Martial (40-104 ap. J.-C.) : Manger selon sa bourse

Qui est Martial ?

Un sanglier pillait le gland tusque, engraissé
De maint chêne ‒ on eût dit la Bête d’Étolie !
Éclat d’un coup d’épieu : l’ami Droit l’a percé,
Près de mon âtre gît ce gibier qu’on m’envie.
Ah, l’opulent chez moi, gras fumets de cuisson,
Odeurs de bois de crête¹ et de festive liche !
‒ Mais le queux va vouloir le poivrer² à foison,
Le mouiller de falerne³ et de garum³ pour riche !
Mon feu n’est pas pour toi, repars chez qui t’a pris,
Ruineux sanglier : j’ai faim à plus bas prix.

¹ le bois de montagne, supposé de meilleure qualité.
² le poivre était, dans l’Antiquité comme au Moyen âge (d’où l’expression « cher comme poivre ») une épice très coûteuse. 
³ le falerne était un des crus les plus fameux, et des plus onéreux, de l’Antiquité romaine. Le garum, quant à lui, était une sauce très prisée des Romains, à base de poissons fermentés dans de la saumure (cf. l’actuel nuocmâm). Il en existait diverses qualités

Tuscae glandis aper populator et ilice multa
__Jam piger, Aetolae fama secunda ferae,
Quem meus intravit splendenti cuspide Dexter,
__Praeda jacet nostris invidiosa focis:
Pinguescant madido laeti nidore penates
__Flagret et exciso festa culina jugo.
Sed cocus ingentem piperis consumet acervum
__Addet et arcano mixta Falerna garo:
Ad dominum redeas, noster te non capit ignis,
__Conturbator aper: vilius esurio.

(in Epigrammaton liber VII, 27)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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