Vernon Scannell (1922 – 2007) : Blessés pouvant marcher / Walking wounded (extraits)

Un matin mammouth mouvant ses flancs gris s’est mis à grogner.
Dans les haies rouillées des haillons blafards de brume pendaient ;
Le gruau de bourbe et de feuilles sur la laie mutilée
Sentait bon comme du sang. Les oiseaux : morts ou envolés ;
De leurs vertes aphones soupentes maintenant sourdaient
Des rameaux de fer feuillu, cachant des yeux écarquillés
Et des grenades mûres près de tomber et d’éclater…
Dans le fossé des carrefours le motard désarçonné
Étreignant sa défunte machine n’a pas remué
Au crissement du béton, un fusil Bren encoléré
Donnant réplique à Spandau qui frénétique jabotait.
Puis dans le champ de vue les ambulances sont arrivées
Cahotant, bringuebalant, longeant la ferme ruinée,
Les poteaux indicateurs amputés, les arbres hachés,
Charroyant lentement des cris bandés, camions carrés
Progressant sur des roues de mauvais augure, voiturées
Que leur cargaison de mort avait en mythe transformées
À l’avenant des croix de pourpre sur le blanc maculé […]
La brume pendait toujours, accrocs sur les buissons trempés ;
Des armes écervelées bruissaient encore et détonaient.
C’est alors que sont arrivés les blessés pouvant marcher,
Épars sur la voie, tels des  bagnards enchaînés peu serré,
Traînant à leur cheville un épuisement désespéré […]

***

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

***

A mammoth morning moved grey flanks and groaned.
In the rusty hedges pale rags of mist hung;
The gruel of mud and leaves in the mauled lane
Smelled sweet, like blood. Birds had died or flown,
Their green and silent attics sprouting now
With branches of leafed steel, hiding round eyes
And ripe grenades ready to drop and burst…
In the ditch at the cross-roads the fallen rider lays
Hugging his dead machine and did not stir
At crunch of mortar, tantrum of a Bren
Answering a Spandau’s manic jabber.
Then into sight the ambulances came,
Stumbling and churning past the broken farm,
The amputated sign-post and smashed trees,
Slow waggonloads of bandaged cries, square trucks
That rolled on ominous wheels, vehicles
Made mythopoeic by their mortal freight
And crimson crosses on the dirty white… […]
The mist still hung in snags from dripping thorns;
Absent-minded guns still sighed and thumped.
And then they came, the walking wounded,
Straggling the road like convicts loosely chained,
Dragging at ankles exhaustion and despair […]

(In Walking Wounded – Poems 1962-65 [1965])

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