Georg Trakl (1887-1914) : Métamorphose du mal / Verwandlung des Bösen

Qui est Georg Trakl ?

Automne : marche noire à l’orée du bois ; minute d’une destruction muette ; aux aguets le front du lépreux sous l’arbre nu. Soir d’un lointain passé, qui s’abîme à présent sur les degrés de mousse ; novembre. Une cloche sonne et le berger pousse au village un troupeau de chevaux noirs et roux. Sous la coudraie le chasseur vert étripe sa prise. Ses mains fument de sang et l’ombre de la bête soupire dans la ramure au-dessus des yeux de l’homme, brune et taciturne ; le bois. Des corneilles qui se dispersent ; trois. Leur vol pareil à une sonate, comble d’accords pâlis et de mélancolie virile ; un nuage doré se dissipe sans bruit. Près du moulin, de jeunes gars font un feu. Flamme : frère du plus pâle d’entre eux, riant enfoui sous ses cheveux de pourpre ; ou c’est un lieu du crime, où mène, y passant, un chemin de pierre. L’épine-vinette a disparu, l’année durant cela rêve dans l’air de plomb sous les pins sylvestres ; angoisse, verte obscurité, les gargouillis d’un qui se noie : de l’étang aux étoiles le pêcheur retire un grand, un noir poisson, face emplie de cruauté et de démence. Voix de roseaux, d’hommes en querelle dans son dos : ce qu’il berce dans sa barque rouge sur l’eau froidissante d’automne, vivant dans le dire sombre de sa race, les yeux ouverts, pierreux, sur nuits et terreurs virginales. Le mal.

Qu’est-ce qui te force à te tenir sur l’escalier croulé, dans la maison de tes pères ? Noir de plomb. Qu’est-ce que, de ta main d’argent, tu portes à hauteur d’yeux ; et tes paupières retombent comme ivres de pavot ? Mais à travers le mur de pierre tu vois le ciel, ses astres, la voie lactée, Saturne ; rouge. Frénétique, au mur de pierre l’arbre nu frappe. Toi sur les marches croulées : arbre, astre, pierre ! Toi, bête bleue, tremblant tout bas ; toi, prêtre blême, l’immolant sur l’autel noir. Ô ton sourire dans l’obscurité, triste et méchant, qu’en pâlit l’enfant qui dort. Une flamme rouge a jailli de ta main et un papillon nocturne s’y est brûlé. Ô la flûte de la lumière ; ô la flûte de la mort. Qu’est-ce qui t’a forcé à te tenir sur l’escalier croulé, dans la maison de tes pères ? En bas, de son doigt de cristal, un ange frappe à la porte.

Ô l’enfer du sommeil ; venelle obscure, brun jardinet. Tout bas résonne dans le soir bleu l’ombre de la morte. Vertes fleurettes l’entourant de volettements et elle a oublié son visage. Ou il se penche, pâli, sur le front froid du meurtrier, dans l’obscurité du couloir ; adoration, flamme pourpre de jouissance ; mourant, le dormeur tombait sur les marches noires dans l’obscurité.

Quelqu’un t’a laissé à la croix des chemins et longtemps tu regardes en arrière. Pas argentés dans l’ombre de petits pommiers rachitiques. Le fruit luit pourpre dans la ramure noire et dans l’herbe le serpent fait sa mue. Ô ! l’obscurité ; la sueur venue au front glacé, et les tristes rêves avinés, à l’auberge de village, sous les poutres enfumées de noir. Toi, terre sauvage encore, mage tirant, du nuage brun du tabac, des îles roses, et des tréfonds le cri sauvage d’un griffon, quand autour des récifs noirs il chasse en mer, tempête et glace. Toi, vert métal, avec à l’intérieur un visage enflammé, qui veut partir et de la colline aux os chanter les temps ténébreux et la chute flamboyante de l’ange. Ô ! désespoir, qui dans un cri muet tombe à genoux.

Un mort te rend visite. De ton cœur coule le sang dont il est source et dans le sourcil noir niche un indicible instant ; sombre rencontre. Toi – lune pourpre, quand il apparaît dans l’ombre verte de l’olivier. Le suit une nuit sans fin.


