Maximien l’Étrusque / Maximianus Etruscus : déploration de l’impuissance de son amant

Une jeune beauté constate l’impuissance, espérée temporaire, de son vieil amant.

[…] Aussitôt d’y aller d’expertes gâteries,
Désirant rallumer ma chandelle à son feu.
Mais sentant qu’était mort ce membre tant aimé,
Voyant ma débandade et ses soins inutiles :
Se levant sur ce lit, retombant, veuve en larmes,
Elle s’épanche sur son deuil et sur sa perte :
« Ô queue zélée, ô queue prodigue de jours fastes,
Toi qui fus ma richesse et qui fis mes délices,
Par quel torrent de pleurs déplorer ta déroute,
Quel chant puis-je entonner pour louer tes mérites ?
Ô toi qui secondas si souvent mes ardeurs,
Qui te jouas des feux de mon âme embrasée !
Ô gardienne constante, adulée, de mes nuits,
Complice de mes joies comme de mes tristesses,
De mon intimité confidente fidèle !
Toi qui veillais debout, docile à mon service !
Où donc est ton ardeur engageante et festive,
Où ta tête crêtée, prompte à porter ses coups ?
Voici, tu gis, lavée de ta pourpre d’antan,
Décolorée, courbant le front, voici, tu gis !
Cajoleries ni tendres mots n’y peuvent rien,
Ni nul des usuels aiguillons de l’envie.
Mes larmes te sont dues, comme on les doit aux morts :
Est mort qui ne rend plus son office ordinaire. » […]

***

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

***

[…] Protinus argutas admovit turpiter artes
meque cupit flammis vivificare suis.
ast ubi dilecti persensit funera membri
nec velut expositum surgere vidit opus,
erigitur uiduoque toro laniata recumbens
vocibus his luctus et sua damna fouet:
« mentula, festorum cultrix operosa dierum,
quondam deliciae divitiaeque meae,
quo te dejectam lacrimarum gurgite plangam,
quae de tot meritis carmina digna feram?
tu mihi flagranti succurrere saepe solebas
atque aestus animi ludificare mei.
tu mihi per totam custos gratissima noctem
consors laetitiae tristitiaeque meae,
conscia secreti semper fidissima nostri,
adstans internis pervigil obsequiis:
quo tibi fervor abit per quem feritura placebas,
quo tibi cristatum vulnificumque caput?
nempe jaces nullo, ut quondam, perfusa rubore,
pallida demisso vertice nempe jaces.
nil tibi blanditiae, nil dulcia carmina prosunt,
non quicquid mentem sollicitare solet.
hic velut exposito meritam te funere plango:
occidit, assueto quod caret officio. »


[Élégies, V, vers 81-104]

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