Nadja Küchenmeister (née en 1981) : nuages / wolken

Qui est Nadja Küchenmeister ?


du vent se lève et chasse les hirondelles des fils.
tu ne sais rien de l’heure ; l’orage peut s’éloigner
vers kirchberg ou la vallée de hahnenbach, cela dérange à peine

le train du temps qui reste : rien ne revient. le chien couché
somnole près de la chaise. parfois l’oreille se dresse
la paupière se soulève sur le lait des pupilles, un muscle tremble

à l’arrière-train, tout va bien de nouveau. le vent reflue, l’orage
s’éloigne, à peine si un éclair s’est abattu sur terre. les nuages sont
ce qu’étaient tes yeux. ce qu’étaient tes yeux, rien que des nuages.


wind kommt auf und reißt die schwalben von den drähten.
du weißt ja nicht, wie spät es ist; und ob das gewitter weiter
zieht nach kirchberg oder ins hahnenbachtal, stört kaum den lauf

der verbleibenden stunden: nichts kehrt zurück. der hund liegt
schläfrig neben dem stuhl. manchmal zucken seine ohren
hebt sich das lid über die milch der pupille, zittert ein muskel

im hinterlauf, schon wieder gut. der wind ebbt ab, das gewitter
zieht weiter, kaum, dass ein blitz zur erde fuhr. wolken sind
was deine augen waren. was deine augen waren, wolken nur.

In Unter dem Wacholder (Schöffling & Co. Verlag, 2014)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Kerstin Becker (née en 1969) : Pommes de terre / Erdäpfel


Bêtes à vertèbres aux reins voûtés
nous nous courbons arquons poignons
l’adhérente fraîcheur des mottes
ongles en deuil glanons
des rogatons creux

grattons ratiers bronchons
lin bâtard aux lèvres
nous nous lançons du rond
comme perles de sucre où mordre
entre les sillons
vers l’inépluché.


Wirbeltiere mit den krummen Rücken
bücken wir biegen uns fassen
die Kühle klebender Klumpen
Trauerränder wir stoppeln
Hohlgenagte

stochern Mäusen nach stolpern
Ackerschmalz auf den Lippen
werfen uns Runde
wie Liebesperlen zu beißen
zwischen den Furchen
ins Ungeschälte


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Kerstin Preiwuß (née en 1980) : Me suis enfermée dehors / Hab mich ausgesperrt

Qui est Kerstin Preiwuß ?


Me suis enfermée dehors.
Un instant je me dis
L’hiver est à la porte.
M’y suis emmitouflée
Et n’entends plus grand-chose
Du monde.
J’y dors.
À peine si je respire.
Je mange en rêve de la bouillie sucrée.
C’est presque excessif.
Ma fourrure c’est de l’obscurité.
L’obscurité cela s’éprouve avec plaisir.
Je ne prends de l’âge qu’en hiver.


Hab mich ausgesperrt.
Für einen Moment sage ich mir
der Winter steht vor der Tür.
Hab mich eingehüllt in ihn
und hör nicht mehr viel
von der Welt.
Ich schlaf in ihr.
Atme kaum dabei.
Im Traum esse ich süßen Brei.
Das ist fast zu viel.
Mein Pelz ist aus Dunkelheit.
Dunkelheit ist ein schönes Gefühl.
Nur im Winter werde ich alt.

In Gespür für Licht (Berlin Verlag, 2016)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Kerstin Preiwuß (née en 1980) : La Tourmente dort en moi / Die Windsbraut schläft in mir

Qui est Kerstin Preiwuß ?


La Tourmente1 dort en moi.
Un embryon brimbalant dans chaque oreille.
Ses mouvements ce qu’ils m’ont apaisée.
Je suis en de bonnes mains qu’importe la rage en moi.
La Tourmente s’est couchée dans mon oreille.
C’est l’inverse pendant l’année.
Le vent dort dehors avec moi.
Le vent est dehors.
Je suis seule.
L’abandon fait ce même bruit.
Je sais que c’est un mythe.
La rage en moi c’est cela que je suis.


1 : Une étymologie populaire fait de l’allemand Windsbraut (« tourmente », « accès soudain de vent ») un personnage de légende, la « fiancée du vent ». Partagé entre le sens et le mythe, je propose de traduire cette « fiancée du vent » par « Tourmente » avec une majuscule pour personnifier.


Die Windsbraut schläft in mir.
Ein schaukelndes Embryo in jeder Ohrmuschel.
Wie beruhigt mich dass sie sich bewegt.
Ich bin gut aufgehoben egal was in mir tobt.
Die Windsbraut hat sich in mein Ohr gelegt.
Übers Jahr ist es umgekehrt.
Der Wind schläft draußen mit mir.
Der Wind ist draußen.
Ich bin allein.
So klingt Verlassenheit.
Ich weiß dass das ein Mythos ist.
Was in mir tobt bin ich.

