Georg Trakl (1887-1914) : Les Maudits / Die Verfluchten

Qui est Georg Trakl ?

— 1 —

Le crépuscule. Vont au puits les vieilles femmes.
Un rougeoiement se rit dans les marronniers sombres.
D’une échoppe ruisselle une senteur de pain
Et le tournesol sombre au-dessus de la haie.

L’auberge au bord de l’eau bruit encor, calme et tiède.
Guitare qui bourdonne, un tintement d’argent.
Une auréole choit dessus cette petite
Qui attend devant l’huis vitré, suave et blanche.

Ô cet éclat de bleu qu’elle éveille au carreau,
Ceint de ronces et noir, figé dans son extase.
Un écrivain voûté sourit tel un dément
Vers l’eau que terrifie un tumulte sauvage.

— 2 —

Le soir venu la peste ourle son habit bleu,
Un hôte ténébreux ferme sans bruit la porte.
L’érable et son poids noir sombrent à la fenêtre ;
Un gamin met son front dans les mains de la fille

Aux paupières sombrant souvent, lourdes, mauvaises.
Dans ses cheveux les mains ruissellent, de l’enfant
Qui laisse retomber ses pleurs brûlants et clairs
Dans le creux vide et noir des yeux de la petite.

Elle, un nid de serpents de couleur écarlate
Se cabre mollement dans son sein convulsé.
Ses bras laissent partir quelque chose de mort
Ourlé serré dans la tristesse d’un tapis.

— 3 —

Vers le jardinet brun résonne un carillon.
Flotte une bleuité dans les marronniers sombres,
C’est là le doux manteau d’une femme étrangère.
Senteur de réséda et sentiment ardent

Du mal. Le front s’incline en sa blême moiteur,
Froid sur l’ordure en tas que triture le rat,
Baigné de l’éclat tiède, écarlate, des astres ;
Des pommes au jardin tombent, sourdes et molles.

Noire est la nuit. Le foehn gonfle spectralement
Le blanc habit de nuit du petit somnambule
Et lui grippe la bouche en silence la main
De la morte. Sonja sourit, suave et belle.


— 1 —

Es dämmert. Zum Brunnen gehn die alten Fraun.
Im Dunkel der Kastanien lacht ein Rot.
Aus einem Laden rinnt ein Duft von Brot
Und Sonnenblumen sinken übern Zaun.

Am Fluß die Schenke tönt noch lau und leis.
Guitarre summt; ein Klimperklang von Geld.
Ein Heiligenschein auf jene Kleine fällt,
Die vor der Glastür wartet sanft und weiß.

O! blauer Glanz, den sie in Scheiben weckt,
Umrahmt von Dornen, schwarz und starrverzückt.
Ein krummer Schreiber lächelt wie verrückt
Ins Wasser, das ein wilder Aufruhr schreckt.

— 2 —

Am Abend säumt die Pest ihr blau Gewand
Und leise schließt die Tür ein finstrer Gast.
Durchs Fenster sinkt des Ahorns schwarze Last;
Ein Knabe legt die Stirn in ihre Hand.

Oft sinken ihre Lider bös und schwer.
Des Kindes Hände rinnen durch ihr Haar
Und seine Tränen stürzen heiß und klar
In ihre Augenhöhlen schwarz und leer.

Ein Nest von scharlachfarbnen Schlangen bäumt
Sich träg in ihrem aufgewühlten Schoß.
Die Arme lassen ein Erstorbenes los,
Das eines Teppichs Traurigkeit umsäumt.

— 3 —

Ins braune Gärtchen tönt ein Glockenspiel.
Im Dunkel der Kastanien schwebt ein Blau,
Der süße Mantel einer fremden Frau.
Resedenduft; und glühendes Gefühl

Des Bösen. Die feuchte Stirn beugt kalt und bleich
Sich über Unrat, drin die Ratte wühlt,
Vom Scharlachglanz der Sterne lau umspült;
Im Garten fallen Äpfel dumpf und weich.

Die Nacht ist schwarz. Gespenstisch bläht der Föhn
Des wandelnden Knaben weißes Schlafgewand
Und leise greift in seinen Mund die Hand
Der Toten. Sonja lächelt sanft und schön.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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