Georg Trakl (1887-1914) : Métamorphose du mal / Verwandlung des Bösen

Qui est Georg Trakl ?

Automne : marche noire à l’orée du bois ; minute d’une destruction muette ; aux aguets le front du lépreux sous l’arbre nu. Soir d’un lointain passé, qui s’abîme à présent sur les degrés de mousse ; novembre. Une cloche sonne et le berger pousse au village un troupeau de chevaux noirs et roux. Sous la coudraie le chasseur vert étripe sa prise. Ses mains fument de sang et l’ombre de la bête soupire dans la ramure au-dessus des yeux de l’homme, brune et taciturne ; le bois. Des corneilles qui se dispersent ; trois. Leur vol pareil à une sonate, comble d’accords pâlis et de mélancolie virile ; un nuage doré se dissipe sans bruit. Près du moulin, de jeunes gars font un feu. Flamme : frère du plus pâle d’entre eux, riant enfoui sous ses cheveux de pourpre ; ou c’est un lieu du crime, où mène, y passant, un chemin de pierre. L’épine-vinette a disparu, l’année durant cela rêve dans l’air de plomb sous les pins sylvestres ; angoisse, verte obscurité, les gargouillis d’un qui se noie : de l’étang aux étoiles le pêcheur retire un grand, un noir poisson, face emplie de cruauté et de démence. Voix de roseaux, d’hommes en querelle dans son dos : ce qu’il berce dans sa barque rouge sur l’eau froidissante d’automne, vivant dans le dire sombre de sa race, les yeux ouverts, pierreux, sur nuits et terreurs virginales. Le mal.

Qu’est-ce qui te force à te tenir sur l’escalier croulé, dans la maison de tes pères ? Noir de plomb. Qu’est-ce que, de ta main d’argent, tu portes à hauteur d’yeux ; et tes paupières retombent comme ivres de pavot ? Mais à travers le mur de pierre tu vois le ciel, ses astres, la voie lactée, Saturne ; rouge. Frénétique, au mur de pierre l’arbre nu frappe. Toi sur les marches croulées : arbre, astre, pierre ! Toi, bête bleue, tremblant tout bas ; toi, prêtre blême, l’immolant sur l’autel noir. Ô ton sourire dans l’obscurité, triste et méchant, qu’en pâlit l’enfant qui dort. Une flamme rouge a jailli de ta main et un papillon nocturne s’y est brûlé. Ô la flûte de la lumière ; ô la flûte de la mort. Qu’est-ce qui t’a forcé à te tenir sur l’escalier croulé, dans la maison de tes pères ? En bas, de son doigt de cristal, un ange frappe à la porte.

Ô l’enfer du sommeil ; venelle obscure, brun jardinet. Tout bas résonne dans le soir bleu l’ombre de la morte. Vertes fleurettes l’entourant de volettements et elle a oublié son visage. Ou il se penche, pâli, sur le front froid du meurtrier, dans l’obscurité du couloir ; adoration, flamme pourpre de jouissance ; mourant, le dormeur tombait sur les marches noires dans l’obscurité.

Quelqu’un t’a laissé à la croix des chemins et longtemps tu regardes en arrière. Pas argentés dans l’ombre de petits pommiers rachitiques. Le fruit luit pourpre dans la ramure noire et dans l’herbe le serpent fait sa mue. Ô ! l’obscurité ; la sueur venue au front glacé, et les tristes rêves avinés, à l’auberge de village, sous les poutres enfumées de noir. Toi, terre sauvage encore, mage tirant, du nuage brun du tabac, des îles roses, et des tréfonds le cri sauvage d’un griffon, quand autour des récifs noirs il chasse en mer, tempête et glace. Toi, vert métal, avec à l’intérieur un visage enflammé, qui veut partir et de la colline aux os chanter les temps ténébreux et la chute flamboyante de l’ange. Ô ! désespoir, qui dans un cri muet tombe à genoux.