In Gespür für Licht. Gedichte (Berlin Verlag, 2016)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Nico Bleutge (né en 1972) : ciel nuageux / wolkiger himmel

Qui est Nico Bleutge ?


ciel nuageux. sur le bord du tableau des branches
s’allongent tendues sur l’eau, les longs doigts

saisissent au loin la mer et la retiennent
dans la crique. à bien y regarder

l’horizon n’est pas plan, mais à fines
stries, la lumière émerge toujours un peu trop tôt

des vagues ou bien trop tard, suivant
la vitesse à laquelle le regard s’accommode

il court après l’éclat, ce temps pour les branches
est pleinement suffisant, elles restent molles

et fixes dans la peau, sur les mains
l’eau gagne en turbulences et la brume

brouille bientôt les contours et les petites rainures
sur le bord du tableau, au bout des doigts.


wolkiger himmel. am bildrand liegen äste aus
gestreckt über dem wasser, die langen finger

greifen weit hinaus und halten das meer
in der bucht. beim genauen hinsehen

ist der horizont nicht glatt, sondern fein
geriffelt, das licht kommt immer ein wenig zu früh

oder zu spät aus den wellen zurück, je nachdem
wie schnell sich die augen scharf stellen

sie laufen dem glanz hinterher, den ästen
reicht diese zeit völlig aus, sie bleiben weich

und fest in der haut, an den händen
schaukelt das wasser sich auf und der dunst

verwischt bald die konturen, die kleinen rillen
am rand des bildes, der fingerkuppen.

in klare konturen (Verlag C.H.Beck, 2006)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Nico Bleutge (né en 1972) : puis la chaleur / dann löste sich die hitze

Qui est Nico Bleutge ?


puis la chaleur avec lenteur s’est détachée
du balcon le regard allégé s’est dévié

des maisons. la blancheur des antennes
paraboliques aux fenêtres

s’est mise à s’embraser sous les premières
lueurs encapsulées de vert et bleu.

quand les yeux ont voulu s’égarer parmi les
panneaux publicitaires une poche

rouge en plastique brillant très haut dans l’air
a glissé accrochant peu à peu le regard

jusqu’à le déposer tranquille et doux
sous les paupières


dann löste sich die hitze langsam
vom balkon und der blick wurde leichter

von den häusern abgelenkt. die weißen
parabolantennen an den fenstern

fingen schon die ersten lichter an
zu glühen blau und grün verkapselt.

als die augen zwischen den reklametafeln
streunen wollten war es eine rote

plastiktüte in der luft weit oben leuchtend
glitt sie vorbei und gab dem blick nach

und nach halt bis er weich und ruhig
hinter den lidern saß

in klare konturen (Verlag C.H.Beck, 2006)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Anja Kampmann (née en 1983) : nous restons encore / wir bleiben noch

Qui est Anja Kampmann ?


nous restons encore la lumière du soir
pend à la branche haute du cerisier
les hirondelles piquent encore un peu du bec
dans le brasier
le bleu de là-haut requiert le
restant des témoins
le vieux photographe céleste
flashe sans bruit la terre chaude
où l’on chuchote à l’ombre
de plants de maïs
et où le portail menant à la nuit
n’est qu’une sombre fissure
un portail de grange agité par de vieux vents
rien d’autre
si à cette heure le soir régurgite ses boulettes
reste un papier
plus blanc que la peau
demeurera si peu
les pays que tu as vus
cousent leurs coups
sous forme rêvée d’oiseaux
et de première brume
après une longue averse
demeura si peu
quand nous roulerons dans le noir
et qu’à voix basse nous nous parlerons.


wir bleiben noch das abendlicht
hängt in dem hohen zweig der kirsche
die schwalben stochern noch ein wenig
in der glut
das hohe blau fragt nach den
restlichen der zeugen
der alte photograph des himmels
schickt stille blitze über warmes land
wo man im schatten trockener
maisplantagen flüstert
und wo das tor zur nacht
ein dunkler spalt bloß ist
ein scheunentor bewegt von alten winden
nichts weiter
wenn jetzt der abend sein gewölle spuckt
bleibt ein papier
bleicher noch als haut
es wird so wenig sein
die länder die du sahst
nähen ihre schüsse
in die traumgestalt von vögeln
und in den ersten dunst
nach einem langen regen
es wird so wenig sein
wenn wir ins dunkel fahren
und leise miteinander reden.

