Georg Trakl (1887-1914) : Sebastien en rêve / Sebastian im Traum

Qui est Georg Trakl ?

— 1 —

La mère portait le petit enfant sous la lune blanche,
Dans l’ombre du noyer, du sureau suranné,
Grisée par le pavot, la plainte de la grive ;
Et sans bruit
Empli de pitié sur eux s’inclinait une face à barbe

En douceur dans l’obscur de la fenêtre ; et les vieux meubles
Des ancêtres
Croulaient ; amour et rêverie d’automne.

Obscur, donc, jour de l’an, triste enfance,
Lorsque en douceur le garçon descendait vers les eaux fraîches, les poissons d’argent,
Calme et face :
Qu’il se jetait, pierreux, sous l’élan des moreaux,
Que dans la nuit grise au-dessus de lui venait son étoile ;

Ou bien qu’à la main glacée de la mère
Il coupait le soir par le cimetière Saint-Pierre en automne,
Que gisait sans bruit dans la pièce obscure un frêle cadavre,
Qu’il levait sur lui ses paupières froides.

Mais il était, lui, un petit oiseau dans les branches nues,
Le long angélus du soir en novembre,
Le père sans mots, lorsque en son sommeil il descendait la vis de l’escalier crépusculaire.

— 2 —

Âme en paix. Vent d’hiver solitaire,
Au vieil étang les formes sombres des bergers ;
Petit enfant dans la chaumine ; ô qu’en douceur
Le visage sombrait dans le noir de la fièvre,
Sainte nuit.

Ou lorsque à la main dure de son père
Il gravissait sans bruit le ténébreux Calvaire,
Que dans l’obscurité des niches dans la roche
La forme bleue de l’homme infiltrait sa légende,
Que la plaie sous le cœur épanchait le sang pourpre.
Ô qu’en douceur montait la croix dans l’âme sombre.

Amour ; lorsque dans les coins noirs fondait la neige,
Qu’un frisson de vent bleu plus gaiement se prenait dans l’antique sureau,
Dans la voûture ombreuse du noyer ;
Et qu’au garçon son ange rose avec douceur apparaissait.

Joie ; lorsque résonnait une sonate, au soir, dans la fraîcheur des pièces,
Que sur les poutres brunes
Un papillon sortait, bleu, de sa chrysalide.

Ô les parages de la mort. Dans la muraille en pierre,
Jaune, une tête s’inclinait, faisant taire l’enfant,
Quand en ce mois de mars la lune déclinait.

— 3 —

Rose cloche pascale aux catacombes de la nuit
Et l’argentine voix des astres —
Qu’en frissons s’enfonçait chue du front du dormeur une sombre démence.

Ô calme promenade en aval de l’eau bleue,
Remâchant un oubli, quand dans la ramée verte
La grive appelait une chose étrange à passer sous terre.

Ou bien quand à la main osseuse du vieillard
Il se rendait le soir devant le mur effondré de la ville,
Que celui-là portait, emmantelé de noir, un petit enfant rose,
Et que dans l’ombre du noyer l’esprit du mal apparaissait.

Tâtonner sur le vert escalier de l’été. Ô qu’en douceur
Le jardin s’effondrait dans le silence brun d’automne,
Parfum, mélancolie du vieux sureau,
Quand dans l’ombre de Sébastien se mourait l’argentine voix de l’ange.


— 1 —

Mutter trug das Kindlein im weißen Mond,
Im Schatten des Nußbaums, uralten Hollunders,
Trunken vom Safte des Mohns, der Klage der Drossel;
Und stille
Neigte in Mitleid sich über jene ein bärtiges Antlitz

Leise im Dunkel des Fensters; und altes Hausgerät
Der Väter
Lag im Verfall; Liebe und herbstliche Träumerei.

Also dunkel der Tag des Jahrs, traurige Kindheit,
Da der Knabe leise zu kühlen Wassern, silbernen Fischen hinabstieg,
Ruh und Antlitz;
Da er steinern sich vor rasende Rappen warf,
In grauer Nacht sein Stern über ihn kam;

Oder wenn er an der frierenden Hand der Mutter
Abends über Sankt Peters herbstlichen Friedhof ging,
Ein zarter Leichnam stille im Dunkel der Kammer lag
Und jener die kalten Lider über ihn aufhob.

Er aber war ein kleiner Vogel im kahlen Geäst,
Die Glocke lang im Abendnovember,
Des Vaters Stille, da er im Schlaf die dämmernde Wendeltreppe hinabstieg.

— 2 —

Frieden der Seele. Einsamer Winterabend,
Die dunklen Gestalten der Hirten am alten Weiher;
Kindlein in der Hütte von Stroh; o wie leise
Sank in schwarzem Fieber das Antlitz hin
Heilige Nacht.

Oder wenn er an der harten Hand des Vaters
Stille den finstern Kalvarienberg hinanstieg
Und in dämmernden Felsennischen
Die blaue Gestalt des Menschen durch seine Legende ging,
Aus der Wunde unter dem Herzen purpurn das Blut rann.
O wie leise stand in dunkler Seele das Kreuz auf.

Liebe; da in schwarzen Winkeln der Schnee schmolz,
Ein blaues Lüftchen sich heiter im alten Hollunder fing,
In dem Schattengewölbe des Nußbaums;
Und dem Knaben leise sein rosiger Engel erschien.

Freude; da in kühlen Zimmern eine Abendsonate erklang,
Im braunen Holzgebälk
Ein blauer Falter aus der silbernen Puppe kroch.

O die Nähe des Todes. In steinerner Mauer
Neigte sich ein gelbes Haupt, schweigend das Kind,
Da in jenem März der Mond verfiel.

— 3 —

Rosige Osterglocke im Grabgewölbe der Nacht
Und die Silberstimmen der Sterne,
Daß in Schauern ein dunkler Wahnsinn von der Stirne des Schläfers sank.

O wie stille ein Gang den blauen Fluß hinab
Vergessenes sinnend, da im grünen Geäst
Die Drossel ein Fremdes in den Untergang rief.

Oder wenn er an der knöchernen Hand des Greisen
Abends vor die verfallene Mauer der Stadt ging
Und jener in schwarzem Mantel ein rosiges Kindlein trug,
Im Schatten des Nußbaums der Geist des Bösen erschien.

Tasten über die grünen Stufen des Sommers. O wie leise
Verfiel der Garten in der braunen Stille des Herbstes,
Duft und Schwermut des alten Hollunders,
Da in Sebastians Schatten die Silberstimme des Engels erstarb.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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