Un mort te rend visite. De ton cœur coule le sang dont il est source et dans le sourcil noir niche un indicible instant ; sombre rencontre. Toi – lune pourpre, quand il apparaît dans l’ombre verte de l’olivier. Le suit une nuit sans fin.


Herbst: schwarzes Schreiten am Waldsaum; Minute stummer Zerstörung; auflauscht die Stirne des Aussätzigen unter dem kahlen Baum. Langvergangener Abend, der nun über die Stufen von Moos sinkt; November. Eine Glocke läutet und der Hirt führt eine Herde von schwarzen und roten Pferden ins Dorf. Unter dem Haselgebüsch weidet der grüne Jäger ein Wild aus. Seine Hände rauchen von Blut und der Schatten des Tiers seufzt im Laub über den Augen des Mannes, braun und schweigsam; der Wald. Krähen, die sich zerstreuen; drei. Ihr Flug gleicht einer Sonate, voll verblichener Akkorde und männlicher Schwermut; leise löst sich eine goldene Wolke auf. Bei der Mühle zünden Knaben ein Feuer an. Flamme ist des Bleichsten Bruder und jener lacht vergraben in sein purpurnes Haar; oder es ist ein Ort des Mordes, an dem ein steiniger Weg vorbeiführt. Die Berberitzen sind verschwunden, jahrlang träumt es in bleierner Luft unter den Föhren; Angst, grünes Dunkel, das Gurgeln eines Ertrinkenden: aus dem Sternenweiher zieht der Fischer einen großen, schwarzen Fisch, Antlitz voll Grausamkeit und Irrsinn. Die Stimmen des Rohrs, hadernder Männer im Rücken schaukelt jener auf rotem Kahn über frierende Herbstwasser, lebend in dunklen Sagen seines Geschlechts und die Augen steinern über Nächte und jungfräuliche Schrecken aufgetan. Böse.

Was zwingt dich still zu stehen auf der verfallenen Stiege, im Haus deiner Väter? Bleierne Schwärze. Was hebst du mit silberner Hand an die Augen; und die Lider sinken wie trunken von Mohn? Aber durch die Mauer von Stein siehst du den Sternenhimmel, die Milchstraße, den Saturn; rot. Rasend an die Mauer von Stein klopft der kahle Baum. Du auf verfallenen Stufen: Baum, Stern, Stein! Du, ein blaues Tier, das leise zittert; du, der bleiche Priester, der es hinschlachtet am schwarzen Altar. O dein Lächeln im Dunkel, traurig und böse, daß ein Kind im Schlaf erbleicht. Eine rote Flamme sprang aus deiner Hand und ein Nachtfalter verbrannte daran. O die Flöte des Lichts; o die Flöte des Tods. Was zwang dich still zu stehen auf verfallener Stiege, im Haus deiner Väter? Drunten ans Tor klopft ein Engel mit kristallnem Finger.

O die Hölle des Schlafs; dunkle Gasse, braunes Gärtchen. Leise läutet im blauen Abend der Toten Gestalt. Grüne Blümchen umgaukeln sie und ihr Antlitz hat sie verlassen. Oder es neigt sich verblichen über die kalte Stirne des Mörders im Dunkel des Hausflurs; Anbetung, purpurne Flamme der Wollust; hinsterbend stürzte über schwarze Stufen der Schläfer ins Dunkel.

Jemand verließ dich am Kreuzweg und du schaust lange zurück. Silberner Schritt im Schatten verkrüppelter Apfelbäumchen. Purpurn leuchtet die Frucht im schwarzen Geäst und im Gras häutet sich die Schlange. O! das Dunkel; der Schweiß, der auf die eisige Stirne tritt und die traurigen Träume im Wein, in der Dorfschenke unter schwarzverrauchtem Gebälk. Du, noch Wildnis, die rosige Inseln zaubert aus dem braunen Tabaksgewölk und aus dem Innern den wilden Schrei eines Greifen holt, wenn er um schwarze Klippen jagt in Meer, Sturm und Eis. Du, ein grünes Metall und innen ein feuriges Gesicht, das hingehen will und singen vom Beinerhügel finstere Zeiten und den flammenden Sturz des Engels. O! Verzweiflung, die mit stummem Schrei ins Knie bricht.