In Proben von Stein und Licht (Edition Lyrik Kabinett bei Hanser, 2016)



					

Marion Poschmann (née en 1969) : paysage artificiel 2 / künstliche Landschaften 2

Qui est Marion Poschmann ?


nous restons encore la lumière du soir
pend à la branche haute du cerisier
les hirondelles piquent encore un peu du bec
dans le brasier
le bleu de là-haut requiert le
restant des témoins
le vieux photographe céleste
flashe sans bruit la terre chaude
où l’on chuchote à l’ombre
de plants de maïs
et où le portail menant à la nuit
n’est qu’une sombre fissure
un portail de grange agité par de vieux vents
rien d’autre
si à cette heure le soir régurgite ses boulettes
reste un papier
plus blanc que la peau
demeurera si peu
les pays que tu as vus
cousent leurs coups
sous forme rêvée d’oiseaux
et de première brume
après une longue averse
demeura si peu
quand nous roulerons dans le noir
et qu’à voix basse nous nous parlerons.

nous faisons des copies de nous-mêmes en noir et blanc
nos signatures branlent au bas de contrats pointilleux
comme hochent la tête résignés les dignitaires
tandis qu’à l’extérieur la pluie s’abat
puissante et toute prête, comme toujours


lang und breit hat uns jeder gewarnt
so hätte man es machen können, hieß es
zu jener Zeit da Einkaufen im Supermarkt bereits als kreativer Akt galt
freihändige Mahlzeiten waren damals wenig gefragt
noch weniger als jetzt, da alle Linkshänder sein wollen

wir machen Schwarzweißkopien von uns selbst
unsere Namenszüge unter kleinteiligen Verträgen schwingen
wie ein resigniertes Kopfschütteln von Würdenträgern
während draußen der Regen niederstürzt
mit freihändiger Wucht, wie immer

(inédit)



					

Marion Poschmann (née en 1969) : paysage artificiel 5 / künstliche Landschaften 5

Qui est Marion Poschmann ?


cette fois-là, l’univers avait forme d’une fonte de vieux verre
et de fillettes point décaties sur des poneys,
qui chevauchant dents serrées traversaient une espèce de bouillie,
protégées par la chute presque du vent
d’où sortait une tremblante pelure, une torride frise
de frisonne origine. c’était la plaine d’Allemagne du Nord,
c’était le plat pays comme sur un timbre-poste,
couleur de riesling avec de plus crus effets d’ombres.
je louais la régularité de leurs déplacements
je ne comptais, parmi d’autres, la brillance d’une crinière
sans cesse échevelée, j’écoutais un peu grognon des voix, celles
blanches des feuilles de frênes, celles des fillettes. nul n’était éveillé.


das All bestand diesmal aus eingeschmolzenem Altglas
und unbeschädigten Mädchen auf Ponys,
die zähneknirschend durch eine Art Grießbrei ritten,
beschirmt von der Beinahe-Windstille,
aus der sich ein Zittern schälte, ein Hitzefries
friesischer Provenienz. das war die norddeutsche Ebene,
das war das Flachland wie auf einer Briefmarke,
rieslingfarben mit schrilleren Auswirkungen von Schatten.
ich lobte die Gleichmäßigkeit, mit der sie sich fortbewegten.
ich zählte nicht jenen, den endlos auf Einzelhaare zerspaltenen
Glanz einer Pferdemähne, ich horchte leicht unwirsch auf
espenlaubfahle, auf Mädchenstimmen. niemand war wach.

(inédit)



					

Marion Poschmann (née en 1969) : paysage artificiel 4 / künstliche Landschaften 4

Qui est Marion Poschmann ?

dans les marais d’épuration, nous avons dépassé
un poste de douane strié de rouge et blanc. cet été caniculaire recelait
capsules et bris de bouteilles de bière s’amalgamant
au paysage. notre paradis naturel, emmantelé de
zones tampons boisées, déjà se composait d’un fond d’or embryonnaire.
c’était le vent qui sentait localement les chaussettes et nous suivait.

dans les forêts de pins fortement surveillées tu étais censément
troué de part en part. comme de l’eau usée te pénétrait
la lumière du soleil. en grande partie. c’était ta rengaine habituelle,
tu voulais t’affirmer et n’avais rien qu’une laisse au cou.
Je t’ai berné usant d’emplois trimestriels
et d’une bonne compréhension des lacs et des rivières.


in den Rieselfeldern passierten wir ein rot und weiß
gestreiftes Postenhaus. dieser Hundesommer hortete
Kronkorken, sammelte die in die Landschaft schmelzenden
Bierflaschenscherben. unser Naturparadies, ummantelt von
waldreichen Pufferzonen, bestand bereits ansatzweise aus Goldgrund.
es war der Wind, der hier nach Socken roch und uns folgte.

inmitten stark bewachter Kiefernforsten warst du wahrscheinlich
zur Gänze gelocht. in dir versickerte abwasserartig
das Sonnenlicht. großteils. so ging es dir immer,
du wolltest persönlicher werden und wurdest nur angeleint.
ich überlistete dich mit geviertelten Arbeitsplätzen
und der richtigen Auffassung von Seen und Flüssen.

(inédit)



					
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