Richard Crashaw (1613 [?] – 1649) : Élégie / Elegia

Coulez, mes pleurs, coulez : j’y consens. Mais laissez,
De grâce, libre cours à ma parole en peine.
Puissé-je insuffler mots à mes douleurs plaintives,
Et à tout le moins dire : « Ah, mon amour n’est plus » !

– Ils refusent, mes pleurs, ils refusent, rebelles,
Et vont précipitant leur course irréfrénée.
Tu veux donc, mon aimé, qu’on te parle en silence,
Et que l’amour, muet, pleure à sanglots sans fin ?

Il pleurera : toujours embue, l’urne boira
Ses larmes, recelant des eaux toujours fidèles.
– Vous autres, cependant : ne criez pas miracle,
Si les pleurs, les vrais pleurs, ne savent pas parler.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Ite maea lacrimae (nec enim moror) ite. Sed oro
Tantum ne miserae claudite vocis iter.
O liceat querulos verbis animare dolores,
Et saltem ah periit dicere noster amor.
Ecce negant tamen, ecce negant, lacrimaeque rebelles
Indomita pergunt, praecipitantque via.
Visne (ô care) igitur Te nostra silentia dicant ?
Vis fleat assiduo murmure mutus amor ?
Flebit, et urna suos semper bibet humida rores,
Et fidas semper, semper habebit aquas.
Interea, quicumque estis ne credite mirum
Si verae lacrimae non didicere loqui.

(in The Delights of the Muses [1646])

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