Dagmara Kraus (née en 1983) : cyclope mort / toter zyklop

Pansement oculaire en coton pur pour lunettes, traite l'amblyopie ou œil  paresseux et le strabisme, pansement oculaire pour enfants, taille  ordinaire, rose à pois blancs: Amazon.fr: HygiÚne et Soins du corps


du temps que côté gauche à ses lunettes était collé
du sparadrap rose, le monde semblait encore intact :

tout le rugueux paraissait lisse à l’œil unique
comme poudré. La terre était un disque – tout

sein demeurait plat. la vache portait au pâturage
l’atlas mondial (les pôles s’affaissaient, glissaient sur le veau

pour ça qu’à l’animal le nez coulait sans cesse.)
on faisait collection de stickers de Dingo et

de petites mines durant l’échange de nos sangs ;
fanfares après fanfares l’orchestre bête des chasseurs,

d’abord rire aux éclats, dans la foulée l’ivresse.
à la fin vint le jour qu’on dessilla Schieli :

en août, il voyait droit. celle qu’on nommait pou
courut devant l’auto, radek tomba du poteau électrique.


als sein linkes brillenauge pink verklebt war
mit dem hansaplast, schien die welt noch heile

 alles rauhe wirkte glatt und eile durch das eine
wie gepudert. die erde war eine scheibe – alle

 busen blieben flach. die kuh trug den diercke
grasen (die pole verrutschten aufs kälbchen

 dem fasel lief deshalb wohl dauernd die nase)
man sammelte sticker mit goofygesichtern und

 tauschte mit mienchen sein fingerblut aus
tusch um tusch die blöde kapelle der schützen

 es barst erst gelächter, dann folgte rausch
endlich kam jener tag, schielis scheuklappe ab

 im august guckte er gerade. die sie laus nannten
rannte vors auto, vom strommast fiel radek.

(in liedvoll, deutschyzno, kookbooks 2020)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Clair-obscur (inédit)

Lumière dans la nuit - Chemin des jours

Bien sûr des soleils d’artifice
brasiers brûlants de bois de frêne

où la main froide participe 
pour la lumière juste humaine
poussée tremblante dans l’obscur

de hauts bahuts, bocaux de cèpes
liqueurs de nèfle & confitures

de fruits d’été cassis groseilles
prunes ultimes qu’on mêla
si reine-claude & mirabelle

rendent le feu quand son éclat
se réverbère sur les murs.

 

Josef von Eichendorff (1788-1857) : Clair de lune / Mondnacht

Qui est Josef von Eichendorff ?

C’était à croire que sans bruit
Le ciel eût embrassé la terre
Pour qu’elle ne rêvât qu’à lui
Dans la brillance printanière.

La brise allait parmi les champs,
Les blés roulaient, douce marée,
Les bois bruissaient suavement
Dans la nuit claire et constellée.

Alors mon âme déploya
Dans le silence des prairies
Large son aile et s’envola
Comme volant vers sa patrie.


Es war, als hätt’ der Himmel
Die Erde still geküßt,
Daß sie im Blütenschimmer
Von ihm nur träumen müßt’.

Die Luft ging durch die Felder,
Die Ähren wogten sacht,
Es rauschten leis die Wälder,
So sternklar war die Nacht.

Und meine Seele spannte
Weit ihre Flügel aus,
Flog durch die stillen Lande,
Als flöge sie nach Haus.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Paysage avec colza (inédit)


Intensité réverbérée
saturant l’air : colzas serrés,

jaune absolu sans nul accroc –
bleuet néant, coquelicot

non plus barbouillant le miroir :
bien moins étang que pataugeoire

sans autre boue que de labours
sans dents silures ni remous :

la jambe y va sans peur de spectres
sous cet or clair que l’on pénètre

d’un pas plongeant jusqu’à mi-cuisse –
au crépuscule aussi la biche.

 

Alexandra Regiert (née en 1995) : La Loreley de la maison donnant sur rue / Die Loreley vom Vorderhaus


Mes poumons pompent de l’air.
En pompent bien plus haut que les traînées d’avions.
En pompent dans des poumons de porc.
Rose et quasi nouveau-né
l’organe-heuchère forcit
comme une plante carnivore.
Je m’allonge enjôleuse sur l’appui de fenêtre
pour les mouches,
je m’étire les membres, joue avec mes cheveux
et chante.
C’est un chant plein de force, une source de braise,
qu’un bruit de mur du son ne saurait couvrir.
Comme celui de la Loreley de la maison donnant sur rue,
qui devant sa fenêtre a des hortensias bleus
où les pompiers régulièrement
doivent tendre un chiffon blanc.


