Quatrains du temps du coronavirus


56. Le restaurant :

— … Donc on devra manger masqués, au restaurant,
Quand on aura été déconfinés ? — La faille,
Oui, c’est le masque : il va falloir, des mois durant,
Pour bouffer son bifteck l’aspirer à la paille.


55. Le cri du cœur :

— Ah, comme on s’en retourne, en cette époque amère,
À nos anciens !… — Pardon ? — Oui, j’entends désormais
Tous ces gens confinés crier « mai ! mai ! » « mai ! mai ! » :
J’ignorais qu’ils aimaient à ce point leur grand-mère…


54. Déconfinement :

— Lorsque nous sortirons enfin de notre grotte,
Quel bonheur ce sera de regarder les cieux !
— Si vos cheveux trop longs vous tombent sur les yeux,
Prenez surtout bien garde à marcher dans la crotte.


53. Repas de Pâques

— Vous n’allez pas pouvoir bouffer d’agneau pascal,
LEM, cette année — Eh non ! Mais reclus dans sa piaule,
On a moins faim que soif, plus poisson que chacal :
À défaut de l’agneau, on boira de la gnôle.


52. La fermeture des lieux publics

— Le cimetière aussi est bouclé, confiné,
On ne peut même plus se rendre sur les tombes !
— Normal : car si les morts étaient contaminés
Et mouraient de nouveau, ce serait l’hécatombe.


51. Amende de mer :

— Donc, vous nagiez en mer et narguiez les agents
Quand vous verbalisa, sortant de l’eau limpide,
Un flic homme-grenouille ??? — Oui, c’est un peu rageant,
Mais du coup j’ai payé mon amende en liquide.


50. « Le ciel est par-dessus les toits… »

— Les commandes de vin déferlent dans les drive,
Je l’ai lu dans l’ journal, sur le Figaro live.
— Ben quand t’es confiné, du genre un peu prison,
C’est vrai que le pinard, ça t’ouvre l’horizon…


49. Augmentation du prix des fruits et des légumes :

— Je vais vous prendre, en plus du demi-pamplemousse,
Ce quart d’olive et ce radis pour l’apéro ;
L’ail, c’est combien ? — La tête, elle est à trente euros.
— Très bien, mettez-m’en donc un dixième de gousse.


48. Les séries télévisées de notre enfance :

Avant confinement, vous étiez, LEM, zéro –
Ou le sergent Garcia. Masqué jusqu’aux paupières
Désormais : si en plus vous portiez la rapière,
Vous pourriez quasiment vous prendre pour Zorro.


47. Actualité présidentielle :

— Avez-vous vu Macron, LEM, au Kremlin-Bicêtre,
Avec masque et charlotte ? — Oui, même que peut-être,
Ma suis-je imaginé, il est chez son coiffeur,
Et poireaute le temps que prenne sa couleur.


46. Les bancs publics :

— S’asseoir, LEM, sur un banc, désormais, c’est néant :
Marchez, n’escomptez plus poser votre séant.
— Ah, ce coronatruc, ça nous métamorphose,
On va, déconfinés, être musclés du prose.


45. Les pénuries :

— Paraît qu’on va manquer, LEM, de préservatifs…
— Allons donc, il suffit d’être imaginatif,
Avec un peu d’argile, on se fabrique à l’aise
Sur un tour de potier une capote en glaise.


44. Le jogging :

— Le jogging au-dehors n’est plus qu’un souvenir :
Vous faites comment, LEM, pour vous entretenir ?
— Je cours en rond dans le salon de ma tanière :
Même qu’à force, au sol, j’ai creusé une ornière.


43. Sauvegarde des petits métiers :

Pour sauver les dealers dans le Quatre-vingt-treize
Qui, sans sniffeurs de speed, n’ont plus un poil de pèze,
L’actuel gouvernement demande (après audit)
Aux bobos confinés de se remettre au shit.


42. Injonctions ministérielles :

— Le ministre enjoint, LEM, de manger du poisson
Pour aider les pêcheurs… — Aidons-les sans façon !
Langoustes et homards ! En goinfres bénévoles,
Bouffons, si c’est gratuit, turbots, cabillauds, soles !


41. Découvertes archéologiques :

Fouillant à Pompéi, on trouva maints rouleaux
Que l’on a pris d’abord pour des livres antiques.
La crise que l’on vit montre avec à-propos
Qu’il s’agissait en fait de papier hygiénique.


40. Téléconsultation :

— Depuis qu’on est reclus, j’ai des « r » plein la bouche,
Docteur, je vais pour dire un mot et patatras !
J’en dis un autre… — Exemple ? — Eh ben « Gars » devient « Gras »…
— Ça, c’est votre cholestérol qui s’effarouche…


39. Question de géographie :

— Vous êtes confiné, LEM, peinard, à Menton ?
— Voui, à Double… et pas que : tant qu’à faire, à Bougie,
Car il n’y avait plus… — Bougie, en Algérie ?
— (Voui)… de place à Bajoues, même avec du piston.


