Jürgen Brôcan (né en 1965) : Soir, décoloré / Abend, farbgelöscht


La pleine lune passe le mur
du garage au blanc-spectre.
N’aie pas peur !

Le théâtre d’ombres
du pommier n’y montre
pas de contorsion grotesque.

La haute résolution de ton téléviseur
t’a conservé des yeux
pour l’arrière-cour.

Pas un cil ne te tremble
face aux vers qui grouillent
dans la charogne de prunes.

Les crocus sont sortis
silencieux de la crypte
du gazon.

Parfois
on rate bien peu de choses
en noir et blanc.


Der Vollmond tüncht die Mauer
der Garage gespensterbleich.
Fürchte dich nicht!

Das Schattentheater
des Apfelbaums darauf
zeigt keine groteske Verrenkung.

Der hochauflösende Fernseher,
hat dich nicht blind
für den Hinterhof gemacht.

Du zuckst mit keiner Wimper
beim Madengewimmel
im Pflaumenaas.

Die Krokusse sind leise
aus der Gruft
des Rasens gestiegen.

Manchmal
entgeht einem am wenigsten
in Schwarzweiß.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Melitta Roth (née en 1970) : Little Abyss


Je porte mon propre abîme
toujours sur moi
Il tient dans presque toutes les poches et
y est si
joliment
sans fond

J’aime bien l’avoir
à ma portée
Il me faut peu de temps
pour y jeter un œil
et déjà
je perçois le hurlement
du vent
dans les tréfonds
Ça fait de si jolies chatouilles
dans les synapses

Pour éviter chaque
fois
d’y
tomber
c’est simple, je m’agriffe
des orteils aux pavés –
bien stable


Ich trage meinen eigenen Abgrund
immer bei mir
Er passt praktisch in jede Tasche und
ist dabei so
schön
bodenlos
 
Ich habe ihn gern
in meiner Reichweite
So brauche ich nur kurz
hineinzublicken
und schon
spüre ich das Heulen
des Windes
in der Tiefe
Das kitzelt so schön
an den Synapsen

Um nicht jedes Mal
hinein
zu
fallen
kralle ich meine Zehen
einfach in die Pflastersteine –
ganz fest


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Sonja Crone (née en 1982) : Une fin / Ein Ende


Je cherche une fin
une fin
où des mots
se touchent

au-delà
du taire
au-delà d’une trêve

une fin
où ce ne soient pas
des pierres qui dans ma gorge
constituent le poids du monde.


Ich suche ein Ende
ein Ende
an dem Worte
sich berühren

jenseits
des Schweigens
jenseits eines Stillstands

ein Ende
an dem nicht
Steine in meiner Kehle
das Gewicht der Welt ausmachen.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Alexandra Bernhardt (née en 1974) : Début février / Anfang Februar


Le givre le matin s’étend dessus les herbes,
le soleil le dissipe au moment qu’il renaît
tandis que l’escargot depuis longtemps se cloître.

Les arbres lumineux hébergent les corbeaux,
fossoyeurs à l’attente.
Ils savent que l’hiver s’en va bientôt mourir.
L’un d’eux parfois prend son envol.
Le ciel alors se tient ouvert
et le monde se fait demeure.


Auf den Gräsern liegt am Morgen Rauhreif,
der in der wiedergeborenen Sonne schwindet,
während die Schnecke lange schon heimgekehrt ist.

Die Krähen sitzen in den lichten Bäumen
wie wartende Totengräber.
Sie wissen, daß der Winter bald stirbt.
Manchmal fliegt eine von ihnen auf.
Dann steht der Himmel offen,
und die Welt wird ein Haus.

(in Weisse Salamander, edition offenes feld [2020])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Eric Giebel (né en 1965) : Île, eau perdue / Insel, verlorenes Wasser


Ah, le Rhin. Pas un fleuve
de la connaissance.
__Werner DÜRRSON

Regard pointé contre courant,
résistances d’un jeune enfant :
vers la source, vers la source, me rafraîchir
au fil de l’eau. Pas la mer, pas
le chemin rapide, ne pas sombrer
dans l’assemblée des vagues et des tourbillons.
 