Ein Toter besucht dich. Aus dem Herzen rinnt das selbstvergossene Blut und in schwarzer Braue nistet unsäglicher Augenblick; dunkle Begegnung. Du – ein purpurner Mond, da jener im grünen Schatten des Ölbaums erscheint. Dem folgt unvergängliche Nacht

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Au Mönchsberg / Am Mönchsberg

Qui est Georg Trakl ?

Où dans l’ombre des ormes automnaux la sente à l’abandon s’enfonce,
Loin des huttes feuillues, des bergers endormis,
Toujours succède au promeneur l’obscur aspect de la fraîcheur

Sur un sentier¹ ossu, la voix d’hyacinthe du garçon
Chuchotant, oubliée, la légende du bois,
Avec plus de douceur, maladive, à présent : la plainte farouche du frère².

Donc : un vert épars touche  au genou l’étranger,
Sa peau devenue pierre ;
Plus près, la source bleue bruit³ la plainte des femmes.


¹ : On peut aussi traduire Steg par passerelle, petit pont.
² : La syntaxe adoptée ici par Trakl est assez floue pour permettre plusieurs interprétations.

³ : Le verbe employé par Trakl (rauschen) est normalement en allemand aussi intransitif que l’est bruire en français. 

Wo im Schatten herbstlicher Ulmen der verfallene Pfad hinabsinkt,
Ferne den Hütten von Laub, schlafenden Hirten,
Immer folgt dem Wandrer die dunkle Gestalt der Kühle

Über knöchernen Steg, die hyazinthene Stimme des Knaben,
Leise sagend die vergessene Legende des Walds,
Sanfter ein Krankes nun die wilde Klage des Bruders.

Also rührt ein spärliches Grün das Knie des Fremdlings,
Das versteinerte Haupt;
Näher rauscht der blaue Quell die Klage der Frauen.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Au printemps / Im Frühling

Qui est Georg Trakl ?


Des pas obscurs ont doucement fondu la neige,
Dans l’ombre de l’arbre
Lèvent des amants leurs paupières roses.

Aux cris obscurs des mariniers font toujours suite
Étoile et nuit ;
Et doucement les rames frappent en mesure.

Au long du mur croulé bientôt s’en va fleurir
La violette,
La tempe reverdir, sans bruit, du solitaire.


Leise sank von dunklen Schritten der Schnee,
Im Schatten des Baums
Heben die rosigen Lider Liebende.

Immer folgt den dunklen Rufen der Schiffer
Stern und Nacht;
Und die Ruder schlagen leise im Takt.

Balde an verfallener Mauer blühen
Die Veilchen,
Ergrünt so stille die Schläfe des Einsamen.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Sebastien en rêve / Sebastian im Traum

Qui est Georg Trakl ?

— 1 —

La mère portait le petit enfant sous la lune blanche,
Dans l’ombre du noyer, du sureau suranné,
Grisée par le pavot, la plainte de la grive ;
Et sans bruit
Empli de pitié sur eux s’inclinait une face à barbe

En douceur dans l’obscur de la fenêtre ; et les vieux meubles
Des ancêtres
Croulaient ; amour et rêverie d’automne.

Obscur, donc, jour de l’an, triste enfance,
Lorsque en douceur le garçon descendait vers les eaux fraîches, les poissons d’argent,
Calme et face :
Qu’il se jetait, pierreux, sous l’élan des moreaux,
Que dans la nuit grise au-dessus de lui venait son étoile ;

Ou bien qu’à la main glacée de la mère
Il coupait le soir par le cimetière Saint-Pierre en automne,
Que gisait sans bruit dans la pièce obscure un frêle cadavre,
Qu’il levait sur lui ses paupières froides.