Herbst: schwarzes Schreiten am Waldsaum; Minute stummer Zerstörung; auflauscht die Stirne des Aussätzigen unter dem kahlen Baum. Langvergangener Abend, der nun über die Stufen von Moos sinkt; November. Eine Glocke läutet und der Hirt führt eine Herde von schwarzen und roten Pferden ins Dorf. Unter dem Haselgebüsch weidet der grüne Jäger ein Wild aus. Seine Hände rauchen von Blut und der Schatten des Tiers seufzt im Laub über den Augen des Mannes, braun und schweigsam; der Wald. Krähen, die sich zerstreuen; drei. Ihr Flug gleicht einer Sonate, voll verblichener Akkorde und männlicher Schwermut; leise löst sich eine goldene Wolke auf. Bei der Mühle zünden Knaben ein Feuer an. Flamme ist des Bleichsten Bruder und jener lacht vergraben in sein purpurnes Haar; oder es ist ein Ort des Mordes, an dem ein steiniger Weg vorbeiführt. Die Berberitzen sind verschwunden, jahrlang träumt es in bleierner Luft unter den Föhren; Angst, grünes Dunkel, das Gurgeln eines Ertrinkenden: aus dem Sternenweiher zieht der Fischer einen großen, schwarzen Fisch, Antlitz voll Grausamkeit und Irrsinn. Die Stimmen des Rohrs, hadernder Männer im Rücken schaukelt jener auf rotem Kahn über frierende Herbstwasser, lebend in dunklen Sagen seines Geschlechts und die Augen steinern über Nächte und jungfräuliche Schrecken aufgetan. Böse.

Was zwingt dich still zu stehen auf der verfallenen Stiege, im Haus deiner Väter? Bleierne Schwärze. Was hebst du mit silberner Hand an die Augen; und die Lider sinken wie trunken von Mohn? Aber durch die Mauer von Stein siehst du den Sternenhimmel, die Milchstraße, den Saturn; rot. Rasend an die Mauer von Stein klopft der kahle Baum. Du auf verfallenen Stufen: Baum, Stern, Stein! Du, ein blaues Tier, das leise zittert; du, der bleiche Priester, der es hinschlachtet am schwarzen Altar. O dein Lächeln im Dunkel, traurig und böse, daß ein Kind im Schlaf erbleicht. Eine rote Flamme sprang aus deiner Hand und ein Nachtfalter verbrannte daran. O die Flöte des Lichts; o die Flöte des Tods. Was zwang dich still zu stehen auf verfallener Stiege, im Haus deiner Väter? Drunten ans Tor klopft ein Engel mit kristallnem Finger.

O die Hölle des Schlafs; dunkle Gasse, braunes Gärtchen. Leise läutet im blauen Abend der Toten Gestalt. Grüne Blümchen umgaukeln sie und ihr Antlitz hat sie verlassen. Oder es neigt sich verblichen über die kalte Stirne des Mörders im Dunkel des Hausflurs; Anbetung, purpurne Flamme der Wollust; hinsterbend stürzte über schwarze Stufen der Schläfer ins Dunkel.

Jemand verließ dich am Kreuzweg und du schaust lange zurück. Silberner Schritt im Schatten verkrüppelter Apfelbäumchen. Purpurn leuchtet die Frucht im schwarzen Geäst und im Gras häutet sich die Schlange. O! das Dunkel; der Schweiß, der auf die eisige Stirne tritt und die traurigen Träume im Wein, in der Dorfschenke unter schwarzverrauchtem Gebälk. Du, noch Wildnis, die rosige Inseln zaubert aus dem braunen Tabaksgewölk und aus dem Innern den wilden Schrei eines Greifen holt, wenn er um schwarze Klippen jagt in Meer, Sturm und Eis. Du, ein grünes Metall und innen ein feuriges Gesicht, das hingehen will und singen vom Beinerhügel finstere Zeiten und den flammenden Sturz des Engels. O! Verzweiflung, die mit stummem Schrei ins Knie bricht.

Ein Toter besucht dich. Aus dem Herzen rinnt das selbstvergossene Blut und in schwarzer Braue nistet unsäglicher Augenblick; dunkle Begegnung. Du – ein purpurner Mond, da jener im grünen Schatten des Ölbaums erscheint. Dem folgt unvergängliche Nacht

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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