1926) : La Panthère du Jardin des Plantes / Der Panther


Les barreaux passent et repassent : son regard
En est tellement las qu’il ne retient plus rien.
Il lui semble y avoir un millier de barreaux,
Et derrière ces mille barreaux : point de monde.

La démarche apathique aux pas souplement forts
Qui tourne sur soi-même en un tout petit cercle,
Est comme danse de puissance autour d’un centre
Où se tient, hébétée, une volonté grande.

À peine quelquefois le rideau des pupilles
Sans bruit se lève-t-il : une image y pénètre,
Traverse le silence en tension des membres,
Et dans le cœur s’arrête d’être.


Sein Blick ist vom Vorübergehn der Stäbe
so müd geworden, dass er nichts mehr hält.
Ihm ist, als ob es tausend Stäbe gäbe
und hinter tausend Stäben keine Welt.

Der weiche Gang geschmeidig starker Schritte,
der sich im allerkleinsten Kreise dreht,
ist wie ein Tanz von Kraft um eine Mitte,
in der betäubt ein großer Wille steht.

Nur manchmal schiebt der Vorhang der Pupille
sich lautlos auf -. Dann geht ein Bild hinein,
geht durch der Glieder angespannte Stille –
und hört im Herzen auf zu sein.

(in Neue Gedichte, 1907)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Pétrone (14-66 ap. J.-C.) : Scène de plage

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Qui ne veut tôt mourir ni forcer le destin
À trancher brusquement le fil fin de la vie,
N’aille pas s’exposer à la mer orageuse.
Sans danger le ressac vient lui mouiller les pieds ;
La moule est ballottée parmi les algues vertes ;
Sourdement, bruit, traîné, le visqueux coquillage ;
Le sable se rétracte où la vague a roulé ;
Tiré du sol raclé, le galet y contraste.
Chacun peut y marcher ; sur le rivage, au sûr,
Jouer ; juger que c’est, la mer, juste cela.


Qui non uult properare mori nec cogere fata
Mollia praecipiti rumpere fila manu,
Hactenus iratum mare nouerit. Ecce refuso
Gurgite securos subluit unda pedes,
Ecce inter uirides iactatur mytilus algas,
Et rauco trahitur lubrica concha sono.
Ecce recurrentes qua uersat fluctus harenas,
Discolor attrita calculus exit humo.
Haec quisquis calcare potest, in litore tuto
Ludat et hoc solum iudicet esse mare.

(in Anthologia latina [Alexander Riese éd. 1869])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

L’oreille qui siffle (attribué à Pétrone ; ou à Sénèque ; ou à Virgile)

parler à l'oreille


« Toute la nuit l’oreille et me babille et siffle ;
Tu dis que c’est quelqu’un ‒ qui donc ? ‒ qui pense à moi ?
― Tu veux savoir qui c’est ? Si l’oreille te siffle,
Siffle toute la nuit : c’est Délie qui te parle. »
Aucun doute : Délie me parle ‒ un faible souffle
Me parvient, qui frémit, doux, d’un léger murmure.
C’est ainsi qu’à voix basse et dans un chuchotis,
Délie rompt le silence intime de la nuit,
Ainsi qu’en accolant du tendre de ses bras
Elle coule ses mots dans l’oreille attentive.
C’est elle : j’ai perçu l’écho de sa vraie voix,
Un son plus caressant tinte en ma fine oreille.
De grâce, continue, susurre tout du long !
Je déplore, en parlant, déjà que tu te taises.


‘Garrula quod totis resonat mihi noctibus auris,
Nescio quem dicis nunc meminisse mei?’
‘Hic quis sit, quaeris? resonant tibi noctibus aures:
Et resonant totis: Delia te loquitur.’
Non dubie loquitur me Delia : mollior aura
Venit et exili murmure dulce fremit.
Delia non aliter secreta silentia noctis
Submissa ac tenui rumpere uoce solet,
Non aliter teneris colium complexa lacertis
Auribus admotis condita uerba dare.
Agnoui: uerae uenit mihi uocis imago,
Blandior arguta tinnit in aure sonus.
Ne cessate, precor, longes gestare susurros!
Dum loquor haec, iam uos opticuisse queror.