Mais il était, lui, un petit oiseau dans les branches nues,
Le long angélus du soir en novembre,
Le père sans mots, lorsque en son sommeil il descendait la vis de l’escalier crépusculaire.

— 2 —

Âme en paix. Vent d’hiver solitaire,
Au vieil étang les formes sombres des bergers ;
Petit enfant dans la chaumine ; ô qu’en douceur
Le visage sombrait dans le noir de la fièvre,
Sainte nuit.

Ou lorsque à la main dure de son père
Il gravissait sans bruit le ténébreux Calvaire,
Que dans l’obscurité des niches dans la roche
La forme bleue de l’homme infiltrait sa légende,
Que la plaie sous le cœur épanchait le sang pourpre.
Ô qu’en douceur montait la croix dans l’âme sombre.

Amour ; lorsque dans les coins noirs fondait la neige,
Qu’un frisson de vent bleu plus gaiement se prenait dans l’antique sureau,
Dans la voûture ombreuse du noyer ;
Et qu’au garçon son ange rose avec douceur apparaissait.

Joie ; lorsque résonnait une sonate, au soir, dans la fraîcheur des pièces,
Que sur les poutres brunes
Un papillon sortait, bleu, de sa chrysalide.

Ô les parages de la mort. Dans la muraille en pierre,
Jaune, une tête s’inclinait, faisant taire l’enfant,
Quand en ce mois de mars la lune déclinait.

— 3 —

Rose cloche pascale aux catacombes de la nuit
Et l’argentine voix des astres —
Qu’en frissons s’enfonçait chue du front du dormeur une sombre démence.

Ô calme promenade en aval de l’eau bleue,
Remâchant un oubli, quand dans la ramée verte
La grive appelait une chose étrange à passer sous terre.

Ou bien quand à la main osseuse du vieillard
Il se rendait le soir devant le mur effondré de la ville,
Que celui-là portait, emmantelé de noir, un petit enfant rose,
Et que dans l’ombre du noyer l’esprit du mal apparaissait.

Tâtonner sur le vert escalier de l’été. Ô qu’en douceur
Le jardin s’effondrait dans le silence brun d’automne,
Parfum, mélancolie du vieux sureau,
Quand dans l’ombre de Sébastien se mourait l’argentine voix de l’ange.


— 1 —

Mutter trug das Kindlein im weißen Mond,
Im Schatten des Nußbaums, uralten Hollunders,
Trunken vom Safte des Mohns, der Klage der Drossel;
Und stille
Neigte in Mitleid sich über jene ein bärtiges Antlitz

Leise im Dunkel des Fensters; und altes Hausgerät
Der Väter
Lag im Verfall; Liebe und herbstliche Träumerei.

Also dunkel der Tag des Jahrs, traurige Kindheit,
Da der Knabe leise zu kühlen Wassern, silbernen Fischen hinabstieg,
Ruh und Antlitz;
Da er steinern sich vor rasende Rappen warf,
In grauer Nacht sein Stern über ihn kam;

Oder wenn er an der frierenden Hand der Mutter
Abends über Sankt Peters herbstlichen Friedhof ging,
Ein zarter Leichnam stille im Dunkel der Kammer lag
Und jener die kalten Lider über ihn aufhob.

Er aber war ein kleiner Vogel im kahlen Geäst,
Die Glocke lang im Abendnovember,
Des Vaters Stille, da er im Schlaf die dämmernde Wendeltreppe hinabstieg.

— 2 —

Frieden der Seele. Einsamer Winterabend,
Die dunklen Gestalten der Hirten am alten Weiher;
Kindlein in der Hütte von Stroh; o wie leise
Sank in schwarzem Fieber das Antlitz hin
Heilige Nacht.

