Kathinka Zitz-Halein (1801-1877) : Le poète / der Dichter

Qui est Kathinka Zitz-Halein ?


C’est le sort du poète, à lui seul imparti,
Que de haut s’élever au-dessus du vulgaire
Du fait que dans sa vie, il vit d’imaginaire,
Se tenant au plus près du céleste parvis.

La parole divine en ses mots retentit,
Le spleen et ses génies volètent sur son aire,
Et le Beau dont le ciel l’a fait dépositaire
Expire dans ses vers faits de rêve et dépit.

De douces harmonies émanent de sa bouche
Et ses mots au complet sont des sensations
Qu’éprouvent mêmement l’envie et la blessure.

Jamais nulle bassesse ici-bas ne le touche,
Car il va librement vers de beaux horizons,
Bellement couronné de sa gloire future.


Nur dem Dichter ist das Loos geworden,
Über And’re hoch sich zu erheben,
Denn er lebt ein Phantasieenleben,
Näher steht er an des Himmels Pforten.

Sprach’ der Gottheit tönt aus seinen Worten,
Genien der Wehmut ihn umschweben,
Was der Himmel Schönes ihm gegeben,
Haucht er aus in sehnenden Akkorden.

Seiner Lipp’ entströmen sanfte Lieder,
Alle seine Worte sind Gefühle
Die der Schmerz und auch die Lust empfunden.

Niedriges zieht nimmer ihn hernieder,
Denn er wandelt frei zum schönen Ziele,
Mit des Nachruhms schönem Kranz umwunden.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Elke Engelhardt (née en 1966) : Pour que les jours commencent convenablement / Die Tage mit Anstand beginnen lassen


Faire le poirier
pour, les bougeant, mettre en lumière les choses
(question de perspective).
Juste encore quelques pages d’un livre ouvert :
la certitude alors disparaîtra,
et avec la certitude la seconde peau faite de mauvaises réponses.
Les questions qui se poseront alors sur la peau à vif et qui feront mal,
les supporter jusqu’à pouvoir admettre :
c’est là la réponse.


Einen Kopfstand machen,
um die Dinge ins rechte Licht zu rücken
(eine Frage der Perspektive).
Nur noch wenige Seiten eines offenen Buches,
dann wird die Gewissheit verschwinden,
und mit der Gewissheit die zweite Haut aus falschen Antworten.
Die Fragen, die sich dann schmerzhaft auf die rohe Haut legen
aushalten, bis man zugeben kann:
das ist die Antwort.

(Publié ce jour [16 mai 2020] dans Fixpoetry)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Christine Rainer (née en 1970) : mots pommes / apfelwörter


manger une pomme tous les jours de l’année
déposer avec soin les pépins dans un verre
avec ça leur donner des mots d’amour
lumière et eau de terre
leur donner un petit savoir
ils dormiront l’hiver durant
ils rêveront des mots
aspirés en leurs tréfonds
au printemps lentement éveillés
lumière et eau les feront croître
dans le pépin les mots minimes
s’en vont mûrir gagnant la cime
le bout des feuilles les bourgeons tendres
les abeilles en feront la récolte et
les dissémineront entends-tu leur bourdon
elles œuvrent à des histoires
multicolores et multiformes
le vent prête curieux l’oreille
les emporte au loin loin loin

übers jahr jeden tag einen apfel essen
die kerne sorgsam ins glas legen
lieblingswörter dazu geben
die von erde wasser und licht
eine kleine ahnung geben
sie werden den winter verschlafen
von den wörtern träumen
sie aufsaugen ins innerste
im frühling langsam erwachen
wasser und licht ziehen sie groß
die winzigen wörter im kern
werden reifen bis in die krone
die blätterspitzen die weichen blüten
die bienen werden sie ernten und
verteilen hörst du sie summen
sie arbeiten an den geschichten
in tausend farben und formen
der wind lauscht neugierig
trägt sie weit und weiter

(publié ce jour [14 mai 2020] dans Fixpoetry)

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Angela Lohausen (née en 1979) : grand-père / opa


l’été c’était wdr4 ambre solaire
ta barbe tendrement m’égratignait la joue
nous dansions kalinka au travers du salon
jusqu’à ce que grand-mère appelle pour la messe

tes cris nuptiaux troublaient les chevêches, les chauves-souris
se taisaient tout-à-coup
dissimulés dans des tranchées des trous d’obus
nous nous terrions devant l’invisible ennemi

dans l’automnal petit bois de l’Eifel
je respirais feuillage et mousse
goûtais à la paix d’un terroir


der sommer war wdr 4 und tiroler nussöl
wenn dein bart mein wange zärtlich kratzte
tanzten wir kalinka durch die gute stube
bis oma zum kirchgang rief

deine balzrufe verwirrten käuzchen und fledermäuse
verstummten jäh
in schützengräben bombenlöchern hinterhalten
wenn wir vor dem unsichtbaren feind uns duckten

im herbstlichen eifelwäldchen
war mein atem laub und moos
schmeckte ich erdigen frieden


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Lisbeth Eisner (1867-1949) : Je vais t’abattre / Ich will dich erschlagen


« Je vais t’abattre !

Moi ! Penthésilée »

Et de piquer des deux.

En bond de mort se dresse
sabot luisant un destrier.
Achille frémit : son trait se teinte
d’un sang bouillant coulant de cœur.
Deux bras à nu,
parés d’armilles,
choient près de lui –
plus jamais ne montera,
plus jamais ne se battra
Penthésilée.

Achille se terra dans sa tente
trois jours durant.
Son cœur fut à jamais souffrant.
C’est ainsi qu’abattit le héros
Penthésilée.

