Georg Trakl (1887-1914) : Nuit d’hiver / Winternacht

Qui est Georg Trakl ?

De la neige est tombée. Passé minuit, tu quittes, enivré de vin pourpre, le sombre district des hommes, la flamme rouge de leur fournaise. Ô ténèbres !
Gelée noire. La terre est dure, l’air a goût d’amertume. Tes étoiles se ferment en mauvais signes.
À lourds pas pétrifiés tu piétines en longeant le ballast, écarquillant les yeux, pareil à un soldat assaillant un fortin noir. Avanti !
Neige et lune, amères !
Un loup roux, qu’étrangle un ange. Tes jambes tintent à chacun de tes pas comme de la glace bleue et un sourire plein de deuil et d’orgueil a pétrifié ta face dont le front blêmit devant la volupté du gel ; ou il s’incline sans mot dire sur le sommeil d’un garde effondré dans sa cabane en bois.
Gel et fumée. Une chemise blanche d’étoiles brûle les épaules porteuses et les vautours de Dieu dépècent ton cœur de métal.
Ô la colline en pierre. Fond en silence – et oublié – le corps froid dans la neige argentée.
Sombre est le sommeil. L’oreille suit longuement les sentes des astres dans la glace.
Au réveil les cloches sonnaient dans le village. Par le portail de l’est fit, argenté, son entrée le jour rose.


Es ist Schnee gefallen. Nach Mitternacht verläßt du betrunken von purpurnem Wein den dunklen Bezirk der Menschen, die rote Flamme ihres Herdes. O die Finsternis!
Schwarzer Frost. Die Erde ist hart, nach Bitterem schmeckt die Luft. Deine Sterne schließen sich zu bösen Zeichen.
Mit versteinerten Schritten stampfst du am Bahndamm hin, mit runden Augen, wie ein Soldat, der eine schwarze Schanze stürmt. Avanti!
Bitterer Schnee und Mond!
Ein roter Wolf, den ein Engel würgt. Deine Beine klirren schreitend wie blaues Eis und ein Lächeln voll Trauer und Hochmut hat dein Antlitz versteinert und die Stirne erbleicht vor der Wollust des Frostes; oder sie neigt sich schweigend über den Schlaf eines Wächters, der in seiner hölzernen Hütte hinsank.
Frost und Rauch. Ein weißes Sternenhemd verbrennt die tragenden Schultern und Gottes Geier zerfleischen dein metallenes Herz.
O der steinerne Hügel. Stille schmilzt und vergessen der kühle Leib im silbernen Schnee hin.
Schwarz ist der Schlaf. Das Ohr folgt lange den Pfaden der Sterne im Eis.
Beim Erwachen klangen die Glocken im Dorf. Aus dem östlichen Tor trat silbern der rosige Tag.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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