38. Drame de la myopie :

— Vous avez appelé SOS Amitié ?
— Mal vu le numéro ; j’ai lu : « SAUCE À moitié ».
Alors, considérant ce temps qui nous affame,
J’ai cru qu’ils expliquaient comment manger sa femme.


37. Aménagement des lieux :

— Vous faites des travaux dans votre appartement ?
— Oui, je fais élargir la porte de l’entrée :
Ce sera plus facile, après confinement,
D’en sortir, gros et gras, la taille sinistrée.


36. Système D :

— De masque, on n’a pas, LEM… En êtes-vous furax ?
— Non pas : j’ai activé ma psyché féminine :
Quand je sors je me mets pour blinder mes narines
Contre les postillons dans chacune un Tampax.


35. Chômage technique :

— Paraît qu’à Saint-Denis comme au Bois de Boulogne,
Le tapin meurt de faim par manque de besogne.
— Allons, mourir de faim quand on fait le poireau,
Et qu’on peut tous les jours bouffer du maquereau !


34. Danger de la polysémie :

 — Et donc, vous allez, LEM, cueillir la gariguette ?
— Oui, rien d’extravagant ni même de nouveau,
J’aime depuis toujours les tripes, l’andouillette…
— M’enfin, LEM, ce n’est pas de la fraise de veau !


33. Mode nostalgique :

Nous étions rois jusqu’à mi-mars encore : on a,
En nous ordonnançant de rester en chaumières,
Troqué notre couronne et nos virées princières
Contre un vilain virus appelé corona.


32. « Où tous les vins coulaient« 

Jusque vers les années soixante-dix, on a
Liché du Postillon. « Pas certain que la marque
De ce jaja popu », me fais-je la remarque,
« Eût eu pareil succès du temps du corona. »


31. Jamais content :

— Vous pleurnichez, LEM : mais même confiné
Vous bouffez du rumsteck, lichez des eaux-de-vie,
Un vrai Sardanapale ! — Oui, mais j’aurais envie
De me mettre au régime et d’eau du robinet…


30. Fins passe-temps :

— Ça fait plaisir de voir, LEM, que ça vous amuse
De jouer aux Lego ! Vous faites un bateau ?
Ah non ? Quoi donc alors ? Vous dites ? Un radeau ?
Ah, et précisément : celui de la Méduse ?


29. Substitut du pangolin :

— La soupe au pangolin, c’est très aphrodisiaque,
On a le zizi dur, commac, long comme un bras.
— Je vais te dire un truc : pour te filer la niaque,
Dans ta soupe aux poireaux, mets plutôt du viagra.


28. Statistiques :

— Dix-sept pour cent partis dans l’Orne, les Deux-Sèvres !
— Qui ça ? — Les Parisiens, grands dénigreurs de ploucs.
Eux qu’embêtaient les coqs et qu’asphyxiaient les boucs,
Ils vous embrasseraient un cochon sur les lèvres.


27. Le chouineur :

— Dire qu’en temps normal, je ne ferais rien d’autre
Que ce que je fais là : je glande, je me vautre…
— Pourquoi vous plaindre, alors ? — Ben c’est là que j’ai mal :
Je ferais tout pareil mais ce serait normal.


26. Conseils gouvernementaux :

Macron : « Tirez profit de ce confinement :
Lisez, développez votre esprit de finesse !
— Mais ceux qui sont couillons, mais le bourrin, l’ânesse ?
— Rien ne leur interdit d’être cons, finement ! »


25. Typographie du temps du coronavirus :

— Confiné, vous avez, LEM, bigrement forci !
— Je fais de la muscu, c’est ça qui fait l’Hercule.
— Bof, pour un écrivain… — Ben quoi, c’est comme si
Reclus, je me changeais en lettre MAJUSCULE.


24. La maigre soupe du soir :

— Il nous faudrait, tu vois, les fées de Cendrillon
— Hum ? — Oui, si dans le conte avec une citrouille
Elles font un carrosse : avec notre bouillon
Elles pourraient nous faire un bon kilo d’andouille.


23. La disette menace :

— Adieu, coqs au vin, steaks, plus rien dans le buffet :
La viande se fait rare en ces temps de carence…
— Voui… Reste bien le chat, mais comment le bouffer ?
C’est lui qui sur Facebook assure notre audience.


22. Explication de la métamorphose :

Il suffit d’enlever « ng » à « Pangolin »
Et d’y adjoindre un « s » : pour peu que l’on mélange,
Comme avec un « losange » on fait une « Solange »,
Avec un « Pangolin », on fait du « Sopalin ».


21. Confit-nement :

Confits-nés, nous mangeons bien plus de que raison,
Buvons comme des trous, restons à la maison ;
Et rêvons de passer, quand l’ennui nous oppresse,
Des vacances dodues près de la mer, en Graisse.


20. Les tenues du temps de confinement :

Sortant, ma femme et moi, nous dérouiller un chouille :
Loi de confinement suivie avec rigueur.
Tout ce qu’on a croisé, c’est un homme-grenouille,
Comprenant après coup que c’était un joggeur.


