Martial (40-104 ap. J.-C.) : Domitien ne craint pas la neige

Qui est Martial ?

Contexte : Martial, espérant en tirer quelques subsides, ne manque pas de faire fréquemment sa cour à son empereur – en l’occurrence, Domitien –, dont il va, dans cette épigramme, louer la résistance physique : un jour de spectacle au grand air, « César », depuis ses jeunes années (où il avait, d’après Suétone, guerroyé en Gaule et en Germanie [cf. les vers 5 et 6]) habitué à endurer les froids les plus intenses, reste impassible sous la neige qui tombe.

Vois comme densément les floches d’eau muette¹
Tombent sur le visage et l’habit² de César.
Lui n’en veut pas au ciel, et sans bouger la tête,
Se rit des eaux gelées par l’indolent brouillard,
Rompu à décevoir l’étoile de Borée,
Et, les cheveux mouillés, à faire fi du Nord.
Qui joue avec ces eaux sèches¹ dans l’empyrée ?
Ces neiges sont, je crois, celles du dauphin mort³.

¹ : La neige est de l’eau dont la chute n’est pas bruyante… Plutôt que de gloser, je préfère garder l’expression de Martial (aquae tacitae), et la traduire littéralement. Je procède de même au vers 7 : les neiges sont (bel oxymore) des « eaux sèches » (aquae siccae) dans la mesure où, en tombant, elles glissent sans mouiller.
² : On peut comprendre aussi « sur le sein de César ».
³ : Cet enfant, fils unique de Domitien et de sa femme Domitia Longina, né peut-être en 73 ap. J.-C., était mort en 82 ou 83, et avait été divinisé. « Mort » n’est pas dans le texte original : je l’ajoute pour la rime sans nuire au sens, qui n’en est que renforcé. On pourrait aussi traduire le vers par « Ces neiges sont, je crois, au jeune imperator ».

Aspice quam densum tacitarum vellus aquarum
__defluat in voltus Caesaris inque sinus.
Indulget tamen ille Jove, nec vertice moto
__concretas pigro frigore ridet aquas,
sidus Hyperborei solitus lassare Bootae
__et madidis Helicen dissimulare comis.
Quis siccis lascivit aquis et ab aethere ludit?
__Suspicor has pueri Caesaris esse nives.

(in Epigrammaton liber IV, 3)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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