Novalis : Hymne III à la nuit / Hymnen an die Nacht III

NB : Cette traduction se veut respectueuse de la syntaxe et de la ponctuation, très émotionnelles, de Novalis, et des répétitions qui trament le texte en réseaux sémantiques. D’autres, excellentes mais plus interprétatives, dues entre autres à Armel Guerne et à Gustave Roud, sont à lire ici.

Un jour que je versais des larmes amères, qu’en douleur résolue mon espérance allait s’épuisant, et je me tenais près de la colline aride où, dans un étroit, obscur espace, s’abritait la forme de ma vie – seul comme jamais on ne fut seul, agité d’une indicible angoisse – privé de force, juste une pensée de détresse. – Comme, du regard, à l’entour je cherchais quelque aide, ne pouvant avancer ni reculer, et m’en tenant, dans un interminable désespoir, à cette vie fugitive, éteinte – vint alors des lointains bleus – des hauteurs de mon ancienne béatitude un frisson crépusculaire – et d’un coup se déchira le lien natal, l’entrave de la lumière. Avec, s’enfuirent la splendeur terrestre et mon affliction – avec, la mélancolie prit l’aval vers un nouvel, un insondable monde – toi, l’enthousiasme nocturne, demi-sommeil céleste, tu vins à mon surplomb – les parages doucement se soulevèrent, au-dessus des parages planait mon esprit nouveau-né, désentravé. Nuée de poussière se fit la colline – à travers la nuée, je vis, sublimés, les traits de la Bien Aimée. Dans ses yeux reposait l’éternité – j’étreignis ses mains, et les larmes se firent lumineux, indéchirable lien. Les siècles reculèrent au loin, tels des orages. À la vie nouvelle, je pleurais contre son sein des larmes d’extase. – Ce fut le premier, le seul rêve –  et depuis je crois, d’une croyance éternelle, indéfectible, au ciel nocturne et à sa lumière, la Bien Aimée.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Einst da ich bittre Thränen vergoß, da in Schmerz aufgelöst meine Hoffnung zerrann, und ich einsam stand am dürren Hügel, der in engen, dunkeln Raum die Gestalt meines Lebens barg – einsam, wie noch kein Einsamer war, von unsäglicher Angst getrieben – kraftlos, nur ein Gedanken des Elends noch. – Wie ich da nach Hülfe umherschaute, vorwärts nicht konnte und rückwärts nicht, und am fliehenden, verlöschten Leben mit unendlicher Sehnsucht hing: – da kam aus blauen Fernen – von den Höhen meiner alten Seligkeit ein Dämmerungsschauer – und mit einemmale riß das Band der Geburt – des Lichtes Fessel. Hin floh die irdische Herrlichkeit und meine Trauer mit ihr – zusammen floß die Wehmuth in eine neue, unergründliche Welt – du Nachtbegeisterung, Schlummer des Himmels kamst über mich – die Gegend hob sich sacht empor; über der Gegend schwebte mein entbundner, neugeborner Geist. Zur Staubwolke wurde der Hügel – durch die Wolke sah ich die verklärten Züge der Geliebten. In ihren Augen ruhte die Ewigkeit – ich faßte ihre Hände, und die Thränen wurden ein funkelndes, unzerreißliches Band. Jahrtausende zogen abwärts in die Ferne, wie Ungewitter. An Ihrem Halse weint ich dem neuen Leben entzückende Thränen. – Es war der erste, einzige Traum – und erst seitdem fühl ich ewigen, unwandelbaren Glauben an den Himmel der Nacht und sein Licht, die Geliebte.

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