Le regard sur l’origine, la circulation
de l’eau, je me rêve roche quand je suis
sédiment, grain de sable, emporté puis
déposé derechef, à la façon des morts
creusant des trous dans le village : lequel écarte
les jambes pour accueillir de nouvelles semences.
 
Les barques ont disparu, des planches
pourries dans l’eau jouent
fugaces à la nostalgie. Graswerth, pas un asile
pour les oiseaux, qui vont plus loin. Migration. Couvaison.
Le bruit du pont, de la fontaine pérenne, poussée
du fret le long des routes, just in time.
 
Dois-je avoir des racines, dans cette terre ?
Le paysan bat sa faux et
me fauche. À un croisement
je reste au sol, abandonné. Provisoirement,
pour ce petit instant de vérité :
attention, ici on vole des pères !
 
Les cerises, rouges, probes appellations,
extraites de la brochure présentant la région
car les fruits à noyau n’ont pas de mémoire,
dénoyautées ou vite crachées :
Büttner, Empereur François, Geisepittersch,
Lorenze, Keglersch, Cœur clair, Jabuly.
 
Petits pas d’enfants vers la pointe sud,
exultants de leur sans-gêne,
de leur rupture avec les routines
des vieilles gens qui, leur vie durant
partis et diligents
continuent de faire, continuent d’aller ;
 
longer le cimetière où justement quelqu’un
ouvre la porte menant aux morts.
Le grincement des gonds est
avalé par le mur, la prochaine crue
va karchériser toute pourriture.
On devra refaire les tombes à neuf.
 
En rêve les rapides bateaux à moteur,
des gens sans visages qui bondissent
bruyamment. Leur fun, just for. Là c’en était
fait de grand-pères centenaires.
On parlait de cailloux et de soquettes
blanches pour jeunes filles, de salutations d’Allemagne.
 
Prenant congé j’avais quitté l’île
sans me presser. Les pommes sous les arbres. Reposaient-elles
loin ou pas de leur tronc ? Qui suis-
je pour en décider ? Fruits tombés et lieux pourris.
Et sous le couvre-lit de mon gris d’hôtel il n’y avait
ni mon grand-père ni mon père, que moi.

Ach der Rhein. Kein Fluss
der Erkenntnis.
__Werner DÜRRSON

Die Blickrichtung gegen den Strom,
Widerstände eines kleines Kindes:
zur Quelle, zur Quelle, mich laben
am Rinnsal. Nicht das Meer, nicht
der schnelle Weg, in der Gesellschaft
der Wellen und Strudel nicht untergehen.
 
Auf den Anbeginn blicken, des Wassers
Kreislauf, träume mich als Fels, bin doch
ein Sediment, Korn nur, weggetragen und
später wieder angeschwemmt, so wie Tote
Löcher reißen in das Dorf, das die Beine
spreizt, um neuen Samen zu empfangen.
 
Die Nachen sind verschwunden, morsche
Planken liegen im Wasser und bespielen
flüchtig Nostalgie. Graswerth, kein Ruheplatz
für Vögel, die weiterziehen. Migration, Brut.
Der Lärm der Brücke, stetes Brummen, Auftrieb
der Fracht entlang der Trassen, just in time.
 
Ich soll Wurzeln haben, in dieser Erde?
Der Bauer dengelt seine Sense und
schneidet mich ab. An einer Weggabelung
bleibe ich unbeachtet liegen. Vorerst,
für diesen kleinen Moment Wahrheit:
Vorsicht, hier werden Väter gestohlen!
 
Die Kirschen, rote, aufrechte Namen,
abgeschrieben aus dem Heimatbuch,
denn Steinobst hat kein Gedächtnis,
entkernt oder schnell ausgespuckt:
Büttner, Kaiser Franz, Geisepittersch,
Lorenze, Keglersch, Helle Herz, Jabuly.
 