Meine Lunge pumpt Luft.
Pumpt sie weit über die Kondensstreifen hinaus.
Pumpt sie in Schweinelungen.
Rosa und fast neugeboren
festigt sich das Rosenkelch-Organ
wie eine fleischfressende Pflanze.
Betörend recke ich mich am Fensterbrett
für die Fliegen,
strecke meine Glieder, spiele mit den Haaren
und singe.
Es ist ein lauter, Glut gebärender Gesang,
den eine Schallmauer nicht abwehren könnte.
Wie der, der Loreley vom Vorderhaus,
vor deren Fenster blaue Hortensien wachsen
und die Feuerwehr regelmäßig
ein weißes Tuch spannen muss.

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Jürgen Brôcan (né en 1965) : Soir, décoloré / Abend, farbgelöscht


La pleine lune passe le mur
du garage au blanc-spectre.
N’aie pas peur !

Le théâtre d’ombres
du pommier n’y montre
pas de contorsion grotesque.

La haute résolution de ton téléviseur
t’a conservé des yeux
pour l’arrière-cour.

Pas un cil ne te tremble
face aux vers qui grouillent
dans la charogne de prunes.

Les crocus sont sortis
silencieux de la crypte
du gazon.

Parfois
on rate bien peu de choses
en noir et blanc.


Der Vollmond tüncht die Mauer
der Garage gespensterbleich.
Fürchte dich nicht!

Das Schattentheater
des Apfelbaums darauf
zeigt keine groteske Verrenkung.

Der hochauflösende Fernseher,
hat dich nicht blind
für den Hinterhof gemacht.

Du zuckst mit keiner Wimper
beim Madengewimmel
im Pflaumenaas.

Die Krokusse sind leise
aus der Gruft
des Rasens gestiegen.

Manchmal
entgeht einem am wenigsten
in Schwarzweiß.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Melitta Roth (née en 1970) : Little Abyss


Je porte mon propre abîme
toujours sur moi
Il tient dans presque toutes les poches et
y est si
joliment
sans fond

J’aime bien l’avoir
à ma portée
Il me faut peu de temps
pour y jeter un œil
et déjà
je perçois le hurlement
du vent
dans les tréfonds
Ça fait de si jolies chatouilles
dans les synapses

Pour éviter chaque
fois
d’y
tomber
c’est simple, je m’agriffe
des orteils aux pavés –
bien stable


Ich trage meinen eigenen Abgrund
immer bei mir
Er passt praktisch in jede Tasche und
ist dabei so
schön
bodenlos
 
Ich habe ihn gern
in meiner Reichweite
So brauche ich nur kurz
hineinzublicken
und schon
spüre ich das Heulen
des Windes
in der Tiefe
Das kitzelt so schön
an den Synapsen

Um nicht jedes Mal
hinein
zu
fallen
kralle ich meine Zehen
einfach in die Pflastersteine –
ganz fest


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Sonja Crone (née en 1982) : Une fin / Ein Ende


Je cherche une fin
une fin
où des mots
se touchent

au-delà
du taire
au-delà d’une trêve

une fin
où ce ne soient pas
des pierres qui dans ma gorge
constituent le poids du monde.


Ich suche ein Ende
ein Ende
an dem Worte
sich berühren

jenseits
des Schweigens
jenseits eines Stillstands

ein Ende
an dem nicht
Steine in meiner Kehle
das Gewicht der Welt ausmachen.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Alexandra Bernhardt (née en 1974) : Début février / Anfang Februar


Le givre le matin s’étend dessus les herbes,
le soleil le dissipe au moment qu’il renaît
tandis que l’escargot depuis longtemps se cloître.

Les arbres lumineux hébergent les corbeaux,
fossoyeurs à l’attente.
Ils savent que l’hiver s’en va bientôt mourir.
L’un d’eux parfois prend son envol.
Le ciel alors se tient ouvert
et le monde se fait demeure.


Auf den Gräsern liegt am Morgen Rauhreif,
der in der wiedergeborenen Sonne schwindet,
während die Schnecke lange schon heimgekehrt ist.

Die Krähen sitzen in den lichten Bäumen
wie wartende Totengräber.
Sie wissen, daß der Winter bald stirbt.
Manchmal fliegt eine von ihnen auf.
Dann steht der Himmel offen,
und die Welt wird ein Haus.

(in Weisse Salamander, edition offenes feld [2020])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Eric Giebel (né en 1965) : Île, eau perdue / Insel, verlorenes Wasser


Ah, le Rhin. Pas un fleuve
de la connaissance.
__Werner DÜRRSON

Regard pointé contre courant,
résistances d’un jeune enfant :
vers la source, vers la source, me rafraîchir
au fil de l’eau. Pas la mer, pas
le chemin rapide, ne pas sombrer
dans l’assemblée des vagues et des tourbillons.
 
Le regard sur l’origine, la circulation
de l’eau, je me rêve roche quand je suis
sédiment, grain de sable, emporté puis
déposé derechef, à la façon des morts
creusant des trous dans le village : lequel écarte
les jambes pour accueillir de nouvelles semences.
 