Oder wenn er an der harten Hand des Vaters
Stille den finstern Kalvarienberg hinanstieg
Und in dämmernden Felsennischen
Die blaue Gestalt des Menschen durch seine Legende ging,
Aus der Wunde unter dem Herzen purpurn das Blut rann.
O wie leise stand in dunkler Seele das Kreuz auf.

Liebe; da in schwarzen Winkeln der Schnee schmolz,
Ein blaues Lüftchen sich heiter im alten Hollunder fing,
In dem Schattengewölbe des Nußbaums;
Und dem Knaben leise sein rosiger Engel erschien.

Freude; da in kühlen Zimmern eine Abendsonate erklang,
Im braunen Holzgebälk
Ein blauer Falter aus der silbernen Puppe kroch.

O die Nähe des Todes. In steinerner Mauer
Neigte sich ein gelbes Haupt, schweigend das Kind,
Da in jenem März der Mond verfiel.

— 3 —

Rosige Osterglocke im Grabgewölbe der Nacht
Und die Silberstimmen der Sterne,
Daß in Schauern ein dunkler Wahnsinn von der Stirne des Schläfers sank.

O wie stille ein Gang den blauen Fluß hinab
Vergessenes sinnend, da im grünen Geäst
Die Drossel ein Fremdes in den Untergang rief.

Oder wenn er an der knöchernen Hand des Greisen
Abends vor die verfallene Mauer der Stadt ging
Und jener in schwarzem Mantel ein rosiges Kindlein trug,
Im Schatten des Nußbaums der Geist des Bösen erschien.

Tasten über die grünen Stufen des Sommers. O wie leise
Verfiel der Garten in der braunen Stille des Herbstes,
Duft und Schwermut des alten Hollunders,
Da in Sebastians Schatten die Silberstimme des Engels erstarb.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Hohenburg

Qui est Georg Trakl ?

Personne en la demeure. Automne dans les pièces :
Sonate clair de lune.
Et l’éveil à l’orée du bois crépusculaire.

Tu repenses toujours à l’homme à face blanche
Loin des cohues du temps ;
Ferveur des rameaux verts : s’incliner sur du rêve.

Croix et soir ;
Est étreint le sonnant par son astre aux bras pourpres
Qui monte à la fenêtre inhabitée.

Aussi le fugitif tremble-t-il dans le noir,
Paupières soulevées sans bruit vers cette chose humaine
Au loin : la voix d’argent du vent dans le couloir.


Es ist niemand im Haus. Herbst in Zimmern;
Mondeshelle Sonate
Und das Erwachen am Saum des dämmernden Walds.

Immer denkst du das weiße Antlitz des Menschen
Ferne dem Getümmel der Zeit;
Über ein Träumendes neigt sich gerne grünes Gezweig,

Kreuz und Abend;
Umfängt den Tönenden mit purpurnen Armen sein Stern,
Der zu unbewohnten Fenstern hinaufsteigt.

Also zittert im Dunkel der Fremdling,
Da er leise die Lider über ein Menschliches aufhebt,
Das ferne ist; die Silberstimme des Windes im Hausflur.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Elis

Qui est Georg Trakl ?

1

Le silence est parfait de ce jour d’or.
Sous de vieux chênes
Tu apparais, Elis, au repos, tes yeux ronds

Reflétant de leur bleu le sommeil des amants.
À ta bouche
Leurs soupirs roses se sont tus.

Le pêcheur a tiré, le soir, les filets noirs.
Un bon berger
Dirige ses troupeaux en bordure du bois.
Ô qu’ils sont tous tes jours, Elis, à ta mesure.

Sans bruit s’abîme
Tout au long du mur nu de l’olivier le bleu silence,
D’un vieillard le chant sombre agonise.

Barque d’or,
Ton cœur ballotte, Elis, sur le ciel solitaire.

2

Dans le cœur d’Elis tinte un carillon tendre
Le soir,
Quand dans le coussin noir sa tête sombre.

