L’acacia (inédit)


Il manque sur la ville un bout de ciel,
tombé dans l’acacia mais pas tout seul,
avec ce qu’il passait d’oiseaux,
merles,
hirondelles,
tout chu dans la ramure, un bout d’azur
plein d’ailes : 

et poser son oreille au tronc suscite
un chant de rossignol engoncé dans la sève ‒  

ô comme il monte
vers l’obscure trouée, la clairière à emplir
de ce que peut rendre la terre
où les morts sont sans voix sous les muguets d’avril.


(© LEM 06 05 2018)

Le marronnier (inédit)


Pose ton front contre le cœur
du marronnier, prête l’oreille
au trajet de la sève, à cette
force qui forge
l’oiselet dans le ciel ‒ du fer
incandescent crissant
près du soleil ‒, écoute
le grand dire du bleu :

que tout nuage est une feuille,
feuille aussi l’hirondelle,
jusqu’à cette étincelle
sur les traverses de l’orage,
jusqu’à l’étoile,

tout naît de l’arbre et de sa course
à l’aplomb de la terre,
de son cheminement sans griffes
parmi la lave et le cortex,
sous le lichen et sous la mousse,
sous le plumage et sous le derme,
dans ta chair et tes lèvres

en telle profusion

que tu ne parles de langage
que le murmure de la branche
et de l’écorce où pulse un verbe
qui s’émerveille d’être sang.

(© LEM juillet 2017)