Horace : Dialogue d’ex… (Donec gratus eram tibi, in Odes, III, 11)

Horace :
Tant qu’à tes yeux j’eus quelque charme,

qu’à nul godelureau n’alla ta préférence
et à ses bras ta blanche nuque,
j’ai vécu plus heureux que le roi de la Perse.

Lydie :
Tant que plus fort tu ne brûlas

pour l’autre, et que Chloé n’eut le pas sur Lydie,
– Lydie : ce nom sur toutes lèvres… –
j’ai vécu plus connue qu’Ilia la Romaine. *

Horace :
J’aime à présent Chloé de Thrace

qui sait de doux refrains, qui joue de la cithare.
Pour elle je mourrai sans crainte,
si ma chère âme reste, épargnée par le sort.

Lydie :
Nous sommes pris d’un même feu,

Calaïs de Thuries, fils d’Ornytus, et moi.
Pour lui, je mourrai, re-mourrai,
si mon chérubin reste, épargné par le sort.

Horace :
Et si revient l’ancien amour,

qu’il pose un joug de bronze au cœur des séparés ?
– Si l’on renvoie Chloé la blonde,
et si la porte s’ouvre à Lydie l’éconduite ?

Lydie :
Même s’il est plus beau qu’un astre,

et toi léger plus que le liège et coléreux
plus que l’affreux Adriatique :
c’est avec toi que je voudrais vivre et mourir.

*

* : autre nom de Rhea Silvia, mère de Romulus et Remus, les mythiques fondateurs de Rome.


Horatius:
Donec gratus eram tibi

Nec quisquam potior bracchia candidae
Ceruici iuuenis dabat,
Persarum uigui rege beatior.

Lydia:
Donec non alia magis

Arsisti neque erat Lydia post Chloen,
Multi Lydia nominis,
Romana uigui clarior Ilia.

Horatius:
Me nunc Thressa Chloe regit,

Dulcis docta modos et citharae sciens,
Pro qua non metuam mori,
Si parcent animae fata superstiti.

Lydia:
Me torret face mutua

Thurini Calais filius Ornyti,
Pro quo bis patiar mori,
Si parcent puero fata superstiti.

Horatius:
Quid si prisca redit Venus

Diductosque iugo cogit aeneo,
Si flaua excutitur Chloe
Reiectaeque patet ianua Lydiae ?

Lydia:
Quamquam sidere pulchrior

Ille est, tu leuior cortice et inprobo
Iracundior Hadria
Tecum uiuere amem, tecum obeam lubens.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Elles sont trop nombreuses pour qu’on puisse en donner ici la liste :
si on est intéressé, saisir « Horace » dans l’outil de recherche
situé en haut à droite de cette page.

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