Georg Trakl (1887-1914) : Naissance / Geburt

Qui est Georg Trakl ?

Montagnes : ténèbres taire et neige.
Rouge du bois déboule la chasse ;
Oh les regards moussus de la biche.

Silence de la mère ; sous les sapins noirs
S’ouvrent les mains qui dorment
Quand chue paraît la lune froide.

Ô naissance de l’homme. Il bruit dans la nuit
De l’eau bleue sur le fond rocheux ;
L’ange déchu soupire en voyant son image,

Réveil d’une pâleur dans la pièce à fraîchin.
Deux lunes :
Éclats des yeux de la vieille de pierre.

Douleur, cri de qui accouche. D’une aile noire
La nuit touche les tempes du petit enfant,
Neige, qui tombe douce d’un nuage pourpre.

NB : Le poème repose sur un système d’allitérations que j’ai tenté de reproduire en français. Ce même système me semble générer le rapport entre naissance et montagne, les deux termes (Geburt ; Gebirge) commençant, en allemand, par Geb- (comme aussi Gebärende : celle qui met au monde) : difficile à traduire en français, sauf peut-être à rendre le premier vers par « Essence des montagnes : ténèbres, taire et neige » et l’avant-avant-dernier par « Douleur, cri de qui donne naissance. D’une aile noire ».

Gebirge: Schwärze, Schweigen und Schnee.
Rot vom Wald niedersteigt die Jagd;
O, die moosigen Blicke des Wilds.

Stille der Mutter; unter schwarzen Tannen
Öffnen sich die schlafenden Hände,
Wenn verfallen der kalte Mond erscheint.

O, die Geburt des Menschen. Nächtlich rauscht
Blaues Wasser im Felsengrund;
Seufzend erblickt sein Bild der gefallene Engel,

Erwacht ein Bleiches in dumpfer Stube.
Zwei Monde
Erglänzen die Augen der steinernen Greisin.

Weh, der Gebärenden Schrei. Mit schwarzem Flügel
Rührt die Knabenschläfe die Nacht,
Schnee, der leise aus purpurner Wolke sinkt.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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