Un gibier bleu
Saigne sans bruit dans le fourré de ronces.

Un arbre brun se dresse à l’écart, là :
En sont chus les fruits bleus.

Astres et signes
Sombrent sans bruit dans l’étang vespéral.

Derrière la colline est arrivé l’hiver.

De bleues colombes
Boivent de nuit la sueur glaciale
D’Elis, coulant de son front cristallin.

Toujours tinte
Sur des murs noirs le vent solitaire de Dieu.


1

Vollkommen ist die Stille dieses goldenen Tags.
Unter alten Eichen
Erscheinst du, Elis, ein Ruhender mit runden Augen.

Ihre Bläue spiegelt den Schlummer der Liebenden.
An deinem Mund
Verstummten ihre rosigen Seufzer.

Am Abend zog der Fischer die schweren Netze ein.
Ein guter Hirt
Führt seine Herde am Waldsaum hin.
O! wie gerecht sind, Elis, alle deine Tage.

Leise sinkt
An kahlen Mauern des Ölbaums blaue Stille,
Erstirbt eines Greisen dunkler Gesang.

Ein goldener Kahn
Schaukelt, Elis, dein Herz am einsamen Himmel.

2

Ein sanftes Glockenspiel tönt in Elis’ Brust
Am Abend,
Da sein Haupt ins schwarze Kissen sinkt.

Ein blaues Wild
Blutet leise im Dornengestrüpp.

Ein brauner Baum steht abgeschieden da;
Seine blauen Früchte fielen von ihm.

Zeichen und Sterne
Versinken leise im Abendweiher.

Hinter dem Hügel ist es Winter geworden.

Blaue Tauben
Trinken nachts den eisigen Schweiß,
Der von Elis’ kristallener Stirne rinnt.

Immer tönt
An schwarzen Mauern Gottes einsamer Wind.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Au petit Elis / An den Knaben Elis

Qui est Georg Trakl ?

L’appel du merle, Elis, dans le bois noir,
C’est là ton crépuscule.
Tes lèvres boivent la fraîcheur de la rocheuse source bleue.

Délaisse, quand ton front doucement saigne
Vieilles légendes
Et vol d’oiseaux sombrement deviné.

Mais tu vas d’un pas souple dans la nuit
Qui pend emplie de grappes pourpres,
Et bouges les bras, plus beau dans le bleu.

Un buisson bruit, d’épines
Où sont tes yeux de lune.
Oh, qu’il y a longtemps, Elis, que tu es mort.

Ton corps : une jacinthe,
Un moine y noie ses doigts de cire.
Un antre noir est notre taire.

Une douce bête en sort quelquefois
Baissant lentement ses lourdes paupières.
Sur tes tempes goutte une rosée noire,

Ultime or d’astres chus.


Elis, wenn die Amsel im schwarzen Wald ruft,
Dieses ist dein Untergang.
Deine Lippen trinken die Kühle des blauen Felsenquells.

Laß, wenn deine Stirne leise blutet
Uralte Legenden
Und dunkle Deutung des Vogelflugs.

Du aber gehst mit weichen Schritten in die Nacht,
Die voll purpurner Trauben hängt,
Und du regst die Arme schöner im Blau.

Ein Dornenbusch tönt,
Wo deine mondenen Augen sind.
O, wie lange bist, Elis, du verstorben.

Dein Leib ist eine Hyazinthe,
In die ein Mönch die wächsernen Finger taucht.
Eine schwarze Höhle ist unser Schweigen,

Daraus bisweilen ein sanftes Tier tritt
Und langsam die schweren Lider senkt.
Auf deine Schläfen tropft schwarzer Tau,

Das letzte Gold verfallener Sterne.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Faisant route / Unterwegs

Qui est Georg Trakl ?

