Anonyme (Antiquité latine) : Cupidon amoureux / Cupido amans


« Mais quelle ardeur me pousse… ? Inédits, ces soupirs…
Un dieu a-t-il un arc plus puissant que le mien ?
Quel frère m’a conçu, me bernant, ma déesse
De mère ? Mes dards traits sur l’univers ont-ils
Par trop pressé le ciel, est-ce là la revanche
Du monde outragé ? – Non : je connais mes blessures,
C’est là mon feu, mon feu, qui n’épargne personne.
Je suis pris de furies et de feux ! – Cache-toi,
Jupiter, dans les cieux, toi, dans les flots, Neptune,
Au secret, toi Pluton, des tourments infernaux :
Je vais lever le faix qu’on m’impose et voler
Par la terre et le ciel, la mer tempétueuse,
Et par l’ombreux Chaos ; que les règnes bleus s’ouvrent !
Que cède à mon poison la farouche Bellone !
Peine aimable à chacun : stupeur des dieux ! » L’Amour
Cruel inspire, et cherche en son mal à piper…


Quis me fervor agit ? Nova sunt suspiria menti.
Anne aliquis deus est nostro vehementior arcu ?
Quem mihi germanum fato fraudante creavit
diva parens ? Satis an mea spicula fusa per orbem
vexavere polum laesusque in tempore mundus
invenit poenam ? Sed si mea vulnera novi,
hic meus est ignis : meus est, qui parcere nescit.
In furias ignesque trahor ! Licet orbe superno,
Juppiter, et salsis undis, Neptune, tegaris,
abdita poenarum te cingant Tartara, Pluton,
impositum rumpemus onus ! Volitabo per axem
mundigerum caelique plagas pontique procellas
umbriferumque Chaos ; pateant adamantina regna,
torva venenatis cedat Bellona flagellis
Poenam mundus amet : stupeat vis major ! Anhelat
in se saevus Amor fraudemque in vulnere quaerit !

(in Anthologia veterum latinorum epigrammatum et poëmatum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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