Olga Martynova (née en 1962) : C’est quand même pas mal / Ist schon ‘ne ganze Menge


Les abeilles pour autrui sont un plaisir.
Orphée, ouvrant son corps fourbu, leur donne la liberté,
son corps auquel il n’est plus donné d’être,
il les donne à son corps auquel il n’est plus donné d’être
qui est donné pourtant,
donné à Eurydice
qui ne peut plus le prendre.

Tous deux décomposés, mués en essaim d’abeilles,
ils vrombissent, dans le bruit leurs noms seuls sont audibles :
Orphée, Eurydice,
vron-vron.
Pourriture des noms seuls :
Orphydice, Eurée.
Vron-vron.
D’eux tout ce qui demeure
c’est vron-vron.
Et c’est quand même pas mal.


Die Bienen erfreuen die anderen.
Orpheus gibt sie aus seinem entkräfteten Leib frei,
den es nicht mehr gibt,
dem Leib, den es nicht mehr gibt,
der aber gegeben wird,
Eurydike gegeben,
die ihn nicht mehr nehmen kann.

Die beiden zerfallen zum Bienenschwarm,
in ihrem Summen vernimmt man die Namen nur:
Orpheus, Eurydike.
Summ-summ.
Fäulnis der Namen nur:
Orphydike, Eureus.
Summ-summ.
Alles, was von ihnen geblieben ist,
ist summ-summ.
Und das ist schon eine ganze Menge.

(in Neue Rundschau n°4, 2019)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

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