Ils ont porté le soir l’étranger dans la chambre mortuaire ;
Une odeur de goudron ; le léger bruissement de platanes roussis ;
Sombre vol des choucas ; sur la place une garde a été relevée.
Le soleil a sombré dans du lin noir ; revient toujours ce soir passé.
Dans la pièce qui jouxte la sœur joue une sonate de Schubert.
Son sourire avec grande douceur s’abîme en la fontaine qui s’écroule
Et bruit bleuâtre au crépuscule. Ô qu’elle est vieille, notre race.
Quelqu’un chuchote en bas dans le jardin ; quelqu’un a quitté ce ciel noir.
Sur la commode une senteur de pommes. Grand-mère allume des bougies dorées.

Oh que l’automne est doux. Retentissent tout bas nos pas dans le vieux parc
Au-dessous d’arbres hauts. Oh, qu’est grave, couleur d’hyacinthe, le visage du crépuscule.
La source bleue est à tes pieds, mystérieux rouge silence de ta bouche.
Enténébré par le feuillage ensommeillé, l’or profond de croulants tournesols.
Alourdies de pavot doucement rêvent tes paupières sur mon front.
Poitrine traversée d’un tremblement de cloches tendres. Nuage bleu,
Ton visage a sombré sur moi au crépuscule.
Un air à la guitare, et qui résonne en auberge étrangère.
Les buissons là-bas de sureau sauvage, jour de novembre d’autrefois,
Pas familiers dans l’escalier crépusculaire, on voit des poutres brunes,
Une fenêtre ouverte, où s’est éternisée une espérance douce –
De cela, tout, mon Dieu, est indicible, et dans un trouble on en tombe à genoux.

Ô qu’elle est sombre, cette nuit. Une flamme de pourpre
S’est éteinte à ma bouche. Dans le calme
Meurt de l’âme apeurée l’arpège solitaire.
Laisse, quand enivrée de vin la tête sombre au caniveau.


Am Abend trugen sie den Fremden in die Totenkammer;
Ein Duft von Teer; das leise Rauschen roter Platanen;
Der dunkle Flug der Dohlen; am Platz zog eine Wache auf.
Die Sonne ist in schwarze Linnen gesunken; immer wieder kehrt dieser vergangene Abend.
Im Nebenzimmer spielt die Schwester eine Sonate von Schubert.
Sehr leise sinkt ihr Lächeln in den verfallenen Brunnen,
Der bläulich in der Dämmerung rauscht. O, wie alt ist unser Geschlecht.
Jemand flüstert drunten im Garten; jemand hat diesen schwarzen Himmel verlassen.
Auf der Kommode duften Äpfel. Großmutter zündet goldene Kerzen an.

O, wie mild ist der Herbst. Leise klingen unsere Schritte im alten Park
Unter hohen Bäumen. O, wie ernst ist das hyazinthene Antlitz der Dämmerung.
Der blaue Quell zu deinen Füßen, geheimnisvoll die rote Stille deines Munds,
Umdüstert vom Schlummer des Laubs, dem dunklen Gold verfallener Sonnenblumen.
Deine Lider sind schwer von Mohn und träumen leise auf meiner Stirne.
Sanfte Glocken durchzittern die Brust. Eine blaue Wolke
Ist dein Antlitz auf mich gesunken in der Dämmerung.
Ein Lied zur Guitarre, das in einer fremden Schenke erklingt,
Die wilden Hollunderbüsche dort, ein lang vergangener Novembertag,
Vertraute Schritte auf der dämmernden Stiege, der Anblick gebräunter Balken,
Ein offenes Fenster, an dem ein süßes Hoffen zurückblieb –
Unsäglich ist das alles, o Gott, daß man erschüttert ins Knie bricht.

O, wie dunkel ist diese Nacht. Eine purpurne Flamme
Erlosch an meinem Mund. In der Stille
Erstirbt der bangen Seele einsames Saitenspiel.
Laß, wenn trunken von Wein das Haupt in die Gosse sinkt.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Près du marais / Am Moor

Qui est Georg Trakl ?

