Georg Trakl (1887-1914) : Où le soleil se couche / Abendland

Qui est Georg Trakl ?

En hommage à Else Lasker-Schüler

1

Lune, on croirait à quelque mort
Sortant d’une caverne bleue,
Et des fleurs, il en tombe
Beaucoup sur le sentier rocheux.
Pleure argentin comme un malade
Près de l’étang du soir,
Dans une barque noire
Des amants morts sont passés outre.

Ou bien d’Elis se font entendre
À travers bois
Couleur d’hyacinthe,
Les pas se perdant sous des chênes.
Ô silhouette de l’enfant
Faite de larmes cristallines,
D’ombres nocturnes.
L’éclair éclaire tors les tempes,
Les toujours froides,
Quand sur le tertre verdoyant
Tonne l’orage de printemps.

2

Si calmes sont les forêts vertes
De notre sol natal,
La vague cristalline
Mourant contre le mur en ruines
Et nous avons, dormants, pleuré ;
Marchant à pas mal assurés
Longeant la bouchure d’épines
On chante au coucher de l’été,
Dans le silence saint
De l’éclat propagé des vignes ;
Ombre à présent dans le sein frais
De la nuit, deuil des aigles.
Referme un calme rai de lune
Les pourpres maux de la tristesse.

3

Vous grandes villes
Bâties en pierres
Parmi la plaine !
Comme le sans-patrie
Suit, le front sombre,
Sans mot dire, le vent,
Les arbres chauves sur le tertre !
Vous, lointains fleuves brunissants !
Puissamment angoissant,
L’horrible rouge crépuscule
Dans les nuages de tempête.
Vous peuples qui mourez,
Vague blafarde
Brisant aux grèves de la nuit,
Astres qui tombent.


Else Lasker-Schüler in Verehrung

1

Mond, als träte ein Totes
Aus blauer Höhle,
Und es fallen der Blüten
Viele über den Felsenpfad.
Silbern weint ein Krankes
Am Abendweiher,
Auf schwarzem Kahn
Hinüberstarben Liebende.

Oder es läuten die Schritte
Elis’ durch den Hain
Den hyazinthenen
Wieder verhallend unter Eichen.
O des Knaben Gestalt
Geformt aus kristallenen Tränen,
Nächtigen Schatten.
Zackige Blitze erhellen die Schläfe
Die immerkühle,
Wenn am grünenden Hügel
Frühlingsgewitter ertönt.

2

So leise sind die grünen Wälder
Unsrer Heimat,
Die kristallne Woge
Hinsterbend an verfallner Mauer
Und wir haben im Schlaf geweint;
Wandern mit zögernden Schritten
An der dornigen Hecke hin
Singende im Abendsommer,
In heiliger Ruh
Des fern verstrahlenden Weinbergs;
Schatten nun im kühlen Schoß
Der Nacht, trauernde Adler.
So leise schließt ein mondener Strahl
Die purpurnen Male der Schwermut.

3

Ihr großen Städte
Steinern aufgebaut
In der Ebene!
So sprachlos folgt
Der Heimatlose
Mit dunkler Stirne dem Wind,
Kahlen Bäumen am Hügel.
Ihr weithin dämmernden Ströme!
Gewaltig ängstet
Schaurige Abendröte
Im Sturmgewölk.
Ihr sterbenden Völker!
Bleiche Woge
Zerschellend am Strande der Nacht,
Fallende Sterne.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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