Kleine Kinderschritte zur Südspitze,
frohlockend in ihrer Taktlosigkeit,
in ihrem Ausreißen aus dem Trott
der alten Leute, die ihr Leben längst
abgegangen und unverdrossen
weitermachen, weitergehen;
 
am Friedhof vorbei, wo irgendjemand
gerade das Tor zu den Toten öffnet.
Das Quietschen in den Angeln wird
von der Mauer geschluckt, aller Moder
kärchert das nächste Hochwasser ab.
Die Gräber werden neu zu richten sein.
 
Im Traum die schnellen Motorboote,
das laute Aufspringen von gesichtslosen
Menschen. Ihr fun, just for. Da war es
um hundertjährige Großväter geschehen.
Von Kieseln war die Rede und von weißen
Jungfrausöckchen, von einem deutschen Gruß.
 
Zum Aufbruch war ich das Eiland ohne Hast
abgegangen. Die Äpfel unter den Bäumen. Ob
sie weit vom Stamm lagen oder nicht? Wer bin
ich, dies zu entscheiden? Fallobst und faule Stellen.
Und unter der Bettdecke meines grauen Hotels lag
weder mein Großvater, noch mein Vater, nur ich.

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Alexandra Bernhardt (née en 1974) : Januaria


Sans bruit la lumière
– un souffle – pénètre
dans l’aube qui se lève
le calme vieux d’un rêve
crépusculaire

Dans le double visage
des poissons s’agitent
dans l’air leurs nageoires
remuent des écailles

plus tard une horloge
reste sans bouger

mais non pas le temps


Stille bricht
ein Atem von Licht
herein in die Frühe
die alte Ruhe
dämmernden Traums

Im Zwiegesicht
bewegen sich Fische
ihre Flossen schwingen
Schuppen in Luft

Später bleibt
ein Uhrwerk stehen

Nicht aber die Zeit

(inédit)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Cornelia Travnicek (née en 1987) : Paraplante / Parablüh


1.

Le sol s’affermit sous son pas
Le chou libère son odeur au soleil
Dans les cils du chien, un insecte, empêtré
Dans la poussière de la sente une patte abandonnée
Os sec, déjà, un lambeau de pelage
Un cocon vire comme un harpe éolienne, berce
La chenille qui rêve.

Le chien saisit la patte de lièvre entre les crocs, la tient telle un bâtonnet
La lui rapporte, telle une offre qu’elle ne peut refuser

2.

Ici un renard et un lièvre se sont dit
Bonne nuit. Les petits oiseaux de proie se tiennent
Obliques sous la lumière. L’enfant
Titube sur la trace d’un papillon, aveugle
Au poil et aux os. Le soir étend
Du bleu sombre au-dessus de leur tête. Parapluie
Dit la mère. Bleu sombre aussi entre pluie
Et elle. Paraplante dit l’enfant, qui plante
Des ombrelles dans le paysage.


1.

Der Boden verfestigt sich unter ihrem Tritt
Der Kohl gibt seinen Geruch frei in der Sonne
In den Wimpern des Hundes, ein Insekt, sich verfangen
Im Staub des Weges ein zurückgelassenes Bein
Bereits trockener Knochen, ein Stück Fell
Ein Kokon dreht sich als Windspiel, wiegt
Die träumende Raupe

Der Hund nimmt den Hasenfuss zwischen die Beisser, hält ihn als Stöckchen
Hält ihn ihr hin, als ein Angebot, das sie nicht ausschlagen kann

2.

Hier haben sich ein Fuchs und eine Hase
Gute Nacht gesagt. Die kleinen Raubvögel stehen
Schräg unter dem Licht. Das Kind
Taumelt auf der Spur eines Falters, blind
Für Haar und Gebein. Dunkles Blau
Spannt der Abend über ihre Köpfe. Paraplui
Sagt die Mutter: Dunkles Blau auch zwischen Regen
Und sie. Parablüh sagt das Kind und pflanzt
Schirme in die Landschaft.