Errant dans le vent noir ; le roseau sec tout bas chuchote
Dans le silence du marais. Dans le ciel gris
Fait suite un vol d’oiseaux sauvages ;
Biaisant au-dessus des eaux sombres.

Tumulte. En une hutte en ruine
La pourriture plane avec ses ailes noires ;
Des bouleaux rabougris soupirent dans le vent.

Soir à l’auberge délaissée. Étreint la route du bercail
Le doux accablement des troupeaux à l’engrais,
La nuit paraît : crapauds sourdant d’eaux argentées.


Wanderer im schwarzen Wind; leise flüstert das dürre Rohr
In der Stille des Moors. Am grauen Himmel
Ein Zug von wilden Vögeln folgt;
Quere über finsteren Wassern.

Aufruhr. In verfallener Hütte
Aufflattert mit schwarzen Flügeln die Fäulnis;
Verkrüppelte Birken seufzen im Wind.

Abend in verlassener Schenke. Den Heimweg umwittert
Die sanfte Schwermut grasender Herden,
Erscheinung der Nacht: Kröten tauchen aus silbernen Wassern.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Chant du séparé / Gesang des Abgeschiedenen

Qui est Georg Trakl ?

À Karl Borromaeus Heinrich

Plein d’harmonies est le vol des oiseaux. Les forêts vertes
Se sont groupées le soir près de plus calmes huttes.
Les cristallins gagnages du chevreuil.
L’obscurité rend doux le clapotis du ru, l’humidité des ombres

Et les fleurs de l’été, qui joliment bruissent au vent.
C’est déjà crépuscule au front de qui médite.

Et brille dans son cœur un lumignon, le bien,
Et la paix du repas ; car consacrés sont pain et vin
Par les divines mains, et te regarde avec ses yeux nocturnes
En silence le frère, afin de reposer son épineuse errance.
Ô habiter le bleu, cette âme de la nuit.

Avec amour aussi, le taire dans la chambre étreint les ombres des ancêtres,
La pourpre des tourments, plainte d’un haut lignage,
Qui désormais pieusement se meurt en son unique descendant.

Car s’éveille toujours plus rayonnant des noirs moments de la démence
Celui qui patiente au seuil pétrifié
Et la fraîcheur du bleu l’étreint par sa violence et l’éclat déclinant de l’automne,

La tranquille demeure et les dires des bois,
Mesure et loi et lunaires sentiers des séparés.


An Karl Borromaeus Heinrich

Voll Harmonien ist der Flug der Vögel. Es haben die grünen Wälder
Am Abend sich zu stilleren Hütten versammelt;
Die kristallenen Weiden des Rehs.
Dunkles besänftigt das Plätschern des Bachs, die feuchten Schatten

Und die Blumen des Sommers, die schön im Winde läuten.
Schon dämmert die Stirne dem sinnenden Menschen.

Und es leuchtet ein Lämpchen, das Gute, in seinem Herzen
Und der Frieden des Mahls; denn geheiligt ist Brot und Wein
Von Gottes Händen, und es schaut aus nächtigen Augen
Stille dich der Bruder an, daß er ruhe von dorniger Wanderschaft.
O das Wohnen in der beseelten Bläue der Nacht.

Liebend auch umfängt das Schweigen im Zimmer die Schatten der Alten,
Die purpurnen Martern, Klage eines großen Geschlechts,
Das fromm nun hingeht im einsamen Enkel.

Denn strahlender immer erwacht aus schwarzen Minuten des Wahnsinns
Der Duldende an versteinerter Schwelle
Und es umfängt ihn gewaltig die kühle Bläue und die leuchtende Neige des Herbstes,

Das stille Haus und die Sagen des Waldes,
Maß und Gesetz und die mondenen Pfade der Abgeschiedenen.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

%d blogueurs aiment cette page :