Georg Trakl (1887-1914) : Faisant route / Unterwegs

Qui est Georg Trakl ?

Ils ont porté le soir l’étranger dans la chambre mortuaire ;
Une odeur de goudron ; le léger bruissement de platanes roussis ;
Sombre vol des choucas ; sur la place une garde a été relevée.
Le soleil a sombré dans du lin noir ; revient toujours ce soir passé.
Dans la pièce qui jouxte la sœur joue une sonate de Schubert.
Son sourire avec grande douceur s’abîme en la fontaine qui s’écroule
Et bruit bleuâtre au crépuscule. Ô qu’elle est vieille, notre race.
Quelqu’un chuchote en bas dans le jardin ; quelqu’un a quitté ce ciel noir.
Sur la commode une senteur de pommes. Grand-mère allume des bougies dorées.

Oh que l’automne est doux. Retentissent tout bas nos pas dans le vieux parc
Au-dessous d’arbres hauts. Oh, qu’est grave, couleur d’hyacinthe, le visage du crépuscule.
La source bleue est à tes pieds, mystérieux rouge silence de ta bouche.
Enténébré par le feuillage ensommeillé, l’or profond de croulants tournesols.
Alourdies de pavot doucement rêvent tes paupières sur mon front.
Poitrine traversée d’un tremblement de cloches tendres. Nuage bleu,
Ton visage a sombré sur moi au crépuscule.
Un air à la guitare, et qui résonne en auberge étrangère.
Les buissons là-bas de sureau sauvage, jour de novembre d’autrefois,
Pas familiers dans l’escalier crépusculaire, on voit des poutres brunes,
Une fenêtre ouverte, où s’est éternisée une espérance douce –
De cela, tout, mon Dieu, est indicible, et dans un trouble on en tombe à genoux.

Ô qu’elle est sombre, cette nuit. Une flamme de pourpre
S’est éteinte à ma bouche. Dans le calme
Meurt de l’âme apeurée l’arpège solitaire.
Laisse, quand enivrée de vin la tête sombre au caniveau.


Am Abend trugen sie den Fremden in die Totenkammer;
Ein Duft von Teer; das leise Rauschen roter Platanen;
Der dunkle Flug der Dohlen; am Platz zog eine Wache auf.
Die Sonne ist in schwarze Linnen gesunken; immer wieder kehrt dieser vergangene Abend.
Im Nebenzimmer spielt die Schwester eine Sonate von Schubert.
Sehr leise sinkt ihr Lächeln in den verfallenen Brunnen,
Der bläulich in der Dämmerung rauscht. O, wie alt ist unser Geschlecht.
Jemand flüstert drunten im Garten; jemand hat diesen schwarzen Himmel verlassen.
Auf der Kommode duften Äpfel. Großmutter zündet goldene Kerzen an.

O, wie mild ist der Herbst. Leise klingen unsere Schritte im alten Park
Unter hohen Bäumen. O, wie ernst ist das hyazinthene Antlitz der Dämmerung.
Der blaue Quell zu deinen Füßen, geheimnisvoll die rote Stille deines Munds,
Umdüstert vom Schlummer des Laubs, dem dunklen Gold verfallener Sonnenblumen.
Deine Lider sind schwer von Mohn und träumen leise auf meiner Stirne.
Sanfte Glocken durchzittern die Brust. Eine blaue Wolke
Ist dein Antlitz auf mich gesunken in der Dämmerung.
Ein Lied zur Guitarre, das in einer fremden Schenke erklingt,
Die wilden Hollunderbüsche dort, ein lang vergangener Novembertag,
Vertraute Schritte auf der dämmernden Stiege, der Anblick gebräunter Balken,
Ein offenes Fenster, an dem ein süßes Hoffen zurückblieb –
Unsäglich ist das alles, o Gott, daß man erschüttert ins Knie bricht.

O, wie dunkel ist diese Nacht. Eine purpurne Flamme
Erlosch an meinem Mund. In der Stille
Erstirbt der bangen Seele einsames Saitenspiel.
Laß, wenn trunken von Wein das Haupt in die Gosse sinkt.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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