Quatrains du temps du coronavirus


Statistiques :

— Dix-sept pour cent partis dans l’Orne, les Deux-Sèvres !
— Qui ça ? — Les Parisiens, grands dénigreurs de ploucs.
Eux qu’embêtaient les coqs et qu’asphyxiaient les boucs,
Ils vous embrasseraient un verrat sur les lèvres.


Le chouineur :

— Dire qu’en temps normal, je ne ferais rien d’autre
Que ce que je fais là : je glande, je me vautre…
— Pourquoi vous plaindre, alors ? — Ben c’est là que j’ai mal :
Je ferais tout pareil mais ce serait normal.


Conseils gouvernementaux :

Macron : « Tirez profit de ce confinement :
Lisez, développez votre esprit de finesse !
— Mais ceux qui sont couillons, mais le bourrin, l’ânesse ?
— Rien ne leur interdit d’être cons, finement ! »


Typographie du temps du coronavirus :

— Confiné, vous avez, LEM, bigrement forci !
— Je fais de la muscu, c’est ça qui fait l’Hercule.
— Bof, pour un écrivain… — Ben quoi, c’est comme si
Reclus, je me changeais en lettre MAJUSCULE.


La maigre soupe du soir :

— Il nous faudrait, tu vois, les fées de Cendrillon
— Hum ? — Oui, si dans le conte avec une citrouille
Elles font un carrosse : avec notre bouillon
Elles pourraient nous faire un bon kilo d’andouille.


La disette menace :

— Adieu, coqs au vin, steaks, plus rien dans le buffet :
La viande se fait rare en ces temps de carence…
— Voui… Reste bien le chat, mais comment le bouffer ?
C’est lui qui sur Facebook assure notre audience.


Explication de la métamorphose :

Il suffit d’enlever « ng » à « Pangolin »
Et d’y adjoindre un « s » : pour peu que l’on mélange,
Comme avec un « losange » on fait une « Solange »,
Avec un « Pangolin », on fait du « Sopalin ».


Confit-nement :

Confits-nés, nous mangeons bien plus de que raison,
Buvons comme des trous, restons à la maison ;
Et rêvons de passer, quand l’ennui nous oppresse,
Des vacances dodues près de la mer, en Graisse.


Les tenues du temps de confinement :

Sortant, ma femme et moi, nous dérouiller un chouille :
Loi de confinement suivie avec rigueur.
Tout ce qu’on a croisé, c’est un homme-grenouille,
Comprenant après coup que c’était un joggeur.


Sports d’appartement :

— Quel sport faites-vous, LEM, en temps de pandémie
Pour vous entretenir jambons, croupion, giron ?
— J’ai un rameur d’appart’ et muscle ma momie
En pratiquant dessus le coron’aviron.


La traversée de Paris au temps du coronavirus :

Bientôt les restrictions : pain noir, rutabagas,
On souffrira de faim, se tordra de colique,
Tandis que par les rues iront de nuit deux gars
Portant des sacs emplis de papier hygiénique.


Phèdre au temps du coronavirus :

— « Je pars, cher Théramène, et quitte le séjour »…
— Ça va être coton, mais essayez toujours,
Foncez chez Amazon, déguisez-vous en livre
Ou en autocuiseur : il paraît qu’on les livre.


Promener son animal :

— D’où vient ce labrador que vous promenez, LEM ?
— Je viens de l’acheter. Je me sortais moi-même
Jusqu’à pas plus qu’hier quand les agents m’ont dit
Que sortir les blaireaux venait d’être interdit.


Propos d’ivrognes :

— Gaspiller tant d’alcool… Ça me met hors de moi…
Pour se laver les mains… Ça frise l’ineptie !
— Moi, j’ai trouvé le truc : après l’antisepsie
Au gel hydromachin, je me lèche les doigts.


L’insecticide idéal :

— Par ces temps de misère, il n’y a plus, ô joie !
Un seul moustique ici, tous ont fichu le camp.
— À cause du virus ? — Oui, indirectement :
Confinés, on boit plus, ça leur fait mal au foie.


L’école des femmes :

— Agnès le dit tout net : « C’est une mascarade,
On n’aurait jamais dû faire ci, faire ça. »
— De Molière, l’Agnès ? — Non : celle qui laissa
Les médecins sans test, les soignants masque en rade.


Le sport au temps du coronavirus :

Pour avoir fait le tour du pâté de maisons
Nous pouvons dénoncer l’énorme tromperie :
Les mots, dans le quartier, ne sont qu’illusions,
S’il y a du pâté, c’est sans charcuterie.


Géographie virale :

— Nous allons tous mourir, tomber comme des mouches,
Comme des pangolins et d’autres bêtes louches !
— Elle est, c’est vrai, la mort, forte pour déboiser
Depuis le corona, y a pas à chinoiser !


Sumos en devenir :

Comme au supermarché c’était la bousculade
Pour PQ, sopalin, céleri rémoulade,
Mais pas l’huile, on me dit : « Confinés qu’on sera,
Sans sport, c’est inutile : on aura des corps gras. »


Biblique :

Pilate, quand il dit qu’il s’en « lave les mains »,
J’ai comme l’impression qu’il pense aux lendemains :
Et que dans ses placards il redoute et regrette
De n’avoir pas assez de papier de toilette.


Question de préférence :

Vrai : la gastronomie est chez moi truc inné,
Même en ce temps de crise âprement mortifère :
Et mon amour de l’Homme est tel que je préfère
Le canard né confit au connard confiné.


Pâtisserie prophylactique :

Le président a dit hier au soir au vingt heures
Qu’il nous faudra longtemps rester en nos demeures
« Car nous devons dans Ladurée nous protéger. »
Contre le corona : macarons à manger ?


Du bon usage du papier hygiénique :

Si jamais le virus te rendait transparent
Ainsi qu’est aux beaux jours l’eau pure du torrent,
Fais avec ton PQ comme l’Homme invisible :
T’en rubanant le corps, tu seras perceptible.


Mesures prophylactiques :

Gel hydroalcoolique : un pastis, sinon rien,
Passé au congélo, pour se laver les mains ;
Pour masque : un bob Ricard posé sur la narine
(Évitez « Petit jaune », à cause de la Chine).


De la nécessité d’une bonne prononciation :

Comme cet Espagnol nous criait « pandémie »,
Nous pensâmes devoir préparer des sandwiches :
Aussitôt d’apporter le bocal à corniches,
L’un tranchant le jambon, l’autre le pain de mie.


Synonymie prêtant à confusion :

Comme nous déjeunions au Virus couronné,
On nous dit de partir, qu’on était confinés.
— Vrai qu’on est à l’étroit, que j’dis à la taulière,
Allons flâner dehors avec la fourmilière.


Papier toilette, leur obsession :

— Mais autant de PQ… ! Que comptez-vous en faire ?
— Je crains de m’ennuyer, confiné… — Quoi, l’ennui ?
— C’est pour rester poli. Je vous aurais bien dit
« Je crains de m’emmerder », mais c’était trop vulgaire.


Provisions de bouche :

Comme il restait du porc à notre hypermarché
À défaut de PQ, nous prîmes des saucisses :
L’usage est différent, mais le cochon haché
Vaut mieux que du Lotus pour le bouffer en Suisses.


Ces petits textes sans importance relèvent néanmoins du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom de leur auteur (Lionel-Édouard Martin) soit clairement indiqué.

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