(in Parablüh. Monolog mit Silvia, Limbus)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Anja Kampmann (née en 1983) : au milieu / mitten

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un labyrinthe et dans ses tréfonds sombres
seul un autre passage immensément courbe
l’humidité des haies le soir
le lent ramage des oiseaux. tâtonner.
ce que la résistance est pour le temps que tu
donnes irrattrapable l’herbe dans les passages
se redresse après chaque pas il n’y a
pas ici de direction seul ce trajet
de l’eau dedans les jours tels des vagues qui
pourtant sont pareilles au feuillage en son
grand jaune avec l’odeur que tu
regrettes comme si les parois pourtant n’étaient
pas solides seule cette direction qui te tient
sur ton trajet et des témoins ont vu comme tu
retiens le pas t’arrêtes près des haies
et parles aux oiseaux. ils portent
témoignage des passages disent qu’ils sont
comme nous faits d’un air qui rarement coule
comme s’il était triste.


ein labyrinth in dessen tiefstem dunkel
nur ein weiterer maßlos gebogener gang
die feuchtigkeit der hecken am abend
der langsame gesang der vögel. tasten.
was der widerstand ist für die zeit die du
gibst uneinholbar das gras in den gängen
richtet sich auf nach jedem schritt es sind
keine richtungen hier nur diese reise
ein wasser darin die tage als wellen die
doch dem laub so ähnlich sind in seinem
großen gelb mit dem geruch den du
vermisst als wären die wände doch nicht
fest nur diese richtung die dich hält
auf deiner reise und zeugen sahen wie du
den schritt anhältst und an den hecken stehst
und mit den vögeln sprichst. sie geben
kunde von den gängen sagen sie sind
wie wir aus einer luft die seltsam fließt
als ob sie traurig ist.

(in Proben von Stein und Licht, Edition Lyrik Kabinett,
Hanser Literaturverlage, Munich, 2016)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Jürgen Brôcan (né en 1965) : choses / dinge


voir tel qu’une forme d’être : le monde est suffisant,
seuls fréquemment les sens ne le sont pas, des yeux panoramiques
de libellule et de requin-marteau seraient utiles

pour s’excaver des paysages dans la cervelle, ainsi que pour
voir des sculptures parmi le spectre des UV ou pour
entendre des symphonies ultrasoniques dans des cavernes

à chauves-souris : ou pour voler tels les dieux aériens, caressé
d’escarpements, chatouillé d’herbes et de pins,
le pis bleus de nuées pour nous flatter l’échine

et pénis ballottant dans des cavernes aux profondeurs
insues : voir est l’amour premier qui mène à la puissance
des choses : ce qui est, est : les choses ne sont ni

morales ni amorales, elles sont non-
humaines et non pas inhumaines : dans l’abondance
le rare est ce qui sert à nourrir les nouvelles,

les blogs, le plus rare est sur la table de cuisine
dans la cuvette, dans la forêt : quand les cheveux de glace
poussent, sortant par les pores du bois mort, quand les mares

pizzicatent au bord de l’autoroute : ce qui est a une forme :
voir dans la prêle d’antiques colonnes,
un totem dans la pousse de châtaignier, dans la fougère

le corps qui se déplie d’une danseuse
ou un sceptre d’épines dans une tige de sauge,
administre la preuve que les choses sont liées

dès qu’elles traversent fluides notre imagination :
c’est l’imagination la colle entre les choses,
et en l’absence de créateur, ab-

-sence aussi d’observateur, les choses
sont laissées à elles-mêmes : la chaussée vide,
les cheminées qui fument, lanterne ou arbre

automnal en banlieue, comme si les choses on les avait
délivrées, les bordures en basalte, les bris de pierre,
les tas de bois dans la cour d’une usine, afin

qu’elles se déplient le temps d’un bref instant,
qu’elles libèrent leurs similitudes, que les choses faites
et les non-faites entre elles partagent.

