Marcantonio Flaminio (1498 – 1550) : Le trouble d’un ruisseau

D’où d’un coup, ruisselet troublé, te vient tant d’eau,
Dis-moi, qui trouble ainsi le clairet de ton cours ?
C’est la mort, malheureux,  d’Hyella qui te trouble,
Ta crue, infortuné, provient de tes sanglots !

Fini, que de toucher à ses lèvres de rose,
Pour tes eaux pures de baigner ses membres blancs ;
Tu ne la verras plus, saisie par ton murmure
Clapotant, cueillir, lasse, un languide sommeil

Où jouait l’air lascif entre ses seins de neige,
Agitant de concert l’or de sa chevelure
– Et remuant, léger, des retombées de myrtes,
D’une caduque fleur embaumer sa poitrine.

Comme brillant d’or fauve – et si brillant lui-même ! –
S’orne le péridot d’une clarté stellaire ;
Comme le lierre blanc pare de jaunes grappes
Le laurier, nouant à de beaux bras ses bras :

De son image belle se paraient tes eaux
Quand en leur plat cristal Hyella se mirait.
Alors, ô froidelet, tu brûlais d’amour tendre,
Eaux limpides, alors, quel n’était votre éclat ! […]

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Cur subito, fons turbidule, tuus humor abundat?
Dic age, lucidulam quis tibi turbat aquam?
Ah miser! exstinctae turbat te casus Hyellae:
Ipse tuis crescis, perdite, de lacrimis.
Infelix! non jam tanges rosea illa labella:
Candida nec liquidis membra lavabis aquis:
Non fessam, atque tuo crepitanti murmure captam,
Aspicies somnos carpere languidulos;
Dum niveas inter ludit lasciva papillas,
Et simul aureolam ventilat aura comam:
Ac leviter motans myrtos superimpendentes,
Spargit odoratos flore cadente sinus.
Ut fulvum nitidumque aurum nitidissimus ipse
Ornat sidereo lumine chrysolithus:
Ut laurum decorat croceis hedera alba corymbis,
Nectens formosis brachia brachiolis;
Sic formosa tuas lymphas decorabat imago,
Se vitreo quoties viderat illa lacu.
Tunc, o frigidule, blando urebaris amore:
Vos liquidae melius tunc nituistis aquae.

(in Carminum libri VIII [1727], liber IV [Reliqui lusus pastorales], p. 92)

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