(in Anthologia latina [Alexander Riese éd. 1869])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Publius Terentius Varro Atacinus (82 [?] av. J.-C. – 37 av. J.-C.) (attribué à) : Trois épigrammes

ivrogne


Un ivrogne impuissant

Tu baises fréquemment, sans relâche, à foison,
Sans épargner ta peine ‒ à part lorsque pompette
Tu y vas de tes pleurs : tu ne vaux pas tripette
Pour la bourre, amolli par l’excès de boisson.
Lucinus, mes conseils : ou freine tes baisades
Et continue de boire et chouine aux débandades,
Ou cesse de baiser ‒ pour ça, prends du poison.


Début, fin de l’amour

Par quel malheur poussé faut-il que je divorce !
Un pareil sacrilège outrepasse ma force :
C’est la décision, l’impulsion de feu
De quelque destinée ou bien de quelque dieu.
Qui croirait vains les dieux ? Pour dire vrai, Délie :
Amour à toi me donne ‒ et de toi me délie.


En amour, on se tait

Je dois ‒ juré, craché ‒ te promettre, Galla,
De me taire. En retour, jure-moi que ta pomme
N’en parlera pas plus (oui oui, c’est lex dura…)
Sauf si tu veux, Galla, en parler à un homme.


Saepius futuis nimisque semper,
Nec parcis, nisi forte ebriatus
Effundis lacrimas, quod esse moechus
Multo non ualeas mero subactus.
Plura ne futuas, peto, Lucine;
Aut semper bibe taediumque plange,
Aut, numquam ut futuas, uenena sume.


Nescio quo stimulante malo pia foedera rupi.
Non capiunt uires crimina tanta meae.
Institit et stimulis ardentibus inpulit actum
Siue fuit fatum, seu fuit ille deus.
Arguimus quid uana deos? uis, Delia, uerum?
Qui tibi me dederat, idem et ademit: amor.


Juratum tibi me cogis promittere, Galla,
Ne narrem. Jura rursus et ipsa mihi,
Ne cui tu dicas (nimium est lex dura, remittam),
Praeterquam si uis dicere, Galla, uiro! 

(in Anthologia latina [Alexander Riese éd. 1869])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Rainer Maria Rilke (1875-1926) : « Tranquille ami des nombreux lointains »

cloche


Tranquille ami des nombreux lointains, sens
Combien ton souffle accroît l’espace encore.
Dans la charpente des beffrois obscurs,
Laisse-toi donc sonner. Ce qui te ronge,

Ainsi nourri, en force se transforme.
Va donc et viens dans la métamorphose.
De quelle épreuve as-tu le plus souffert ?
S’il t’est amer de boire, fais-toi vin.

Dans cette nuit de démesure, sois
Force magique au croiser de tes sens,
Et sens de leur rencontre inusuelle.

Et si le globe un jour t’a oublié,
À la tranquille terre, dis : je coule,
À l’eau rapide, parle et dis : je suis.


Stiller Freund der vielen Fernen, fühle,
wie dein Atem noch den Raum vermehrt.
Im Gebälk der finstern Glockenstühle
laß dich läuten. Das, was an dir zehrt,

wird ein Starkes über dieser Nahrung.
Geh in der Verwandlung aus und ein.
Was ist deine leidendste Erfahrung?
Ist dir Trinken bitter, werde Wein. 

Sei in dieser Nacht aus Übermaß
Zauberkraft am Kreuzweg deiner Sinne,
ihrer seltsamen Begegnung Sinn.  

Und wenn dich das Irdische vergaß,
zu der stillen Erde sag: Ich rinne.
Zu dem raschen Wasser sprich: Ich bin.