tu peux bien dire : ah, les choses ne font
qu’ornementer la profondeur : il n’y a rien
en-dessous. la pensée est du réel auquel

on peut donner des formes. approche, observe-les
avec plus de distance. change d’angle de vue,
allonge les sens par artifice : voir tel que —


sehen als eine form von sein: welt ist genug,
nur die sinne reichen oft nicht, der rundumblick
von libelle und hammerhai wäre nützlich,

sich landschaften ins gehirn zu baggern, auch
skulpturen im uv-spektrum zu sehen oder
die ultraschallsymphonien in fledermaushöhlen

zu hören: oder zu fliegen wie luftgötter, gekrault
von schroffen, gekitzelt von tann und kraut,
blaue wolkeneuter streicheln einem den rücken

und der penis schlenkert in höhlen unbekannter
tiefe: sehen ist die frühe liebe zur gewaltigkeit
der dinge: was ist, das ist: die dinge sind weder

moralisch noch amoralisch, sie sind nicht-
menschlich, nicht unmenschlich: seltsames im
übermaß ist der nährstoff von nachrichten und

blogs, seltsameres liegt auf dem küchentisch,
in der schüssel, im wald: wenn haareis aus den
poren des totholzes wächst, tümpel den rand

der autobahn pizzikieren: was da ist, hat form:
im schachtelhalm antike säulen zu sehen,
im kastaniensproß totembäume, im tüpfelfarn

den sich auffaltenden körper einer tänzerin
oder im salbeistengel ein dornenszepter,
beweist die verbundenheit der dinge,

sobald sie durch unsere imagination fließen:
imagination ist der klebstoff zwischen den dingen,
und in abwesenheit des schöpfers, ab-

wesenheit auch des betrachters, sind die dinge
sich selber überlassen: die leere chaussee,
die schlotenden essen, laterne oder herbst-

baum am stadtrand, als habe man die dinge
freigegeben, die basaltkanten, die steinbrüche,
die holzstapel in einem fabrikhof, damit

sie sich für einen kurzen augenblick auffalten,
ihre ähnlichkeiten freigeben, die gemachte
und nicht gemachte dinge miteinander

teilen. du kannst sagen: ah, die dinge sind
bloß ornament über der tiefe: doch es gibt nichts
darunter. der gedanke ist formbar gewordene

realität. geh näher heran, betrachte sie aus
größerer entfernung, verändere den blickwinkel,
verlängere künstlich die sinne: sehen als —

(Extrait de : Jürgen Brôcan, Wacholderträume, Edition Rugerup, Berlin 2018)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Jürgen Brôcan (né en 1965) : pline à propos d’apelle / plinius über apelles


certains mesurent leur tête à l’aune du monde,
d’autres portent leur regard au-delà,
___il appartenait au dernier groupe.

les couleurs, rivales de la nature, poussent
la ressemblance jusqu’à tromper —
___les oiseaux becquent les raisins bleus,

un serpent de parchemin chasse
les bêtes hors des forêts —
___pas plus loin. les choses peuvent davantage.

il peignait pour ce que sur une face
vivante on pouvait lire l’heure de la mort
___et discernait en clair ce que derrière

mont, maison, statue, lune il se trouvait,
enfin peignait ce qui
___ne peut pas être peint :

tonnerre, éclairs et foudre.
et demeurait modeste,
___sa gloire : un tableau sans rien d’autre

qu’une ligne de la finesse d’un souffle, qui
envoyait par-dessus la sous-couche
___le regard dans l’infini.


NB :  Le poème s’inspire des propos de Pline l’Ancien sur le peintre Apelle (Histoires naturelles, livre XXXV, paragraphes 17 à 34 inclus). Ce qu’il est dit des raisins se rapporte au peintre Zeuxis (Pline l’Ancien, ibid., paragraphes 5 et 6).

die einen messen ihren kopf an der welt,
andere richten den blick hinaus,
___er hatte zur letzten gruppe gehört.

farben im wettstreit mit der natur sind
ähnlich bis zu täuschung —
___vögel picken an blauen trauben,

eine schlange auf pergament vergrämt
das getier aus den wäldern —
___nicht weiter. dinge können mehr.

darum malte er, daß man vom lebenden
gesicht die todesstunde las
___und klar erkannte, was hinter

berg, haus, statue oder dem mond lag,
schließlich malte er, was
___nicht gemalt werden kann:

donnerschlag, wetterleuchten und blitze.
dabei blieb er bescheiden,
___sein ruhm eine tafel mit nichts

als einer hauchfeinen linie, die den blick
über die grundierung
___ins unendliche verwiesen hat.

(inédit)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

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