19. Sports d’appartement :

— Quel sport faites-vous, LEM, en temps de pandémie
Pour vous entretenir jambons, croupion, giron ?
— J’ai un rameur d’appart’ et muscle ma momie
En pratiquant dessus le coron’aviron.


18. La traversée de Paris au temps du coronavirus :

Bientôt les restrictions : pain noir, rutabagas,
On souffrira de faim, se tordra de colique,
Tandis que par les rues iront de nuit deux gars
Portant des sacs emplis de papier hygiénique.


17. Phèdre au temps du coronavirus :

— « Je pars, cher Théramène, et quitte le séjour »…
— Ça va être coton, mais essayez toujours,
Foncez chez Amazon, déguisez-vous en livre
Ou en autocuiseur : il paraît qu’on les livre.


16. Promener son animal :

— D’où vient ce labrador que vous promenez, LEM ?
— Je viens de l’acheter. Je me sortais moi-même
Jusqu’à pas plus qu’hier quand les agents m’ont dit
Que sortir les blaireaux venait d’être interdit.


15. Propos d’ivrognes :

— Gaspiller tant d’alcool… Ça me met hors de moi…
Pour se laver les mains… Ça frise l’ineptie !
— Moi, j’ai trouvé le truc : après l’antisepsie
Au gel hydromachin, je me lèche les doigts.


14. L’insecticide idéal :

— Par ces temps de misère, il n’y a plus, ô joie !
Un seul moustique ici, tous ont fichu le camp.
— À cause du virus ? — Oui, indirectement :
Confinés, on boit plus, ça leur fait mal au foie.


13. L’école des femmes :

— Agnès le dit tout net : « C’est une mascarade,
On n’aurait jamais dû faire ci, faire ça. »
— De Molière, l’Agnès ? — Non : celle qui laissa
Les médecins sans test, les soignants masque en rade.


12. Le sport au temps du coronavirus :

Pour avoir fait le tour du pâté de maisons
Nous pouvons dénoncer l’énorme tromperie :
Les mots, dans le quartier, ne sont qu’illusions,
S’il y a du pâté, c’est sans charcuterie.


11. Géographie virale :

— Nous allons tous mourir, tomber comme des mouches,
Comme des pangolins et d’autres bêtes louches !
— Elle est, c’est vrai, la mort, forte pour déboiser
Depuis le corona, y a pas à chinoiser !


10. Sumos en devenir :

Comme au supermarché c’était la bousculade
Pour PQ, sopalin, céleri rémoulade,
Mais pas l’huile, on me dit : « Confinés qu’on sera,
Sans sport, c’est inutile : on aura des corps gras. »


9. Biblique :

Pilate, quand il dit qu’il s’en « lave les mains »,
J’ai comme l’impression qu’il pense aux lendemains :
Et que dans ses placards il redoute et regrette
De n’avoir pas assez de papier de toilette.


8. Question de préférence :

Vrai : la gastronomie est chez moi truc inné,
Même en ce temps de crise âprement mortifère :
Et mon amour de l’Homme est tel que je préfère
Le canard né confit au connard confiné.


7. Pâtisserie prophylactique :

Le président a dit hier au soir au vingt heures
Qu’il nous faudra longtemps rester en nos demeures
« Car nous devons dans Ladurée nous protéger. »
Contre le corona : macarons à manger ?


6. Du bon usage du papier hygiénique :

Si jamais le virus te rendait transparent
Ainsi qu’est aux beaux jours l’eau pure du torrent,
Fais avec ton PQ comme l’Homme invisible :
T’en rubanant le corps, tu seras perceptible.


5. Mesures prophylactiques :

Gel hydroalcoolique : un pastis, sinon rien,
Passé au congélo, pour se laver les mains ;
Pour masque : un bob Ricard posé sur la narine
(Évitez « Petit jaune », à cause de la Chine).


4. De la nécessité d’une bonne prononciation :

Comme cet Espagnol nous criait « pandémie »,
Nous pensâmes devoir préparer des sandwiches :
Aussitôt d’apporter le bocal à corniches,
L’un tranchant le jambon, l’autre le pain de mie.


3. Synonymie prêtant à confusion :

Comme nous déjeunions au Virus couronné,
On nous dit de partir, qu’on était confinés.
— Vrai qu’on est à l’étroit, que j’dis à la taulière,
Allons flâner dehors avec la fourmilière.


2. Papier toilette, leur obsession :

— Mais autant de PQ… ! Que comptez-vous en faire ?
— Je crains de m’ennuyer, confiné… — Quoi, l’ennui ?
— C’est pour rester poli. Je vous aurais bien dit
« Je crains de m’emmerder », mais c’était trop vulgaire.


1. Provisions de bouche :

Comme il restait du porc à notre hypermarché
À défaut de PQ, nous prîmes des saucisses :
L’usage est différent, mais le cochon haché
Vaut mieux que du Lotus pour le bouffer en Suisses.


Ces petits textes sans importance relèvent néanmoins du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom de leur auteur (Lionel-Édouard Martin) soit clairement indiqué.

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