(in Sonette an Orpheus [1922])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

On parle sur la Toile d’Icare au labyrinthe

Icare


Entretien avec Pierre Perrin : « Vous savez, on est toujours des héritiers : on ne peut pas écrire ex nihilo, sans avoir lu, et l’avantage de mon âge ‒ je vais avoir soixante ans ‒, c’est qu’on a eu le temps de beaucoup lire et de beaucoup relire. J’ai pleinement conscience que mon écriture est aux marges de ce qu’on publie de nos jours, et de ce qu’on lit. C’est aussi là que je situe mon Icare : dans les marges, dans les limbes ; dans les coulisses d’un opéra que Gaston Leroux savait peuplé de machineries et de fantômes ‒ « fantômes » c’est d’ailleurs le dernier mot du livre. »


Jacques Josse : Lionel-Édouard Martin conduit son récit à sa main, le frottant aux paysages, à l’étymologie des noms de lieux, aux plaisirs du palais et à certains faits rattachés à l’histoire des localités traversées. […] Les dialogues fusent. Qui rythment une narration bien moins désinvolte qu’il n’y paraît. L’écrivain la manie à la perfection. Il s’y montre à son aise, brouillant les pistes ou clarifiant les choses, selon l’envie ou la nécessité.


Zazymut : La nostalgie y est légère avec l’autodérision qui lui sied à merveille. La vigueur des éclats de rire, des échanges verbaux se font un beau chemin dans le labyrinthe de l’auteur. Lionel-Edouard Martin tisse les mots pour relier les géographies, lier les opposés.


Grégory Mion : Voici peut-être l’une des questions les plus délicates de la création littéraire : comment le personnage vient à l’esprit du romancier et comment ce même romancier finit par s’en défaire après l’avoir longuement apprécié ? Loin de proposer un traitement scolaire de cette énigme, Lionel-Édouard Martin, dans son nouveau roman, emploie un dispositif habile où il se met lui-même en scène en train de dialoguer avec son personnage, comme une sorte de Socrate qui inventerait son propre interlocuteur après avoir éprouvé toute la jeunesse philosophique d’Athènes.


Pierre-Charles Kaladji : Cette écriture « qui fait la boule », vivant de mouvements ophidiens, se rétractant et se dénouant dans la phrase au rythme des syllabes, peu à peu, nous fait entrer dans autre chose qu’un simple effet de style. Progressivement, on s’aperçoit qu’Icare au labyrinthe est une tentative de poème dans le roman. On a pu aimer le style poétique de Céline, Proust, Aragon, Gracq, Giono ou Cendrars mais il me semble ici qu’on avance un cran plus loin, cette invention de la langue (au sens religieux et au sens technique du terme) au sein de la narration d’un roman qui apprend à naître, tout cela pourrait nous conduire à abuser du vocable de « proème » inventé par Francis Ponge pour tenter de révéler le genre littéraire auquel appartient Icare au labyrinthe.


Michel Gros-Dumaine : Et çà dit, çà s’accroche au souvenir, çà collectionne les lieux, les itinéraires comme un retour à une psychogéographie oubliée, çà rempli l’espace laissé vide par l’arbre mort et abattu, çà gronde la beauté du monde, çà dépèce le vivant, tripes et boyaux, çà rechigne au grand vide contemporain des arts et des lettres, çà mange, çà boit.


Pierre-Vincent Guitard : Un roman qui contribue à donner à la littérature française des perspectives que l’on croyait disparues.


Marc Villemain : Ce qu’il y a de très beau dans ce roman, c’est cela : tout ce qui persiste à lier, relier ces deux êtres qu’en apparence tout oppose. Que le vieil homme ait un faible pour la jeunesse, voilà qui ne surprendra personne ; il était moins évident que cette jeune fille aussi moderne trouvât autant d’agrément à la présence du vieil homme. Or, Lionel-Edouard Martin a su montrer que la chose était possible : que les générations ne s’opposent peut-être pas autant qu’on veut bien le dire, et qu’elles s’épient plutôt, se dévisagent, se jaugent dans un mouvement mutuel d’apprivoisement. D’où la grande beauté, la grande sensibilité de cette relation.

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