 


« Ich will dich erschlagen!

Ich! Pentesilea! »

Sie sprengt heran.

Im Todessprung steigt
hufblitzend ein Roß.
Achilles schaudert: sein Geschoß
färbt sich in heißem Herzblut.
Zwei nackte Arme,
ringgeschmückt,
fallen zur Seite –
Nie wieder reitet,
nie wieder streitet
Pentesilea.

Achilles barg sich in seinem Zelt
drei Tage lang.
Sein Herz blieb ihm für immer krank.
So schlug den Helden
Pentesilea.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : printemps (en français dans le texte)

Qui est Kathrin Bach ?


comme nous aimons la mer
nous nous faisons des minivagues

je recueille tes cils
comme des dents de lait

spleen en standby / la lune idoine
question couleur, une paupière

04 heures 50 : le soir qui tombe

& là jardin d’hiver en tête
nous faisons ça printemps senti

crocus fichés en bouche
nous mâchons trois minutes


weil wir das meer lieben
machen wir uns wellen ins haar

ich sammle deine wimpern
wie milchzähne

die sehnsucht auf standby / der mond
farblich passend, ein augenlid

04:50 uhr: dämmerung

& dann wintergarten im kopf
wir machen so auf frühlingsgefühl

stecken uns krokusse in den mund
u. kauen 3 minuten


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : bêtes d’orage / gewittertiere

Qui est Kathrin Bach ?


excluant à pleins muscles
& ligaments le monde
jusqu’aux éclairs
nous demeurons au sec assis

moi orvet
toi rongeur & pâtée sèche
l’attente sacs de sable en bordure d’Oder

enfin la pluie popcorn
sur vitre éclatement de maïs
déglutir point, je puis juste mâcher

l’après-midi TV clignant écran
pas de fleur à arroser
plus tard présentateur
& au jardin plantation de tomates


eskapismus in den muskeln
& sehnen
bis es blitzt
sitzen wir im trockenen

ich blindschleiche,
du nagetier & trockenfutter
das warten sandsäcke an der oder

der regen schließlich popcorn
auf glas platzender mais
schlucken nicht, bloß kauen kann ich

der nachmittag flimmerndes fernsehbild
keine blumen zu gießen
später nachrichtensprecher
& im garten tomatenpflanzen


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : KOOG

Qui est Kathrin Bach ?


ces jours-ci tu n’arrêtes pas
comme il n’y a plus de rues
tu dois en faire une autre
sacs de sable devenus bêtes
phoques nombreux bien nourris
je me mets à essorer contre peau
tu trimes de jour de nuit l’eau coule
fouille les maisons cherche des nageurs
j’apprends dehors à me servir
de ma langue comme chauffe-liquide
pour qu’ait chaud le frai tu
dois derechef t’attaquer au sec


in diesen tagen setzt du nicht ab
es gibt keine straßen mehr
also musst du eine neue bauen
die sandsäcke sind tiere geworden
gut genährte seehunde zuhauf
ich fange an die haut zu wringen
du arbeitest tags nachts fließt wasser
durchsucht die häuser nach schwimmern
draußen lerne ich meine zunge
als tauchsieder zu benutzen
damit der laich es warm hat du
musst erneut mit dem trocknen beginnen


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Elke Erb (née en 1938) : Pause blanche / Weisse Pause

Qui est Elke Erb ?


Jetant un œil au petit arbre en fleurs,
je vis ses mille blancs silencieux et figés,

comme brillants sur le ciel,
figés, étranges, gardant silence,

puis, en haut dans la chambre
je me suis rappelé

comme dans mon enfance, à la campagne,
de la cuisine je regardais, figée,

par trop tomber, tomber
la neige. Une drogue un peu.

Une attirance. Qui dévore et qui dure.
Un regard immobile

de retour vers le peu familier.
Liberté comme étrangeté, millier,

car sans conteste tout était là figé,
pierres en tas, rond des pommes, orge aux rats.

Toutefois l’œil y gagnait
le maisonnier¹ de la maison…

¹ : Je traduis ainsi, par cet adjectif un peu désuet, hausig, qui semble être une création de l’auteur.


Als ich in das blühende Bäumchen sah,
stand sein Tausendweiß still und starrte,

als prange es vor dem Himmel,
starr und fremd hielt die Stille,

und nachher, oben im Zimmer,
habe ich mich erinnert,

wie ich selbst im Kindesalter
auf dem Land aus der Küche starrte

exzessiv in das Schneien
und Schneien. Ein wenig Droge.

Ein Reiz. Er zehrt und dauert.
Ein unverwandtes Schauen

zurück in das nicht Traute.
Freiheit gleich Fremde gleich Tausend,

denn da starrte ja alles,
Steinrücken, Apfelrund, Graslauf.

Jedoch gewann sich das Auge
das Hausige des Hauses …

(in Gänsesommer [1976])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : vert / grün

Qui est Kathrin Bach ?


par millions des lapins verts et
leur poil empreint comme selle au dos du sol
la terre sellée de poil vert
contraints près à près à faire pré.
entre œil gauche et droit
s’étend verte la teinte qui teint
le blé grimpe au pavot
puis à la mâche des vaches
l’auge à mon visage est pleine de vert
et ce que je perçois clapote
ou gratte de soif.


millionen grüne Kaninchen und
ihre felle wie sattel auf den erdrücken gedrückt
den boden gesattelt mit grünem fell
eins ans andere gezwängt zu feld.
zwischen linkem und rechtem auge
liegt die farbe grün und färbt ab
den weizen hinauf den mohn
bald die klauen der kühe
der trog in meinem gesicht ist grün gefüllt
und was ich vernehme schwappt
oder scharrt durstig


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

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