Horace : La génisse et le vieillard (Nondum subacta ferre iugum valet cervice, in Odes, II, 5)

Elle est trop jeune encor pour voir soumise au joug
son cou, trop jeune encor pour égaler l’effort
__d’un compagnon, pour d’un pesant taureau
__qui vers l’amour se rue s’accommoder.

Elle a l’esprit tourné vers les verts pâturages,
ta génisse ! et tempère en rivière les fortes
__chaleurs, parfois, et parfois sous l’humide
__bois de saules préfère avec les veaux

s’ébattre. Ton désir de raisins verts, il n’est
pas de saison : bientôt, le chamarrant automne
__de tons de pourpre – et à ton avantage –
__va diaprer les grappes olivâtres ;

et elle va bientôt te suivre : il court, vois-tu,
le temps féroce, et les années qu’il t’aura prises,
__il les lui donnera ; bientôt, d’un front
__fripon, va Lalagé chercher mari,

chérie plus que ne sont Pholoé la fuyante,
et Chloris dont l’épaule au teint pâle luit comme
__sur la nocturne mer la lune pure
__– plus que Gygès, le jouvenceau de Gnide :

lui, si tu l’introduis dans un chœur de tendrons,
à merveille il se joue du flair de tes convives,
__brouillant les différences, les cheveux
__flottants, portant l’équivoque au visage.


Nondum subacta ferre iugum valet
cervice, nondum munia comparis
__aequare nec tauri ruentis
__in venerem tolerare pondus.

Circa virentis est animus tuae
campos iuvencae, nunc fluviis gravem
__solantis aestum, nunc in udo
__ludere cum vitulis salicto

praegestientis. Tolle cupidinem
immitis uvae: iam tibi lividos
__distinguet autumnus racemos
__purpureo varius colore;

iam te sequetur; currit enim ferox
aetas et illi quos tibi dempserit
__adponet annos; iam proterva
__fronte petet Lalage maritum,

dilecta, quantum non Pholoe fugax,
non Chloris albo sic umero nitens
__ut pura nocturno renidet
__luna mari Cnidiusve Gyges,

quem si puellarum insereres choro,
mire sagacis falleret hospites
__discrimen obscurum solutis
__crinibus ambiguoque voltu.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Elles sont trop nombreuses pour qu’on puisse en donner ici la liste :
si on est intéressé, saisir « Horace » dans l’outil de recherche
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