Les barques ont disparu, des planches
pourries dans l’eau jouent
fugaces à la nostalgie. Graswerth, pas un asile
pour les oiseaux, qui vont plus loin. Migration. Couvaison.
Le bruit du pont, de la fontaine pérenne, poussée
du fret le long des routes, just in time.
 
Dois-je avoir des racines, dans cette terre ?
Le paysan bat sa faux et
me fauche. À un croisement
je reste au sol, abandonné. Provisoirement,
pour ce petit instant de vérité :
attention, ici on vole des pères !
 
Les cerises, rouges, probes appellations,
extraites de la brochure présentant la région
car les fruits à noyau n’ont pas de mémoire,
dénoyautées ou vite crachées :
Büttner, Empereur François, Geisepittersch,
Lorenze, Keglersch, Cœur clair, Jabuly.
 
Petits pas d’enfants vers la pointe sud,
exultants de leur sans-gêne,
de leur rupture avec les routines
des vieilles gens qui, leur vie durant
partis et diligents
continuent de faire, continuent d’aller ;
 
longer le cimetière où justement quelqu’un
ouvre la porte menant aux morts.
Le grincement des gonds est
avalé par le mur, la prochaine crue
va karchériser toute pourriture.
On devra refaire les tombes à neuf.
 
En rêve les rapides bateaux à moteur,
des gens sans visages qui bondissent
bruyamment. Leur fun, just for. Là c’en était
fait de grand-pères centenaires.
On parlait de cailloux et de soquettes
blanches pour jeunes filles, de salutations d’Allemagne.
 
Prenant congé j’avais quitté l’île
sans me presser. Les pommes sous les arbres. Reposaient-elles
loin ou pas de leur tronc ? Qui suis-
je pour en décider ? Fruits tombés et lieux pourris.
Et sous le couvre-lit de mon gris d’hôtel il n’y avait
ni mon grand-père ni mon père, que moi.

Ach der Rhein. Kein Fluss
der Erkenntnis.
__Werner DÜRRSON

Die Blickrichtung gegen den Strom,
Widerstände eines kleines Kindes:
zur Quelle, zur Quelle, mich laben
am Rinnsal. Nicht das Meer, nicht
der schnelle Weg, in der Gesellschaft
der Wellen und Strudel nicht untergehen.
 
Auf den Anbeginn blicken, des Wassers
Kreislauf, träume mich als Fels, bin doch
ein Sediment, Korn nur, weggetragen und
später wieder angeschwemmt, so wie Tote
Löcher reißen in das Dorf, das die Beine
spreizt, um neuen Samen zu empfangen.
 
Die Nachen sind verschwunden, morsche
Planken liegen im Wasser und bespielen
flüchtig Nostalgie. Graswerth, kein Ruheplatz
für Vögel, die weiterziehen. Migration, Brut.
Der Lärm der Brücke, stetes Brummen, Auftrieb
der Fracht entlang der Trassen, just in time.
 
Ich soll Wurzeln haben, in dieser Erde?
Der Bauer dengelt seine Sense und
schneidet mich ab. An einer Weggabelung
bleibe ich unbeachtet liegen. Vorerst,
für diesen kleinen Moment Wahrheit:
Vorsicht, hier werden Väter gestohlen!
 
Die Kirschen, rote, aufrechte Namen,
abgeschrieben aus dem Heimatbuch,
denn Steinobst hat kein Gedächtnis,
entkernt oder schnell ausgespuckt:
Büttner, Kaiser Franz, Geisepittersch,
Lorenze, Keglersch, Helle Herz, Jabuly.
 
Kleine Kinderschritte zur Südspitze,
frohlockend in ihrer Taktlosigkeit,
in ihrem Ausreißen aus dem Trott
der alten Leute, die ihr Leben längst
abgegangen und unverdrossen
weitermachen, weitergehen;
 
am Friedhof vorbei, wo irgendjemand
gerade das Tor zu den Toten öffnet.
Das Quietschen in den Angeln wird
von der Mauer geschluckt, aller Moder
kärchert das nächste Hochwasser ab.
Die Gräber werden neu zu richten sein.
 
Im Traum die schnellen Motorboote,
das laute Aufspringen von gesichtslosen
Menschen. Ihr fun, just for. Da war es
um hundertjährige Großväter geschehen.
Von Kieseln war die Rede und von weißen
Jungfrausöckchen, von einem deutschen Gruß.
 
Zum Aufbruch war ich das Eiland ohne Hast
abgegangen. Die Äpfel unter den Bäumen. Ob
sie weit vom Stamm lagen oder nicht? Wer bin
ich, dies zu entscheiden? Fallobst und faule Stellen.
Und unter der Bettdecke meines grauen Hotels lag
weder mein Großvater, noch mein Vater, nur ich.

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

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